Adventureland : critique qui ne change pas

Lino Cassinat | 14 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Lino Cassinat | 14 août 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Coincé entre la révélation indé SuperGrave et le bien plus mainstream PaulAdventureland est le film oublié de la (courte) carrière de Greg Mottola (jetons un voile pudique sur le très dispensable Les Espions d'à côté voulez vous). Et pour cause, en plus de s’insérer entre les deux plus gros succès de son réalisateur, Adventureland a également la double mauvaise idée de jouer sur le revival 80’s bien trop tôt (nous ne sommes encore qu’en 2009) et surtout de faire appel à une paire d’acteurs principaux encore aujourd’hui assez mal perçus par le grand public.

SOUVIENS-TOI (EN DANOIS)

À l'époque, Kristen Stewart sort en effet tout juste du premier Twilight et, n’ayant rien appris de la jurisprudence Emma Watson, toute la planète internet s’amuse alors à la descendre sans vergogne (au point que des memes sur la supposée mauvaise qualité de son jeu pullulent sur 9gag, qui n’a alors qu’un an, oui vous êtes vieux).

Quant à Jesse Eisenberg, il est carrément totalement inconnu ou presque, n’ayant (en gros) à son actif qu’un rôle mineur dans Le Village, et deux rôles principaux dans le bide artistique et commercial Cursed de Wes Craven et dans Charlie Banks, un drame totalement inintéressant réalisé par le chanteur de Limp Bizkit (oui).

 

Kristen Stewart à l'époque où tout le monde la déteste par principe

 

Bref un duo que pas grand monde n’a envie de voir et que la plupart des gens aura même plutôt tendance à détester copieusement après les trois autre Twilight et The Social Network, dans une comédie romantique adolescente à une époque qui n’intéresse personne. Ajoutez à cela un Ryan Reynolds qui s’apprête la même année à jouer Deadpool (pas celui que vous aimez, celui de X-Men Origins : Wolverine) et vous avez complété le bingo du film fait pour être oublié à la fin des années 2000 avant d'être repêché en 2018.

Il est assez amusant même de constater à quel point en 10 ans tous les problèmes évoqués ci-dessus se sont transformés en valeur ajoutée. Les compétences de Kristen StewartJesse Eisenberg et Ryan Reynolds ne sont plus à prouver et les années 80 plus à la mode que jamais (et ici, tout y est : Judas Priest, The Cure, INXS, Hüsker Dü...). A tel point qu’avec le temps il n’y a aujourd'hui, a priori, plus vraiment de raison concrète de ne pas voir Adventureland. Notamment si vous avez au coeur l’envie d’une bluette estivale en compagnie de deux post adolescents aussi charmants que fauchés, et leurs amis eux aussi fauchés et charmants, tous enfermés dans l’ennui de la cambrousse américaine et dans la galère d’un job d’été nul en 1987 dans un parc d'attractions qu'ils essaient d'oublier en se rapprochant, s'amusant ou en se défonçant.

 

Une scène de défonce très drôle

 

BREAKING THE LAW ?

Cependant, en dehors d’une photographie chaude et colorée à tomber, Adventureland manque également de raisons concrètes d’être vu. La faute probablement à l’absence de cap fort, de thème central (sous jacent ou pas) qui permettait par exemple à un film comme SuperGrave d’être plus qu’une très bonne exécution des codes du genre. Ici, même si les thème de la virginité et de la construction de la masculinité reviennent, ils sont malheureusement explorés de manière beaucoup plus convenue. Par exemple, avec l’ultra traditionnelle dynamique entre deux personnages opposés, cool/volage et nerd/inexpérimenté.

Adventureland va même dans son troisième quart fricoter avec quelques topos pénibles du genre comme la sur-dramatisation de certains événements (la scène de nuit devant le garage de Ryan Reynolds), le slut-shaming, ou encore le syndrome bien connu de « mon coeur est brisé donc j’ai tous les passe-droits pour faire n’importe quoi ». Le dérapage reste contrôlé et la fin sauve le tout mais les spectateurs les moins tolérants risquent de légèrement grincer des dents face à certaines scènes.

