Monsieur : pretty critique

Chris Huby | 28 décembre 2018 - MAJ : 28/12/2018 10:05
Chris Huby | 28 décembre 2018 - MAJ : 28/12/2018 10:05

Ratna est servante chez Ashwin, un jeune homme dont la réussite apparente cache d’amers regrets. Leurs deux mondes, issus de deux strates opposées de la société indienne, vont se rencontrer.

PRETTY WOMAN

Le premier long métrage de la réalisatrice Rohena Gera propose une œuvre toute en finesse. L’histoire articule un échange de point de vues aux deux extrémités d’un pays en plein changement. Nous entrons de plein fouet dans l’univers de la modernité d’un Bombay en pleine construction. Grâce au regard rempli d’espoirs d’une jeune villageoise, nous découvrons ce monde en chantier, entre tours immenses et quartiers aseptisés. Partie de chez elle à la suite de la perte de son mari, l’héroïne représente la frange des femmes démunies, encore largement majoritaires dans la société indienne, et qui tente de s’en sortir.

 

photo Monsieur

Son patron, le jeune et charmant Ashwin, vit l’annulation de son mariage avec la plus grande des difficultés, peiné et déprimé d’avoir été trompé par celle qu’il comptait épouser. Issue de son univers bourgeois, sa promise n’a effectivement pas tenu la promesse qu’ils s’étaient fait. Ashwin, mélancolique et solitaire, distant et romantique, semble se forcer à entrer dans le rang du clan familial depuis son retour de New York, mais ce véritable non-choix ne se fait pas sans mal. Prostré sur son canapé, il est remis en question en tant qu’homme mais aussi en tant qu’élément d’un milieu bourgeois qu’il n’aime pas.

Leur rencontre va se faire au fur et à mesure d’une compréhension réciproque sensible, entre attentions profondes et entraide efficace au quotidien. De simples individus vivants sous un même toit, ils vont devenir proches, quitte à briser les lois de leur milieu respectif. Une envie dangereuse qui met à nouveau en lumière l’esprit des castes et leur rôle dans une société inégalitaire au possible.

 

photo Monsieur

CHOC DES CULTURES

Monsieur attrape son spectateur grâce à de nombreuses qualités. Ses deux acteurs sont absolument remarquables, mais ils sont également soutenus par une écriture et une mise en scène limpides. Les différentes séquences sont effectivement remplies de détails extrêmement forts montrant au spectateur comment un rapport simple entre deux être peut parfois plier des règles de sociétés radicales et humiliantes.

Car il faut comprendre que derrière la jolie histoire, le film brosse surtout un portrait terrible de l’Inde qui se veut libérale et ouverte. Ratna tente à la fois de sortir de son statut de veuve, l’emprisonnant dans une coutume matriarcale terrible de son village, tout comme de son image de pauvre, voire d’ignorante, dans une mégapole comme Bombay où les habitants sont sans pitié avec les classes du dessous. Sa confrontation avec les citadins, notamment avec les femmes, la renverra régulièrement à sa place d’arriérée dont elle ne doit sortir sous aucun prétexte. Fataliste et pourtant combative, Retna symbolise à elle seule un mouvement encore invisible dans son pays. Le scénario, extrêmement sensible, la fera violemment rebondir entre ses rêves et sa réalité.

 

affiche

Résumé

Un film à voir, indéniablement, pour comprendre ce que vivent encore les femmes en Inde, de manière la plus discrète qui soit. L’œuvre propose en outre un vrai oeil de cinéma, en plus de ses prix bien mérités (Grand Prix et Prix du Public) au Festival International du Film de Saint-Jean-De-Luz.

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire