Benni : critique qui crie très fort

Simon Riaux | 22 juin 2020
Simon Riaux | 22 juin 2020

Ayant vu sa sortie fauchée par le coronavirus et le confinement qui s’en est suivi, Benni de Nora Fingscheidt ressort sur les écrans le 22 juin, et mérite sans doute le coup d’œil des spectateurs affamés.

BENNY KILL 

Quand s’ouvre Benni, chronique de la révolte d’une petite fille aux prises avec les services sociaux allemands, le spectateur a de prime abord le sentiment d’évoluer en terrain connu, voire balisé. Le jeu naturaliste des comédiens, la caméra portée au plus près de l’action, des regards, une image qui semble initialement s’inquiéter d’une illusion de réalité plus que de ses propres compositions, tout concourt à inscrire le long-métrage dans un cinéma social très codifié, qui fait les beaux jours des festivals européens. Au fur et à mesure que le récit se déploie, ce dernier dévoile pourtant qu’il a beaucoup plus à offrir. 

C’est tout d’abord l’interprétation qui différencie Benni du tout venant du drame allemand. Si tous les adultes qui émaillent ce récit sont excellents, la jeune Helena Zengel accomplit pour sa part une performance rien de moins qu'ahurissante. Stupéfiante en môme ne pouvant plus contenir sa colère au sein d’un système certes attentionné, mais incapable de générer de l’amour, elle capture l’attention de la caméra, et donc du spectateur, avec une facilité déconcertante. Loin d’écraser la dramaturgie, ses accès de fureur, comme ses moments d’abandon ou de tendresse, scandent l’intrigue avec une grâce magnétique. 

 

photo, Helena ZengelNe pas énerver

 

KIDS ARE NOT ALL RIGHT 

Après quelques minutes, alors que la jeune Benni doit subir une énième réunion encadrée par des éducateurs et autres encadrants, le découpage se métamorphose subtilement, pour épouser totalement le point de vue et les émotions de son personnage principal. Un processus discret, mais sensible, qui s’appuie essentiellement sur le montage, qui prend en charge la moindre hésitation, chaque tressautement de l’enfant, pour rendre à compte à merveille du terrible chaos qui l’étreint. Ces bouillonnements intérieurs, mais aussi l’amour qui meut Benni, sont progressivement retranscrits avec de plus en plus d’acuité, jusqu’à faire du film une renversante déclaration d’amour contrariée. 

Une réussite qui gagne l’image dès lors que l’action peut s’extraire des bureaux ou décors urbains, quand le film précipite Benni en forêt. Dès lors, la photo de Yunus Roy Imer évolue, jusqu’à flirter avec des teintes pastel presque surréalistes, alors que l’héroïne arpente des espaces susceptibles d’éponger sa rage plutôt que de la lui renvoyer. Ces moments suspendus montrent avec éclat le talent de Nora Fingscheidt, qui s’efface peut-être un peu trop souvent derrière son sujet, mais parvient souvent à le traiter avec éclat et humanité. 

 

Affiche officielle

Résumé

Sous ses airs de drame social attendu, Benni dissimule un portrait d'enfant bouleversant, interprété avec talent et filmé avec une sensibilité renversante.

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