 

Joel, un des meilleurs personnages secondaires du film

 

NE CHANGE RIEN 

Adventureland manque donc de caractère, mais pourrait malgré tout devenir une oeuvre de chevet pour beaucoup. Un genre de film doudou ou de gourmandise à mâcher un soir de vague à l’âme grâce à sa principale qualité : ses personnages.

C’est là qu’Adventureland marque tous ses points et devient même à certains égards extrêmement sympathiques. C’est que, bien que tous issus des différents creusets archétypaux de la romcom, ils sont tous écrits avec suffisamment de nuances, appréhendés sans trop de volonté moralisatrices et incarnés avec tellement de justesse (on ne serait d'ailleurs pas surpris que Jesse Eisenberg ait décroché The Social Network en partie grâce à sa prestation dans Adventureland) qu’ils en deviennent tous sympathiques. On se surprend même à vouloir traîner avec eux, malgré leurs nombreuses galères quotidiennes.

 

Ryan Reynolds en role-model masculin à la fois toxique et crépusculaire

 

Il aurait été facile pourtant pour Greg Mottola de faire par exemple de Ryan Reynolds un vieux beau profiteur un peu dégueulasse ou de Lisa P. (Margarita Levieva) une pimbêche ultime, mais il ne tombe heureusement pas dans ces facilités. Des personnages principaux aux silhouettes secondaires, Adventureland a l’élégance de rendre tout ce petit monde complet et complexe.

Par le biais de petites scènes détachées du récit principal (celles qui "ne servent à rien"), Greg Mottola fait vivre ses personnages et sa petite ville de manière autonome, tout en brossant un tableau en nuances de gris. Les seuls irrécupérables du film étant (évidemment) les parents de notre couple de héros. Lâches et/ou démissionnaires, soutenant leur enfant du bout des doigts, le réalisateur ne les rate vraiment pas et les traite, certes en sourdine, mais avec une violence inouïe, même pour le genre.

 

photoBill Hader et Kristen Wiig, loufoques gérants du parc

 

Adventureland parvient grâce à cela à produire en catimini cet effet très grisant sur le spectateur. En effet, après la scène finale à New-York, aussi belle que simple, le spectateur a la sensation de connaître les personnages qui lui ont été présentés et d'avoir partagé une certaine intimité avec eux. Une proximité qui, une fois dissipée par le générique de fin, laisse un manque, et donne terriblement envie de revoir le film comme on veut revoir ses potes.

Il serait trop long de lister de décrire tous les futurs amis imaginaires qui vous attendent dans Adventureland, de Joel à Frigo en passant par Bobby et Paulette (Kristen Wiig et Bill Hader, hilarants comme d’habitude). Mais comme on vous conseille de voir le film si vous êtes fans du genre (même - ou surtout - si vous n’aimez pas le casting), il est encore préférable de vous laisser les découvrir.

 

photo

Résumé

Malgré ses maladresses, Adventureland fait partie de ces films dans lesquels il fait bon d'être coincé le temps d'un été nostalgique, surtout avec une BO et une photo pareilles.

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commentaires
debi
11/08/2019 à 22:44

Un film que j'ai découvert à sa sortie, à un moment de mon existence où j'étais très en phase avec les personnages. Ces images me feront toujours revenir en tête les souvenirs de mon job étudiant; un peu pathétique mais tellement de moments mémorables et transformateurs. J'ai déjà vu ce film une dizaine de fois et je le regarderai sûrement encore autant d'ici ma mort.

Chris
15/08/2018 à 13:08

Dans votre série, les mal-aimés, je vous conseille le film "Big party" avec Seth Green et Jennifer Love Hewitt, entre autres. Ce film est complètement passé inaperçu à sa sortie, sans doute qu'"Américan Pie" lui à fait de l'ombre. Pourtant c'est un des meilleurs teens movie à mon avis, très drôle et plus profond qu'il n'y parait.

Chris
15/08/2018 à 13:02

Super film que j'avais acheté par hasard à l'époque en dvd, car on le trouvais partout pour presque rien, je n'ai pas été déçu il fait partie de mes comédies préférées, avec Supergrave bien sur.

maxleresistant
14/08/2018 à 22:55

Je pensais être le seul à avoir aimé ce film.
Les ados sont le sujet de prédilection de Greg Mottola avec l'excellent Supergrave.

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