Larguées : critique qui mouille à bon port

Simon Riaux | 19 avril 2018
Simon Riaux | 19 avril 2018

On ne peut pas dire qu’avec Connasse, Princesse des cœurs, Héloïse Lang soit entrée avec fracas dans la grande famille du cinéma. C’est pourquoi on n’attendait pas franchement Larguées, comédie grand public ne se différenciant pas sur le papier du tout venant de l’époque. On avait tort, puisque ce récit en apparence classique porte en lui quelques délectables étincelles comiques.

LES BRONZÉES BOIVENT DU SPRITZ

Il ne faut pas attendre de Larguées un grand chambardement des attendus de la comédie dite populaire contemporaine. Le cadre y est à la fois générique (un club de vacances ensoleillé avec sa troupe de stéréotypes recuits dans le rhum arrangé) et l’intrigue standardisée (deux sœurs que tout oppose veulent changer les idées de leur mère dépressive, mais leurs différences et hormones vont passablement compliquer leurs rapports).

Visuellement, le métrage ne cherche pas non plus à révolutionner son monde. Photographie ultra-bright, découpage fonctionnel à l’extrême, plans descriptifs et dénués de style, saynètes de transition à coups de musique pop d’anesthésiste... rien ne vient à priori déranger le spectateur venu digérer tranquillement ses chips à la langue de bœuf un dimanche après-midi.

 

Photo Camille CottinUne alliance inattendue

 

GIRLS JUST WANNA HAVE FUN

Et pourtant,Larguées  parvient à se hisser sans mal au-dessus de la concurrence, à la dérive entre les jacassements de Kev Adams et un Taxi 5 au carburant frelaté. Porté par Miou-MiouCamille Cottin et Camille Chamoux, le film bénéficie d’un trio à la puissance redoutable, capable de retourner, détourner et transcender jusqu’aux situations les plus rebattues. Derrière le vernis bienpensant du film, chacune d’entre elles parvient à hacker un logiciel attendu pour en tirer des saillies drolatiques parfois ravageuses (il suffit parfois d’un pied et d’un poisson…).

 

Photo Camille ChamouxCamille Chamoux

 

Les trois actrices se complètent parfaitement, mais elles y parviennent grâce à un montage et des dialogues au cordeau. Les plus attentifs noteront que Larguées va jusqu’à fignoler son mixage son pour jouer au mieux de la vocalité des actrices, poussant selon les situations les cordes vocales de Zébulon dopé au Ritalin de Chamoux, pour mieux contrer ses envolées avec la voix tantôt grave tantôt suave de Cottin.

Cette électricité comique, passé une introduction un peu poussive, s’empare progressivement du film, sans jamais supplanter les personnages. Ces derniers sont d’ailleurs écrits avec intelligence, Lang les laissant épouser les clichés inhérents à leur condition, pour confier la tâche de les nuancer à une galerie impeccable de seconds rôles. Et si le tout ne réinvente pas la comédie hexagonale, il rappelle avec talent qu’en travaillant son logiciel un minimum, on en ressort de très belles choses.

 

Affiche

Résumé

Larguées ne cherche pas à faire preuve d'originalité, plutôt à creuser avec soin son sillon et perfectionner l'excellent tempo comique de ses trois comédiennes, qui portent à merveille le film.

commentaires

marie
28/04/2018 à 20:33

Je viens de voir ce film et je le conseille vivement. Le jeu des actrices est exceptionnel , les dialogues sont percutants, les comiques de situations sont électriques...
Le film gagne en intensité sur la durée et la psychologie des personnages se réveille progressivement. Bravo pour cette belle performance !

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