Grâce à Dieu : critique-confession

Créé : 17 février 2019 - Geoffrey Crété
Geoffrey Crété | 17 février 2019

Avec 18 films en 20 ans, François Ozon est l'un des cinéastes français les plus prolifiques et versatiles, capable de manier la comédie comme le drame, voire même le film de genre. Avec Grâce à Dieu, il s'attaque à un gros morceau : la pédophilie dans l'Eglise, et surtout le silence qui a pesé et continue de peser sur les victimes. Melvil PoupaudDenis Ménochet et Swann Arlaud incarnent ainsi trois hommes qui se sont battus pour que la vérité explose, dans ce film coup de poing tiré de faits réels à 95%.

 

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REAL FICTION

A avoir tant tourné, François Ozon a pris le risque d'épuiser son imaginaire. Hier vibrant avec SitcomSous le sable8 femmes et Swimming Pool, son cinéma a trop souvent pris des impasses depuis, explorant à tâtons le thriller, le mélodrame, le romanesque, le fantastique ou l'érotique, comme autant de preuves d'une curiosité inlassable, qui a donné quasiment un film par an depuis une décennie.

Ce n'est donc pas anodin si Grâce à Dieu est sa première tentative d'épouser le réel. Le cinéaste raconte ici le parcours de trois hommes qui se battent pour que la vérité éclate, après avoir été victimes du prêt Preynat durant leur enfance. Des premières lettres envoyées au cardinal Barbarin à la création de l'association La Parole libérée, Ozon parle d'un film basé sur la réalité à 95%. 

Il retrouve Melvil Poupaud (qu'il a dirigé dans Le temps qui reste et Le Refuge) et Denis Ménochet (second rôle de Dans la maison), et capte la révélation de Petit PaysanSwann Arlaud, pour former ce trio. Et il signe là l'un de ses meilleurs films, de ceux qui rappellent sa place discrète mais éventuellement forte dans le paysage français.

 

photo, Melvil PoupaudLa foi et la vérité

 

DES LYON DANS L'ÉGLISE

Des premières scènes se dégage un sentiment de film figé et maniéré : la voix-off de Melvil Poupaud, la lecture de ces lettres très littéraires et formelles (les vraies, écrites par le réel Alexandre), le montage très carré. Le cinéma de François Ozon a tendance à avancer sur des rails en matière de mise en scène, avec une sensation de cinéma scolaire et dans les clous, d'où rien ne dépasse, de la photo sans style affirmé à l'alternance de pano et champs-contrechamps (hormis dans ses films les plus éclatants et pop, comme Potiche).

Avec Grâce à Dieu, le réalisateur ne se réinvente pas, et son cinéma garde la même apparence. Sauf qu'ici, la forme épouse le fond avec plus d'harmonie et d'éclat. Drame en trois mouvements mené comme un palpitant film d'enquête, il s'étire sur environ 2h15 sans jamais faiblir, ni tirer sur la corde du sensationnel pour accrocher le spectateur.

Cette clarté dans la narration est d'une force d'autant plus impressionnante que le récit s'articule autour de trois personnages, qui se passent le relais avant d'être réunis. Une dynamique compliquée à mener, puisque le spectateur devra alors découvrir, accepter puis un temps abandonner ces hommes et leur entourage, afin de se laisser porter par la suite. Mais Ozon maîtrise son film, captivant des premières minutes aux ultimes mots. Il a une confiance totale et tranquille en son récit et son point de vue, et le déroule d'une main de maître.

 

photo, Denis MénochetLes blessures individuelles pansées par le collectif

 

LES FEMMES DE L'OMBRE 

Grâce à Dieu menaçait naturellement d'être englouti par beaucoup de questions, sur son rapport à l'Eglise, la foi, la pédophilie, le pardon, et les procès en cours. Dans ce qu'il montre et ne montre pas, ce qu'il dit ou laisse en silence, François Ozon avait beaucoup de moyens d'échouer, créer de mauvaises diversions, dramatiser à outrance, et se placer en démiurge vu la gravité des événements.

