Promare : critique calcinée

Christophe Foltzer | 31 juillet 2019 - MAJ : 31/07/2019 12:05
Christophe Foltzer | 31 juillet 2019 - MAJ : 31/07/2019 12:05

On ne cessera pas de le dire, mais cet été 2019 ressemble à un état de grâce pour l'animation japonaise puisque les sorties cinéma s'enchainent à une cadence régulière en nous offrant la plupart du temps des titres de grande qualité. Mais avec Promare, on est quand même dans un tout autre délire.

FEU DE TOUT BOIS

En 8 années d'existence, le studio Trigger, fondé par Hiroyuki Imaishi et Masahiko Ohtsuka, a prouvé qu'il ne pouvait rien faire comme tout le monde en alignant des oeuvres aussi dingues que Kill la Kill ou encore Darling In The FranXX, tout en imposant une patte visuelle et graphique reconnaissable entre mille. Elle fait la part belle aux scènes d'actions défiant les lois de la réalité, misant tout sur un dynamisme animé hors du commun.

Inutile donc de préciser que l'on retrouve tous ces ingrédients dans leur premier film à destination exclusive du cinéma, Promare, réalisé par Hiroyuki Imaishi.

 

photo PromareGalo Thylos, notre "héros"

 

Pourtant, Promare pourrait avoir une valeur symbolique beaucoup plus importante pour le studio, tant il compile tous les tropes de ses productions passées, voire même antérieures à sa création. Et, dès le départ, le ton est donné. Alors qu'une énorme tempête de feu a dévasté la civilisation, une nouvelle espèce humaine mutante a fait son apparition, les Burnish, capables de déclencher des incendies à volonté. 30 ans plus tard, l'humanité se remet enfin de la catastrophe et a même créé une unité de super pompiers chargés de neutraliser les incendies, la Burning Rescue, avant qu'un groupe d'intervention ne maitrise les Burnish.

Sauf que voilà, un groupe terroriste baptisé Mad Burnish sème le chaos en ville depuis un long moment et ses actions remettent en cause l'équilibre nouveau. C'est dans ce contexte que Galo Thymos, nouvelle recrue de la Burning Rescue, fortement idéaliste, s'engage dans un combat contre le leader des Mad Burnish, Lio Fotia, avant de découvrir que les vrais enjeux ne sont peut-être pas ceux que le discours officiel met en avant.

 

photo PromareDes Mad Burnish ultra classes

 

FLAMMES DE L'ENFER

Dès le départ, Promare donne le ton : mettez votre cerveau en pause et passez en mode "Super Bourrin" si vous voulez avoir une chance de survivre à la projection. Parce que le film ne sera, grosso modo, qu'une succession de bastons épiques et complètement dingues, animées avec une grande folie, du début à la fin.

Oui, nous ne sommes pas là pour rechercher la moindre originalité ou encore la grosse prise de risques : avec Promare, le studio Trigger entend bien faire une compilation de toutes les obsessions et de tous les clichés qui l'animent depuis sa création. Et le pire, c'est que ce choix est totalement assumé. Bien sûr, les mangavores avertis feront immédiatement quelques parallèles avec le manga Fire Force d'Atsushi Okubo, mais le film s'en écarte rapidement pour partir dans un gros délire coloré en forme d'hommage à tout un pan de l'histoire de ses créateurs.

 

photo PromareDes personnages secondaires malheureusement trop peu exploités

 

Ainsi, le personnage principal, Galo Thymos, n'est qu'un décalque du Kamina de Gurren Lagann, qu'il s'agisse de son design très proche, ou de son caractère fortement similaire avec cet héroïsme crétin teinté d'un idéalisme venu d'un autre âge. Une oeuvre pivot du Studio Trigger, puisqu'il s'agit de la dernière création de ses fondateurs sous l'égide du studio Gainax, tout autant qu'une véritable note d'intention concernant les ambitions de leur nouvelle structure.

Le scénario, quant à lui, est cousu de fil blanc et rappelle aussi énormément de leurs productions avec le message antilibéral qui va avec, la critique de la pensée unique et la mise en valeur de la marginalité tout en s'attardant une fois de plus sur la peur qui en découle lorsqu'elle est incomprise. Si, sur le fond, le spectateur n’est pas surpris, sur la forme, par contre, c'est toute autre chose.

