Plaire, aimer et courir vite : critique cannoise

Créé : 11 mai 2018 - Chris Huby

Dans les années 1990, à Rennes, Arthur rencontre Jacques un auteur de théâtre connu et vit une histoire qui va le bouleverser et l’emmener à vivre à Paris.

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LES BIEN AIMES

Le cinéma de Christophe Honoré devenait chichiteux avec le temps. Le réalisateur de Dans Paris disparaissait petit à petit des radars des critiques qui avaient fait de lui un auteur à suivre depuis son premier film et ses sélections cannoises successives. Sa sensibilité exacerbée et ses choix proches d’une inspiration nouvelle vague factice avaient fini par lasser. Incompréhension avec le public et ses défenseurs ou metteur en scène en pleine recherche d’un nouveau souffle après un Malheurs de Sophie qui tractait à lui toutes les mauvaises critique ?

 

Photo Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps

Pierre Delaedonchamps et Vincent Lacoste

 

Le nouveau film du français est, contre toute attente, présenté à Cannes en compétition officielle pendant l’exercice 2018. Le postulat de départ pouvait faire penser à une nouvelle forme d’autofiction, arty, qui aurait pu agacer dès le générique. Pourtant on est tout de suite pris à la gorge tant la simplicité de la mise en scène et le jeu des comédiens soutiennent le propos à la fois léger et très grave du film. Les idées fonctionnent et la mise en image surprend constamment, la réalité se présentant dans les quelques de moments de grâce où le héros finit par craquer, se rappelant son statut de malade.

 

Photo Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps

 

APRES LUI

Deux générations d’hommes se rencontrent. D’un côté le personnage campé par Vincent Lacoste en jeunot un peu perdu qui se cherche à la fois émotionnellement, sexuellement et dans son existence. De l’autre Jacques (génial Pierre Deladonchamps), auteur confirmé mais extrêmement blessé, autodestructeur, atteint du SIDA, ce dernier cherchant en Arthur un dernier souffle de vie avant le grand départ programmé.

Le film génère ainsi une émotion fine, diffuse, à force de séquences extrêmement bien construites. Alors que le fond du sujet reste lourd, l’humour survole régulièrement et allège par son naturel, rendant les moments d’une vie condamnée plus faciles et normaux. Le passage de relais entre les deux amants prend alors, petit à petit, du sens, l’un donnant une aide précieuse à celui qui arrive dans la vie, comme un but à suivre, un chemin à trouver et à solidifier. C’est d’un amour détaché et mûr que l’on parle, celui qui sait avant l’autre ce qu’il va se passer. Honoré réussit son écriture en donnant à son spectateur l’essentiel, un message de cœur pur, un don de soi, dans une souffrance sans retour.

 

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Résumé

Autobiographique, l’objet fait très plaisir tant on n’attendait plus Christophe Honoré sur de tels sujets. On espère que l’auteur continuera dans cette veine. Un film à voir et à retenir.

commentaires

Dirty Harry 11/05/2018 à 11:04

bon ça y est la mode des années 90 vient d'être lancée, on va en bouffer dans les gros films maintenant qu'ils ont épuisé les 80's.

Shagon 11/05/2018 à 10:43

C'est trés agréable de voir un cinéma d'auteur qui ne laisse pas le spectateur au bord de la route comme le Desplechin l'année dernière. On pourrait presque espérer que Christophe Honoré ait créé son Antoine Doisnel dans le personnage de Vincent Lacoste, délicieux, qu'on aimerait retrouver pour des suites...

On est emporté par le jeu de séduction de ces 2 gars, drôle, tendre, polie et intense, loin des rencontres 2.0. La réussite, c'est que ce qui n'est pas dit prend toute la place.

Les 3 acteurs sont formidables. La B.O. début 90's est savoureuse.
C'est tout bleu, c'est doux, c'est intense, un film d'auteur bien français certes mais très agréable.

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