Godzilla vs. Kong : critique grosse et bête

Simon Riaux | 22 avril 2021 - MAJ : 22/04/2021 17:47
Simon Riaux | 22 avril 2021 - MAJ : 22/04/2021 17:47

Jusqu’à ce que Gareth Edwards réconcilie box-office, critique et ambition artistique avec le radioactif saurien en 2014, Godzilla semblait interdit de séjour aux États-Unis. Mais son succès, à l’heure des franchises et des divertissements turbo-destructeurs, ne pouvait qu’engendrer suites et déclinaisons, rapidement désignées sous le patronyme de MonsterVerse, et dont Godzilla vs. Kong fait partie.

PUTAING KONG !

Quel chemin parcouru en moins d’une décennie. Après l’ouverture résolument grave et ténébreuse d’Edwards et deux films de transition (Kong : Skull Island et Godzilla II : Roi des Monstres), nous voici rendus à Godzilla vs. Kong, choucroute gonzo résolument fluo, à la promotion décomplexée nous promettant un match de catch entre deux grosses bébêtes, icônes du cinéma vénérées depuis des décennies.

Et à bien des égards, Warner a mis les petits plats dans les grands. Ce qui frappe tout d’abord, après des années de super-productions super-héroïques aux finitions souvent douteuses, c’est le soin apporté globalement aux effets spéciaux et à la direction artistique. 

 

photoUn monstre au poil

 

Godzilla vs Kong n’est quasiment jamais pris en défaut techniquement, et l’amateur de grand spectacle pourra se rincer les rétines comme rarement. Modélisation, texture, précision des modèles 3D, complexité des interactions, plans alambiqués surlignant l’omnipotence des giga-belligérants, tout ici est un pur régal. Passé par la saga Transformers, mais aussi Unstoppable ou encore No Pain No Gain, le chef opérateur Ben Seresin parvient d’autant mieux à habiller l’image que personne n’a eu la “bonne” idée de chorégraphier les joutes au milieu d’une tempête, pendant une éclipse, après une panne de courant. 

Tout ce petit monde a d’autant plus les pattes libres que le scénario s’efforce de ne pas s’attarder en tunnels de dialogues et autres enjeux artificiels, sans doute conscient qu'il vaut mieux proposer une intrigue qui traite les lois de la physique avec moins de respect qu’un teckel la cheville appétissante de sa maîtresse fraîchement décédée. Tout va donc vite, si bien qu’en moins de deux heures, le métrage achève de délivrer sa grosse bagarre à un rythme soutenu, épargnant les neurones du spectateur, ou les martyrisant juste ce qu’il faut. 

 

photoGodzilla se jette à l'eau

 

ADAM RINGARD

Bien des éléments étaient donc réunis pour que Godzilla vs Kong s’impose comme une orgie de rénovation urbaine sauvage. Malheureusement, tous ces ingrédients barbares se voient confiés à un cuistot bien en peine de les accommoder. Adam Wingard est sur un terrain aux antipodes des modestes You're Next et The Guest, qui le firent remarquer, et comme dans Blair Witch puis Death Note, il se prend les pieds dans le tapis de son concept. Concrètement, son film devient l’affrontement de deux titans sous les yeux d’une douzaine de personnages ayant fraîchement éternué leurs cerveaux. Un dispositif dramaturgique qui exigeait de choisir à quelle échelle narrer son histoire. 

 

 

Fallait-il se reposer sur les volumes de son bestiaire pour en capturer limpidement les châtaignes cosmiques ? Rester sur le plancher des vaches pour démultiplier le gigantisme, et donc l’impact ? Wingard ne choisit jamais, et passe constamment d’un référent à l’autre, sans aucun connecteur logique. Le résultat, malgré ses prouesses techniques, est rapidement chaotique, et annule la plupart de ses effets, puisque toute idée de proportion s’efface.

Dès lors, comment s’intéresser à un combat de géants si jamais le spectateur n’en ressent jamais franchement les dimensions babyloniennes du duel ? Le constat est d’autant plus cruel qu’entre deux peignées génériques, les colosses sont par instants magnifiés au détour de plans superbes et composés. 

 

photo, Kaylee HottleLes produits dérivés, c'est plus ce que c'était

 

La même indécision règne du côté des humains, qui occupent l’essentiel du film (n’espérez pas voir Kong ou Godzilla plus d’une vingtaine de minutes à l’écran). Rebecca Hall et Alexander Skarsgård font ce qu’ils peuvent, mais la première poussant dans une direction très premier degré, et le second vers une sorte de borborygme nanar, les deux excellents comédiens se retrouvent curieusement mal assortis.

Même les combattants monumentaux sont traités avec je-m'en-foutisme tant leur caractérisation manque de chair (le gros singe chougne parce qu'il est sensible, le gros lézard se gondole parce qu'il est méchant) achevant de plonger le film dans un bourbier d’indifférence.

