Films

Pour le réconfort : Critique qui fait pas un métier facile tous les jours, on vous prie de le croire

Par Simon Riaux
17 octobre 2017
MAJ : 26 octobre 2018
5 commentaires

En quelques années, Vincent Macaigne est devenu la coqueluche d’un certain cinéma français, touché par sa dégaine de Droopy shooté au Lexomil, tout en s’imposant comme un metteur en scène de théâtre respecté et discuté. Rien d’étonnant donc à retrouver l’artiste derrière la caméra de Pour le Réconfort, son premier long-métrage, dont la fabrication s’est étalée sur plusieurs années.

Photo

Tourné avec une équipe ultra-réduite, entouré de comédiens dont il est proche et pensé comme un premier geste indispensable avant de se lancer dans le « grand bain », Pour le réconfort a été filmé il y a cinq ans, avant d’être monté par à-coups durant ces quatre dernières années. Malgré l’humilité inhérente au projet, la difficulté de sa mise en œuvre, il coche avec un systématisme embarrassant les cases d’un programme esthétique rebattu.

Engoncé dans ce format carré, véritable colifichet du film d’auteur rabougri, qui évoque plus l’écran d’un téléphone portable mal nettoyé qu’un véritable format d’image, le film empile les saynettes monomaniaques, où une galerie de personnages se beuglent dessus, empêtrés dans des conflits aussi stéréotypés que rendus terriblement artificiels par le dispositif de mise en scène. Les protagonistes de Pour le Réconfort hurlent leur médiocrité, leur détestation de la bourgeoisie, l’amertume qui les ronge, leur banale nullité.

 

PhotoPauline Lorrilard

 

Le problème, c’est que l’objet qui nous est donné à voir est à la fois d’essence essentiellement bourgeoise (en représentant un monde sur lequel il plaque un regard factice dans ses affects, attendu dans sa forme, stérile dans les débats désincarnés qu’il agite) et dont l’ascèse de supermarché maitient le plus souvent le spectateur à distance.

Adressé aux thuriféraires d’un cinéma toujours plus morne que le réel, toujours plus gris qu’un crachin nivernais, qui refuse tout style, toute pensée par l’image, toute composition, toute technique, comme si la matière même du cinéma le reboutait, Pour le réconfort évoque un cuisinier qui se risquerait à servir de la viande avariée en espérant que quelque critique culinaire y voit un beau geste disruptif.

 

Photo

Pascal Reneric et Laurent Papot

 

De dossier de presse en interview, Vincent Macaigne explique avoir travaillé sans être convaincu initialement de fabriquer un film, tout en s’inspirant de La Cerisaie de Tchekhov. Non seulement Pour le Réconfort ressemble à une captation comateuse de pièce inachevée, mais la pauvreté (l’absence ?) de sa construction le tient éloigné de la géniale dramaturgie de l’auteur russe, et ce ne sont pas quelques bisbilles territoriales qui suffisent à nourrir ce qui se voudrait une exploration des fractures qui minent la société française. Plus que le film engagé vanté ici et là, on a le sentiment embarrassant d’assister à un épisode inédit de Tchoupi fait de la politique.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Difficile de s'accrocher à quoi que ce soit dans ce film ratatiné, qui s'inscrit dans la charte d'une ascèse factice, qui désosse le projet et en souligne la charge politique bécasse.

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Abelard

Mouifff… Même si je ne partage pas l’enthousiasme de certains critiques, je ne suis pas sûr que cet avis soit très utile. Je préfère que « Tchoupi fasse de la politique » plutôt que laisser « Ecranlarge » s’en charger…
En revanche, ce qui pourrait être utile à l’auteur de ce torchon c’est d’apprendre qu’en français on écrit « saynette », « scénette » n’existant pas…
Est-ce que Tchoupi fait de l’orthographe ?

Simone

On n’écrit ni « saynette », ni « scénette » mais « saynète ».

Que le critique n’ai pas aimé ce film pourquoi pas, mais qu’il pense que nous, les lecteurs, pouvons nous contenter de trucs bateaux comme « attendu dans sa forme » ou « qui refuse tout style », alors qu’il ne voit déjà même pas qu’il y a un gros travail de mise en scène dans ce film, qu’il ne voit pas, c’est gênant.

« Pour le réconfort surprend non seulement par sa gravité sèche et son désespoir à fleur de peau, mais surtout par l’assurance et le tranchant de sa mise en scène. Macaigne sculpte un récit étrange, fait de blocs et de trouées, ouvrant par moments d’intenses couloirs de jeu et de parole. L’image, qui ­cultive une forme de « saleté » numérique et granuleuse, imbibée des lumières chassieuses de l’hiver, opère tout une série de décadrages pour mieux saisir la détresse des corps et des visages. Dans ses meilleurs moments, le film traduit avec intensité l’échec larvé d’une génération de tren­tenaires, où oisifs et laborieux participent de la même inertie.(…) Mais le véritable intérêt du film est ailleurs. Dans l’invention avec sa troupe de comédiens, d’un naturel qui doit moins au naturalisme courant qu’à la conquête d’une forme aussi viscérale que sophistiquée. Une démarche à suivre.  » (source : Le Monde)

Finnigan

@Simone

Parce que « il y a un gros travail de mise en scène » c’est pas ultra bateau ?

Et la critique se résume t-elle à deux morceaux de phrases prises hors contexte comme celles que vous citez ?

Ce qui est gênant c’est peut-être plus de ne pas vouloir accepter qu’on puisse voir le même film, et avoir des opinions différentes. Vous n’avez pas raison, ils n’ont pas tort : il y a juste différents avis.

Sinon y’a d’autres critiques négatives, La Voix du Nord, Studio, …
« C’est un film à rebrousse-poil, mal embouché et malpoli, qui irrite plus qu’il ne convainc à cause de sa noirceur irrémédiable, de son hystérie congénitale et de son interprétation flottante –et en dépit de sa sincérité. » (Source : Première)

Alfredo

Article très drôle. Pas vu le film, donc j’espère que vous avez eu raison d’être aussi cruel.

Matti Jarvinen

Assez d’accord avec le jugement porté sur le film , mais la critique comporte une remarque que je trouve idiote sur le « format carré » qui ne serait pas « un véritable format d’image »…
Cela voudrait-il dire que tous les films tournés avant l’introduction des formats larges seraient à rejeter?
Alors Keaton, Murnau, Lang, Dreyer, Ozu, Lubitsch et tant d’autres … à la poubelle …?