 

photo PromareBAS-TON !

 

BURNING RANGERS

Ce classicisme thématique n'est en fait que le moyen pour que le studio parte dans un gigantesque délire graphique, nous réservant des scènes de bastons impressionnantes et épuisantes, à base d'angles de caméra impossibles en prises de vue réelles, de déformations physiques qui confinent parfois à l'expérimental tout en nous imposant un rythme haletant qui risque de laisser quelques personnes sur le carreau.

Quand on sait qu'en plus la bande-son est signée Hiroyuki Sawano (Kill la Kill mais aussi Blue exorcist et L'Attaque des Titans) et que l'on remarque que son style électro-symphonique est poussé à l'extrême, on ne peut que préparer ses joues à recevoir une bonne petite baffe.

 

photo PromareDes pompiers d'un genre nouveau

 

Et c'est plus ou moins ce qui se passe si l'on accepte toutefois de ne rien maitriser et de se laisser porter par le spectacle. Promare requiert en effet notre confiance absolue pour que l'on accepte son parti-pris et, lorsque c'est fait, le plaisir est total. On s'en prend plein les yeux, on sourit comme un gros gamin, on éructe de joie face aux robots qui se foutent sur la tronche à coups de rayons glacés et on ressort de la salle avec une grosse banane et le sentiment d'avoir passé deux heures dans les années 90.

Difficile cependant de conseiller Promare à tout le monde tant le spectacle est parfois extrême et tant il s'adresse à un public de connaisseurs. Aussi, si vous souhaitez découvrir l'animation japonaise, on vous conseillera davantage Les Enfants de la mer ou encore Le Mystère des pingouins (le 14 août prochain). Mais si vous êtes un enfant des années 90, que vous chérissez vos VHS Manga Vidéo et que vous êtes passés en mode "kiki tout dur" à l'arrivée de Neon Genesis Evangelion sur Netflix, n'hésitez pas une seconde, Promare est fait pour vous.

 

affiche definitive

Résumé

Volontairement cliché et stupide, Promare est un sacré spectacle pour qui accepte de rentrer dans le délire. Tout autant qu'une fin de cycle pour le studio Trigger. Après lui, on le voit mal, en effet, continuer sur cette lancée. Offrez-vous un gros trip bourrin par une journée d'été et allez voir Promare. Le spectacle vaut clairement les quelques neurones que vous laisserez en échange.

commentaires

galetas
02/08/2019 à 20:06

Pas si bourrin que ça le bestiau!
On a même un scénario un poil plus développé que d'habitude.
Malheureusement , le mal des animes japonais sévit encore avec des persos trop peu caractérisés et/ou trop stéréotypés.

Chevalier Shakka
31/07/2019 à 15:11

Je n'ai pas encore vu Promare. Mais j'ai du mal avec l'hypothèse que ce soit une fin de cycle pour Trigger. Pour ma part je dirai que c'est plutôt le cas en ce qui concerne Imaishi. Fin que j'avais personnellement commencé à ressentir avec Luluco : mini-serie en forme de pot-pourri déjanté. Ça sentait un peu le baroud d'honneur d'un réal' qui brassait tous ses thèmes fétiches.
Alors certes Imaishi est la tête pensante du studio mais le reste des productions ne gardent finalement que quelques tics visuels du Monsieur.
Kiznaiver est beaucoup plus ambitieux narrativement (ainsi que boursouflé et chiant); DarliFra se veut héritier spirituel de Gainax avec Eva et Gunbuster en tête; Little Witch Academia est beaucoup plus léger... Oui on peut trouver des points communs à toutes ces séries. Mais elles sont finalement très différentes. Même SSSS Gridman est finalement assez unique en terme de philosophie de la part de studio.

Bref! À confirmer avec le temps mais pour moi Promare semble plus l'aboutissement de la carrière d'un réal' que d'un studio.
Studio manquant cruellement de plume justement.
Hâte de le voir en tout cas.

votre commentaire