La Malédiction Winchester : critique à hantise

Geoffrey Crété | 3 juillet 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 3 juillet 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après un passage par la case franchise avec Jigsaw, les frères Spierig reviennent à une formule plus proche de leurs débuts prometteurs de DaybreakersLa Malédiction Winchester se pose ainsi comme une histoire de maison hantée, inspirée de l'histoire vraie forcément incroyable de Sarah Winchester, incarnée ici par Helen Mirren. Un film disponible en e-cinema depuis le 10 mai, et en DVD et Blu-ray le 3 juillet.

LA MAISON ÉVENTÉE

L'histoire derrière le film est fascinante. Persuadée d'être maudite suite à la mort de sa fille puis son riche époux, et à cause de toutes les âmes emportées par les célèbres carabines fabriquées par les usines de sa famille, Sarah Winchester décide de construire une maison capable d'accueillir tous ces esprits à la fin du XIXème siècle. Durant 38 ans, elle vivra ainsi dans une demeure sans cesse agrandie, en travaux nuit et jour, dont elle a elle-même dessiné les plans chaque jour de son existence de veuve.

Le film né de cette histoire est beaucoup moins beau et noir. De cette étrange et troublante histoire, La Malédiction Winchester tire un film de maison hantée très mou, d'une tiédeur affolante, tiraillé entre de longues scènes de dialogues banales et des parenthèses pseudo-horrifiques parfaitement fades. Ou comment sous-exploiter un décor fantastique, une Helen Mirren impériale, et un terrain propice à une plongée cauchemardesque et labyrinthique, pour n'offrir qu'une production impersonnelle.

 

photo, Helen MirrenComme une envie de réécrire ce scénario

 

HANTITISE 

Une chose à créditeur aux frères Michael et Peter Spierig : leur sens de l'image. Le duo avait prouvé son amour du genre dans le film de vampires Daybreakers puis le film de science-fiction tordu Predestination avec déjà Sarah Snook, et confirme ici un talent certain en matière d'univers. À nouveau épaulés par le directeur de la photographie Ben Nott et un beau travail sur les décors, ils offrent quelques visions dignes d'une horreur old school parfaitement adaptée, quoique souvent trop claire et lisse pour véritablement créer une réalité tangible. Avec un budget très réduit de 3,5 millions de dollars et ce casting qui en a gobé une (bonne) partie, le résultat reste néanmoins impressionnant.

 

Photo Jason Clarke C'est beau, mais c'est naze

 

Il faudra bien ce regard un minimum accrocheur sur les motifs du genre pour donner un semblant de vie à ce manoir et ses habitants, encore plus transparents que les spectres supposés les hanter. Môme possédé aux orbites retournées, farfadé caché dans les escaliers de la cave, fantôme digne d'une marionnette qui surgit dans le cadre pour gagner un sursaut de pacotille, mini twist vu mille fois ailleurs, mixage surdosé pour appuyer chaque ficelle pourtant énorme : La Malédiction Winchester est un condensé de banalités, de celles qui composent les films d'horreur les plus tristes et désuets. 

Démonstration également du côté des personnages, à commencer par ce docteur carthésien (pauvre Jason Clarke, décidément mal loti) qui attend de voir pour croire, mais aura besoin de voir une demi-douzaine de choses étranges pour enfin commencer à croire. Et ce n'est pas son arc narratif relatif à son douloureux passé qui arrangera la chose.

Même la grandiose Helen Mirren a bien du mal à imprimer quoi que ce soit sur cette figure de veuve, censée être meurtrie dans le corps et l'âme par ses croyances et ses problèmes de santé, et qui se révèle finalement bien calme et belle. Le lissage de cette personnalité hors-normes, pleine de superstitions et de peur, est clairement un point qui étouffe le film. S'il est facile de comprendre ce qui a pu intéresser l'actrice dans ce rôle, difficile de ne pas imaginer qu'elle a dû être bien déçue du rendu.

 

Photo Helen MirrenRemise en scène de la seule photo connue de la vraie Sarah Winchester

 

LE LABYRINTHE DE PLAN-PLAN

Le pire dans La Malédiction Winchester est certainement l'incapacité du film à explorer la mythologie folle de cette histoire. Avec ses 160 pièces, ses trois ascenseurs, ses deux sous-sols et ses très nombreux recoins et impasses, la demeure de Sarah Winchester est une attraction populaire aux Etats-Unis, et un riche terreau pour l'imaginaire. Il y avait de quoi s'amuser avec les espaces, les perspectives, les chemins tordus et le gigantisme labyrinthique des lieux, pour piéger les personnages et concocter un irrésistible cauchemar. Il y avait de quoi créer des séquences folles, tant les possibilités sont belles et excitantes.

Ça n'est à peu près jamais le cas, les frères Spierig étant occupés pendant une bonne heure à filmer platement leurs personnages, à la lumière de bougies surpuissantes dignes d'un lustre 150 watts. Dans la dernière demi-heure, il y a bien l'intention de secouer (littéralement) le décor pour confronter tout ce beau et bavard monde aux fantômes, mais là encore, rien de bien neuf ou satisfaisant à se mettre sous la dent tant la mise en scène empile les scènes attendues.

 

photo, Sarah SnookSarah Snook était mieux servie dans Predestination, des frères Spierig

 

À tel point que malgré son emballage un peu noble et premier degré, La Malédiction Winchester donne envie de revoir Hantise, remake méprisé de La Maison du diable de Robert Wise. Jan de Bont semblait s'amuser un peu plus avec son décor de manoir digne d'une attraction Disney, avec son manège et son hall imposant bercés par la belle musique de Jerry Goldsmith. Ce manoir-là, malgré ses gros défauts, avait son identité. Celui de Sarah Winchester ressemble finalement à une petite maisonnette plein de longs couloirs, de moins en moins effrayants à mesure que le film les rend vides et grossiers, car tenus par des spectres bien inoffensifs et sans intérêt.

 

AfficheAffiche 1 - Film 0

Résumé

D'une banalité effarante avec ses ridicules scènes de frayeurs, d'une mollesse terrible avec son scénario tièdasse, La Malédiction Winchester ne vaut que pour son emballage soigné et quelques images réussies, qui rappellent à quel point cette histoire "vraie" aurait pu donner un fantastique film.

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Lecteurs

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commentaires
polo
03/07/2018 à 21:00

Sincèrement vous avez notez sévère et Hantise c'est une purge abominable, il n'y a pas de comparaison possible.

Bob Parr
03/07/2018 à 16:31

C'est "Farfadet" plutôt que "Farfadé"

Stag
16/05/2018 à 11:24

Pour une fois, je vous trouve presque indulgent. J'ai vu des épisodes de Derrick plus rythmés.

Hola
15/05/2018 à 22:55

Bonjour,
Où peut-on voir le film? Avez-vous un lien?
Merci!

Geoffrey Crété - Rédaction
13/05/2018 à 20:30

@badass man

En même temps, à part si on décidait de juger d'office certains films et éviter à tout prix d'éventuelles bonnes surprises, auquel cas on ferait très mal notre job...

Badass man
11/05/2018 à 12:57

Vous avez vraiment du temps à perdre pour regarder,(et faire une critique) pour ce genre de film insignifiant.

Number6
10/05/2018 à 15:40

Pour celles et ceux qui aiment le 9e art, je recommande la très bonne bd Dans l'antre de pénitence.

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