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Spirale : L’Héritage de Saw – critique qui ne tourne pas rond

Par Mathieu Jaborska
20 juillet 2021
MAJ : 26 octobre 2023
11 commentaires

On la croyait définitivement terminée après une pseudo-conclusion au titre mensonger, mais telle une mauvaise herbe, la saga Saw est revenue infester nos salles. Si le fainéant Jigsaw tâtait le terrain avec ses 10 petits millions de dollars de budget, son succès a inévitablement pavé la voie à d’autres spin-offs, dont le dernier exemplaire en date n’assume que timidement son lien de parenté avec la franchise d’exploitation, puisqu’il s’intitule Spirale : L’Héritage de Saw. Du moins, c’est ce que prétend la promotion, car le film est un Saw pur jus maquillé en thriller, malgré la présence d’un casting plus prestigieux composé de Chris RockSamuel L. Jackson et Max Minghella.

Affiche française

Seven, deadly Sin

Les affiches et bandes-annonces ont beau assurer d’une rupture thématique et esthétique, quiconque s’est tenu au courant de la genèse du projet était capable de prédire sa vraie nature. Chris Rock, humoriste et comédien américain confirmé, était lui-même allé voir les pontes de Lionsgate. Fan auto-proclamé de la saga, il s’était porté garant de son retour. Depuis, de l’eau est passée sous les ponts, Jigsaw est passé au-dessus de la barre des 100 millions de dollars de recette, et deux autres scénaristes (Pete Goldfinger et Josh Stolberg) sont passés sur le traitement.

Pensé par un aficionado des péripéties non-sensiques du tueur au puzzle et de ses victimes, concrétisé par un studio avide de ne pas perdre sa poule aux œufs d’or et réalisé par le cinéaste qui a donné son identité à la franchise (Darren Lynn Bousman, derrière Saw II, III et IV), Spirale ne s’éloigne pas tant que ça de ses tics esthétiques et narratifs exaspérants, bien qu’il revendique un certain retour aux sources. Et c’est à cause de cette hésitation qu’il s’effondre, et qu’il emmène avec lui tout le monde.

 

 

Passé un premier piège qui ne laisse que peu de doutes sur la capacité de la saga à s’éloigner de son modèle (spoiler : elle est inexistante), l’intrigue se lance dans un thriller policier entrecoupé de rares scènes gores, censées répliquer l’atmosphère poisseuse du premier opus. Néanmoins, lorsque James Wan convoquait le David Fincher de Seven, il ne se forçait pas à le raccorder en permanence à un modèle périmé dès les premières minutes de son existence.

Ce spin-off tente vainement de concilier polar urbain et codes Jigsawesques dans un exercice d’équilibriste bancal, qui, au lieu de s’éloigner du torture porn, genre typique des années 2000 dont il aimerait s’extirper, ne fait que le dépouiller de ses excès rigolards. Vrai faux torture porn, Spirale en devient surtout un faux vrai thriller, un cop show qui relève presque de la parodie involontaire, voire du nanar pur et dur dans ses moments les plus croquignolesques (telle une scène de flashback à mourir de rire).

 

photo, Chris RockDevant les résultats des Razzie Awards

 

Flics ripoux jusqu’à la moelle, idéaliste chassé par son corps de métier, épouses éplorées et traitres véreux se succèdent donc dans ce commissariat de bras cassés, décor où s’accumulent des poncifs confinant au ridicule le plus total. Au milieu de ce marasme et acculé par des dialogues qui feraient passer 21 Jump Street pour les meilleures saisons de Sur écoute, chaque acteur réagit à sa manière.

L’expérience est assez amusante. Si l’excellent Max Minghella tente tant bien que mal de faire exister son personnage, les jeux de Samuel L. Jackson et Chris Rock sont aux deux extrémités du spectre de la comédie. Le premier traverse le long-métrage d’un air hagard, récitant les yeux sur son chèque l’obligatoire « motherfucker » réservé à la bande-annonce. Le second, au contraire, part en roue libre sur l’autoroute du cabotinage, surjouant la vertu devenue cynisme avec un enthousiasme plus flippant encore que les exactions du tueur. On vous laisse imaginer leur alchimie lorsqu’ils partagent une scène.

 

photo, Samuel L. JacksonPolice anti-graffiti

 

Saw seen

Ni torture porn craspec ni thriller efficace, Spirale se contente de déballer un jeu de piste sommaire éclairé au lampadaire. Tout semble s’y chercher laborieusement, à commencer par la photographie, largement promue par la publicité. Afin de pallier la vacuité de sa detective story, Jordan Oram singe avec la complicité de Bousman les plages crépusculaires de Seven, tout en répliquant les tics visuels irritants de la franchise lors des meurtres.