Godzilla vs Kong est disponible en VOD en France depuis le 22 avril 2021 en France

 

Affiche

Résumé

Budget confortable, moyens techniques opulents, bestiaire culte et scénario décomplexé, Adam Wingard avait tout pour nous offrir une orgie totalement monstrueuse. Sauf peut-être l'ambition et ce que le sujet requiert de talent.

Autre avis Mathieu Jaborska
Miraculeusement plus influencé par les empoignades rigolotes de la version de 1962 que par le sérieux des deux précédents opus, Godzilla vs. Kong sacrifie volontiers ses enjeux humains et sa cohérence sur l'autel d'un spectacle régressif inespéré. Dommage toutefois que la mise en scène ne suive pas toujours.
Autre avis Alexandre Janowiak
Bête et trop rarement amusant, Godzilla vs Kong jouit tout juste de quelques séquences de bastons divertissantes et d'une esthétique plutôt élégante. Trop peu pour servir un tel combat de mastodonte qui méritait mieux.
Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(3.1)

Votre note ?

commentaires
La Mouche
27/04/2021 à 13:19

Ce film, on dirait du mauvais Marvel, j'ai largement préféré Skull Island, même s'il n'est pas parfait

A440
27/04/2021 à 01:28

Un film de commande aux grosses ficelles pour que le public visé (parents avec enfants et adolescents) se reconnaissent dans les personnages. Techniquement très beau et bien fait, une utilisation du HDR stupéfiante sur TV OLED, belle démo technique. Sur le fond, aussi intéressant qu'un film de parc d'attraction où même les héros semblent être tout le long du film tant les véhicules dans lesquels ils sont enfermés pendant toutes les scènes d'action ressemblent à des wagonnets de montagne russe. Joli, époustouflant, drôle au xieme degré parfois mais aussi vide qu'un sachet de popcorn à la fin d'une séance ciné.

[)@r|{
26/04/2021 à 18:16

Je ne suis pas un grand fan de Michael Bay, mais il faut reconnaître que le troisième volets de "Transformers" atomise tout côté casse.

"Gojira vs Kong aux pays des cailloux volants" ne m'a pas offert un spectacle digne de ce nom et ne surpasse pas en scènes de destruction massive extrême "La face cachée de la lune". Donc, pas de grand spectacle. Le film est même très pingre en scènes d'action. [sérieusement]

Quelle déconvenue, c'est terrible d'écrire cela mais ce bousage insipide sans scénario se résume à sa bande-annonce et c'est tout ! La scène du porte-avions [bof] et la trop courte scène finale.

Pour conclure ; je dirais que c'est tout un Art de vendre du vent.

Ciao a tutti !

Aurélie
26/04/2021 à 09:22

Ça dépanne quand il y a rien d'autre.
Y aura-t-il une vraie sortie pour "The Northman" avec le même Alexander Skargård et Willem Dafoe ?

Marc
25/04/2021 à 17:35

Godzilla VS Kong ont est au niveau 0 du scénario il en a pas c'est un prétexte débile pour faire un fight contre Kong et Godzilla...et je vai spoiler ''Attention Spoiler " un Mécha Godzilla à la toute fin du film ! mais c'est nullissime ;) malgré ces visuels bluffant .
Mais c'est juste mauvais un nouveau genre de film le film WTF

Pec78
24/04/2021 à 23:31

@zohac

J'ai essayé de te rendre ton Godzilla de 2014, mais je l'ai pas trouvé... J'ai cherché pourtant, mais je ne l'ai point vu. Y'avait Godzilla dans Godzilla 2014 ? Ah oui, c'est ce fameux grand film qui ellipsait joliment toutes les bastons, et où le gros lézard apparaissait même pas 10 minutes sur plus de 2h de métrage ?!! Ah oui, moi aussi j'ai adoré ce Godzilla sans Godzilla. Manquait plus qu'une petite vanne de Jeff Goldblum et c'était la perfection assurée.

La bollee
24/04/2021 à 21:52

Très bon divertissement.
On ne s' ennuye pas !

Godzizi
24/04/2021 à 11:32

Triste de voir à quel point le spectateur n’est plus respecté, tout comme les mythiques King Kong et Godzilla.
On peut vouloir s’amuser avec un blockbuster régressif, mais livrer un « contenu » si pauvrement écrit c’est un doigt d’honneur fait au spectateur.

Skull Island fait presque figure de bon film à côté, avec un effort de mise en scène et des personnages, qui, même s’ils sont bébêtes, s’amusent.

NATE213
23/04/2021 à 09:34

au vue des sorties actuelles, c'était plaisant á regarder. Personne ne s'attend à un chef d'oeuvre au vue du titre du film ...

Marc
23/04/2021 à 09:33

Le succès de ce film au US c'est un film Popcorn vite vu vite oublié ! L'idée de chercher Kong pour faire combattre Godzilla du grand n'importe quoi !

Plus
votre commentaire