C'est aussi et surtout là qu'il impressionne, tant il a pris le soin presque clinique de garder une distance, refuser de distribuer les rôles par facilité, et opposer des héros à des monstres. Le traitement du père Preynat est particulièrement fort : brillamment interprété par Bernard Verley, ce prêtre à la source de tous les maux apparaît moins comme un diable facile qu'un homme désespérément perdu, d'autant plus terrifiant qu'il ne prend pas la mesure de ses actes. Et parce qu'il n'en fait pas non plus une victime à pardonner, Ozon entretient la complexité nécessaire et morale vitale au film.

 

photo, Melvil Poupaud, Aurélia PetitAurélia Petit, remarquable en quelques scènes

 

Cette finesse se retrouve à tous les étages, au-delà du trio principal. Aurélia PetitHélène VincentJulie DuclosAmélie DaureFejria DelibaJosiane Balasko : femmes, mères, confidentes, alliées, elles sont autant de phares précieux dans la nuit des protagonistes. Jamais réduites à une pure fonction narrative, elles existent en périphérie avec une réelle force. Il suffit d'une confession terrible d'une épouse dont l'investissement cache une douleur sourde, du regard terrible d'une mère rongée par la culpabilité, ou de l'élan humaniste d'une autre lors d'une réunion ("Moi, je peux..."), pour saisir que François Ozon veille sur tous ces personnages, aussi complexes, obscurs et ambigüs puissent-ils être.

Loin de se placer en tout-puissant sur ces personnes et personnages, le cinéaste assume avec intelligence et humanité une position humble. Grâce à Dieu tourne autour d'hommes et femmes qui s'interrogent, tourmentés par la douleur, la foi, la colère, mais aussi le désir d'avancer, se reconstruire et s'aimer. Comme eux, François Ozon pose des questions, et laisse au spectateur le soin de choisir ses réponses. C'est là la preuve d'un réalisateur accompli, qui a affronté ce sujet difficile et sulfureux avec la maturité nécessaire.

 

Affiche

Résumé

François Ozon signe l'un de ses meilleurs films depuis longtemps avec ce drame en trois mouvements mené comme un palpitant film d'enquête, d'une réelle intelligence dans l'écriture et le point de vue.

commentaires

minou
14/03/2019 à 21:01

Je suis aller voir ce film et j'ai trouvé que c'est bien de dénoncer la pédophilie mais j'ai trouvé aussi qu'on veut détruire l'Eglise à fond. La foi est plus forte que le mal. Il faut aussi faire un Film sur la pédophilie dans l'éducation national et dans d'autres lieux. on s'attaque à l'Eglise. Je suis dégouté de ce Film

Ben
18/02/2019 à 18:24

Thibault, tu considères ce film comme une contribution à la destruction de l'Eglise? J'hallucine que ce film soit vu par beaucoup, il suffit de lire les avis des grands quotidien, comme une attaque contre la religion catholique. Des prêtres ont violé des enfants.... et toute chose étant égales par ailleurs, peu importe, le terrorisme, l'Islam, ou les pédophiles à droite à gauche, se sera leur tour un jour d'être jugés. Espérons-le. Mais à terre les religions réceptacles de tarés mentaux! et il est bon que le cinéma s'en empare! et en plus avec talent!

Thibault
18/02/2019 à 13:08

Églises profanées cette semaine et pas un mot....Par contre financer la destruction de l'Eglise pas de problème.

ratarat
17/02/2019 à 16:22

le film est vraiment bon j´espere qu´un jour on fera un grand film sur la pedophilie d´etat qui mettrais en cause nos politiques juge et magistra ou l´education national car visiblement personne n´ose financer un tel sujet parcontre pour attaquer la religion cato ćest surement plus simple de trouver les fonds (et je ne suis pas catho)

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