Le film oscille donc entre un orange envahissant qui tient presque de la référence à certaines séquences de Blade Runner 2049 et le verdâtre caractéristique de la saga. La mise en scène souffre des mêmes compromis, ne nous épargnant pas l’académisme du bon polar pour les nuls, ou même les flashs rétinophobes et les accélérés horripilants des précédents opus.

 

photo, Samuel L. JacksonRed is dead

 

Restent donc les pièges, que Bousman prétendait moins délirants et plus artisanaux que la moyenne. Sa phrase prête désormais à sourire : on met au défi quiconque de répliquer l’un de ces dispositifs en moins de 15 ans, ou même de les répliquer tout court sans les tartiner d’empreintes. Les pièges de Spirale sont tout aussi capillotractés que leurs prédécesseurs, et on se demande finalement pourquoi le tueur se donne autant de mal à les concevoir, puisqu’il n’a en réalité que peu d’intérêt à copier le modus operandi de Jigsaw.

On en vient presque à regretter l’époque où la franchise assumait son statut de dernier rejeton mainstream du cinéma d’exploitation américain, de vilain petit canard face aux ribambelles de remakes de Poltergeist propres sur eux qui s’apprêtaient à déferler sur les écrans. Il y a une gratuité du gros plan vicelard dans un film aussi douteux que Saw 3D – chapitre final que ce nouveau spin-off ne parvient jamais à convier, quand bien même il est le moins moche des opus de cette saga difforme, la faute à ce sérieux plombant la plupart des saillies gores.

 

photo, Chris Rock, Max MinghellaOn réfléchit encore à l’élaboration de ce piège

 

Un piège, judicieusement placé au milieu du métrage, nous donne à voir quelques mutilations improbables avec une frontalité assez inédite en ces temps de bondieuseries post-Conjuring (encore la faute de James Wan, tiens). Une bien maigre pitance, qui reconnait indirectement au film un exploit inattendu : décevoir jusqu’aux fans de Saw.

Il fallait quand même être fort pour faire plus stupide que les 8 produits dont il constitue « L’héritage ». Et pourtant, il relève le défi haut la main. Une prouesse rendue possible par un scénario qui aimerait conjuguer la structure à tiroir de la licence aux conclusions sombres des thrillers des années 1990, mais qui ne parvient qu’à griller son mystère au bout d’à peine 15 minutes. Aussi absurdes soient-ils, les intrigues alambiquées des précédents Saw avaient au moins pour elles de réussir à nous surprendre.

 

photo, Max Minghella, Chris RockJunji Ito en PLS

 

Violent cop

Pourquoi cet air si sérieux, qui cannibalise le maigre potentiel fun du projet ? Pour s’évader – en vain – de sa ringardise initiale… mais aussi pour tenter d’accoler une thématique au bousin. Difficile de deviner de qui vient cette impulsion (de Lionsgate et son opportunisme ou de Chris Rock et sa sincérité ?), mais Spirale compte bien évoquer les violences policières, suivant une tendance du divertissement américain, ou du moins s’emparer des questionnements de son temps. Des velléités affichées dès les premières minutes au sein d’une séquence aux dialogues lunaires, dans laquelle il est question de la viabilité de Forrest Gump lors de l’ère dite « woke ».

L’idée n’est pas si absurde, la violence symbolique étant au cœur des sujets qu’il souhaite traiter à mi-mot. Seulement, le récit n’en fait absolument rien, si ce n’est un archétype supplémentaire, comme si le film de flic simili-hard-boiled exigeait une référence aux remises en question plutôt que des remises en question, une surcouche narrative plutôt qu’un recul réflexif. Spirale ne dit rien sur les violences policières (alors que c’est le cœur de ses enjeux !), il se contente de montrer qu’il est au courant du débat.

 

photo, Max MinghellaQuand tu choisis tes rôles

 

Un bel emballage qui vise surtout à ne froisser personne, mais qui en rajoute encore à l’incohérence générale et à la lourdeur de la torture. Lorsque les deux équipiers s’interrogent sur la paternité des meurtres, l’un d’eux conclut : « ça ne peut pas être Jigsaw, il ne s’attaquait pas aux flics ». Remarque audacieuse étant donné que le gaillard et son demi-million de disciples découpaient du policier à tour de bras. Une obsession stérile qui culmine dans un climax cristallisant tous les défauts du long-métrage : à force de vouloir cumuler les codes de la saga, l’esthétique du thriller et des pistes de réflexion qui ne mènent nulle part, il finit par ne même plus avoir de sens dans sa propre diégèse.

