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#Alive : critique morte-vivante sur #Netflix

Par Mathieu Jaborska
9 septembre 2020
MAJ : 3 janvier 2021
13 commentaires

Netflix continue de se réapproprier les sorties coréennes à l’internationale, quelques semaines à peine après les remous suscités par l’acquisition de La Traque#Alive est bien sorti en salles en Corée du Sud, dans un circuit de presque 500 copies, en août dernier. Plus révélateur encore, il s’est classé 2e derrière Scandale pour sa première semaine, bien aidé par un pitch qui fait si bien écho à la situation sanitaire actuelle qu’on en viendrait à se demander si le réalisateur Il Cho n’a pas lui-même propagé le coronavirus. Surtout qu’il s’est garanti une petite renommée avec un duo d’acteur redoutable : Park Shin-Hye et Yoo Ah-In, bouleversant dans Burning.

Affiche

#BALANCETONCORPS

On voit déjà les sourcils se hausser à la lecture du titre, qui ressemble – il faut le dire – à une énième tentative opportuniste d’attirer la fameuse génération Z, incomprise par tous les quarantenaires à la tête de l’industrie cinématographique. On aurait pu aussi se retrouver face à un nouveau pamphlet technophobe tendance « c’était mieux avant », histoire de draguer les vieux briscards allergiques à Instagram.

Le film commence par se ranger dans la première catégorie, puisqu’il met en scène un jeune joueur qu’on imagine important dans le twitch game (un service de diffusion à destination des usagers de jeux vidéo, pour les néophytes). C’est d’ailleurs en pleine partie qu’il est interrompu par une invasion de zombies. Et pas question de sortir farmer IRL de la chair morte : les bestiaux en bas se réclament plus de L’Armée des morts que de Zombie. Par conséquent, les éliminer n’est pas chose aisée. Oh Joon-woo (c’est son nom) se rattrape alors avec les divers agréments technologiques à sa disposition dans son appartement, jusqu’à ce qu’il doive s’en servir pour sa propre survie.

 

photo, Yoo Ah-InReady Player Z

 

Difficile de faire plus actuel, alors que la crise qui a forcé une grosse partie de la population mondiale à se terrer chez soi plusieurs semaines a fait émerger le lien social via les réseaux et autres plateformes de communication. C’est exactement ce que met en scène ce long-métrage presque prophétique (il a été tourné fin 2019), racontant la prise de contact entre deux individus grâce aux progrès techniques récents. Alors bien sûr, on y voit plus des drones et des talkies-walkies que des échanges sur Messenger, cohérence visuelle oblige, mais la construction de cette relation toute mignonne est bien 100 % 21e siècle, surtout quand elle culmine dans un split-screen touchant.

Cette liaison somme toute très peu originale a pour elle de ne jamais lorgner sur le pathos, en particulier grâce au talent du duo d’acteurs. Si l’interprète du gamer confronté à la réalité nous avait déjà prouvé son talent dans Burning, c’est Shin-Hye Park qui crève le plus l’écran, dans le rôle d’une anonyme pleine de ressources et timidement balèze.

 

photo, Park Shin-HyeFenêtre sur mort

 

GUIDE DE SURVIE EN TERRITOIRE ZOMBIE

Malheureusement, au fur et à mesure que l’usage de la technologie tend à l’inutile, le film le devient tout autant. En cause : une vision du genre bien trop engoncée dans ses références et incapable, ironiquement, de faire preuve de la moindre forme de modernité. Il Cho cite allégrement George A. Romero à plusieurs reprises (les zombies sont censés reproduire leurs gestes d’antan), mais ne restitue jamais son engagement. La référence sert plutôt d’excuse scénaristique pour donner l’autorisation à ses zombies de faire tout et n’importe quoi, tant que ça arrange la narration, sous prétexte d’hommage aux morts-vivants personnalisés du maître aux grandes lunettes.

Elle est même plutôt obsolète, quand on sait que le cinéaste américain avait lui-même su dépasser ses prises de position passées en convoquant les nouvelles technologies dans Diary of the Dead. Et même si ce found-footage n’avait pas convaincu tous ses fans, loin de là, il reste toujours plus pertinent que cet essai maladroit, confondant respect d’un genre et abus de classicisme.

 

photoCorridor of the dead

 

Tous les poncifs se retrouvent et prennent l’apéro dans #Alive. De fait, les situations s’enchaînent sans trop nous surprendre. Le point de non-retour est atteint une fois que les deux protagonistes se sont rencontrés, rendant de fait la technologie obsolète. Il ne sera plus question de survivre grâce à des systèmes censés nous isoler (à part lors du final, se rattachant plutôt bien aux thématiques abordées dans la première moitié), mais de déballer des retournements de situation si téléphonés qu’ils nous forcent à utiliser le mot « téléphoné ».

Reste quelques affrontements amusants, jouant avec malice des vrais dangers que représentent les zombies, même si ceux-ci sont dotés d’un QI pour le moins aléatoire selon le spécimen. On entraperçoit également de temps à autre les masses meurtrières si bien utilisées dans le bien plus maîtrisé (et friqué) Dernier train pour Busan. À l’instar de ce blockbuster ferroviaire, #Alive aurait peut-être gagné à privilégier l’efficacité à la citation. Car si Peninsula s’avère aussi plat que les premiers retours le suggèrent, ça fera deux déceptions dans le généreux monde des infectés Coréens cette année.

#Alive est disponible depuis le 8 septembre 2020 sur Netflix en France

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Abandonnant à mi-chemin ses références à Romero et aux nouvelles technologies pour se vautrer dans le classicisme zomblardesque, #Alive fait passer le temps aux amateurs de morts-vivants sous speed et aux nostalgiques du confinement.

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Flōrens Penn-Ar-Bed

Perso j’ai bien aimé ! Plus que DERNIER TRAIN POUR BUSAN en tout cas (de 0,5 pts).

Mizon

Pas si mal que ça. Les zombis sont terrifiants a souhait. Les idées pour s’en sortir sont inventives. Le rythme est soutenu du début a la fin. La petite nana qui taille les bras avec une hache de fortune,oups….pour moi la meilleure séquence est celle du mari qui piège les deux jeunes pour que sa femme infectée puisse les manger. Je trouve l’épisode excellent avec une tension qui se relâche pas.. c’est d’ailleurs la qualité principale du film on a le souffle court
Jusqu’à la fin.

Kelso

Vu ce soir et j’ai passé un bon moment, le film est sympa dans le genre et les 2 acteurs sont bons. Le film est nettement meilleur que Diary of the dead, ne croyez pas ce qui est mit dans cette critique, mais effectivement ça manque de moyens, ça se ressent par moments et on est loin du rythme, de l’émotion et du stress provoqué par Le dernier train pour Busan. Mais ça reste un bon film de zombies(?) ou en tout cas de contaminés enragés et cannibales. Si vous aimez le genre foncez.

Shona

rien ne vaut dernier train pour busan ou la serie kingdom mais alive était très sympa a regarder et les zombies rapides sont mieux que ceux de walkind dead.

Deka

j ai adoré. Je suis grande fan de Oh Joon-woo que j ai découvert dans Secret affair où il est époustouflant. Je recommande ALIVE où il n n’hésite pas une métamorphose totale ????♥️