Bousman et ses mécènes prévoient déjà une suite au spin-off, ou un spin-off à la suite, à moins que ce soit un spin-off du spin-off, on a arrêté de les répertorier. On leur souhaite bon courage pour élaborer après un final aussi insensé, une conclusion aussi incohérente. Quoiqu’ils n’en ont pas besoin, puisque le marketing est bien la dernière arme qu’il leur reste.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Tirant le pire de la franchise dont il est issu et du genre qu'il tente vaguement d'émuler, Spirale : L'Héritage de Saw nous ferait presque regretter les dérapages bis frontalement racoleurs de ses prédécesseurs.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Nouvel épisode la saga Saw ou auto-parodie kamikaze ? Telle est la grande question posée par cette Spirale des enfers, qui déborde de débilité et grossièretés jusqu'à ressembler à une hallucination nanardesque.

Tout savoir sur Spirale – l'Héritage de Saw
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J’ai regardé le film et mon dieu… j’ai adoré ! Le scénario n’est plus le même et la première mort du film est très gore, cela fait un peu du bien pour certaines personnes de voir le point de vue des policiers, le personnage principal est développé et certes il est un peu la caricature du méchant flic mais pas complètement, il y a une scène qui m’a fait sursauter ( attention SPOILERS ! ) cela se passe après le meurtre du chef de la brigade ( qui aurait peut-être put survivre comme pour le piège de l’eau qui deviens électrique dans 90 secondes ) le protagoniste va dans sa voiture ( je crois ) et quand il a crié…j’ai sursauter, non je n’ai pas sursauter exprès parce que je ne m’attendais pas à cela du tout et que malgré l’allure bad boy du héros du film, il a des sentiments et regrette de ne pas avoir put sauver le chef de la brigade et son partenaire ( c’est facile à voir comme détail ), au début du film on apprend qu’il n’en fait qu’à sa tête parce qu’il ne fait confiance à personne parce que son ancien partenaire a tué le père du tueur ( je ne dévoilerai pas son identité) et j’ai aimé la scène finale ( Big spoil ! ) où l’on comprend qu’il a tué le chef parce qu’il méchant les bottes du père de Zeke ( il a laissé certains membres de la police à être corrompus ) et que le tueur attend ce moment depuis 12 ans et que la pièce finale est le père de Zeke qui est la marionnette du cochon qui a un pistolet ( on le voit au début du film ) et que le marionnettiste c’est l’antagoniste du film, alors certes je vais peut-être me faire insulter et critiquer mais moi je suis content, parce que cela sort du schéma : on ne voit que les victimes qui sont dans les pièges et peu de passages sur les flics qui avancent dans l’enquête, alors lancer moi des commentaires assassin et des insultes j’en ai… strictement rien à foutre ! J’ai adoré le film, point final ! Personne ne changera mon avis.

le crocodile

Je suis d’accord avec les autres commentaire. Ce film a été une grosse déception, une honte pour la saga Saw. Je ne le recommande pas du tout.

Maski mask

Ça me fait mal de voir ce résultat là même ça part d’une bonne intention, pour moi avec ce film il avais l’occasion de recommencé à zéro puis repartir sur de bonne base mais il ont complètement raté, apres je m’attendais pas à un chef d’oeuvre mais à un effort au niveau du scénario. Parce que pour la photographie j’ai pas grand chose à dire c’est assez beau et c’est une première. La réalisation de bousman esy comme un épisode de série télé pas fou non plus

Les scénariste du film qui ont écrit JIGSAW et surtout piranha 3D, mais heureusement que Alexandre Aja à réécrit une bonne partie du script avec Grégory levasseur parce que j’imagine même pas la catastrophe qu’on aurais eux malgré cela le côté nanars du film est voulu par le réalisateur tout en y ajoutant un ton sombre avec du suspense lorsque la menace arrive je ne dis pas que Piranha 3D est chef œuvre mais cela reste un bon divertissement basé sur un scénario qui ne vole pas haut pour autant.

tout sa pour dire que pour que cette saga soit renouvelée (pour de vrais) il fait un Nouveau RÉALISATEUR ET SCÉNARISTE qui ont une vrai vision parce que la c’est plus possible ou au pire faire revenir JAMES WAN en tant que producteur exécutif qu’il ai un œil sur ceux qui ce passe même si je pense qu’il en a fini après le 3ème film

Bref c’est bon je n’y crois plus, Spiral étais le film de la dernière chance et c’est loupé DOMMAGE

Kolby

Vraiment dommage pour le film. Ils ont voulu jouer de la licence Saw pour lancer la machine. Serait été un bon film s’ils n’avaient pas voulu inséré Saw. Chris Rock à force de jouer la comédie n’est vraiment pas crédible pour son rôle. C’est un film bâclé, ils ont tué définitivement saw.

Kelso

Je le regarderais juste par curiosité mais faut bien dire que le seul Saw qui vaille le détour est le premier, pour sa fin où personne n’avait capté que le tueur était là depuis le début, c’était assez surprenant, toutes les suites pour moi ne sont que des bêtises sans nom, à voir et à vite oublier.