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Le Petit Spirou : critique effrontée

Par Christophe Foltzer
6 janvier 2023
MAJ : 9 janvier 2023
23 commentaires

Le Petit Spirou est ce soir à 21h05 sur Gulli.

On ne sait pas si vous avez remarqué, mais depuis quelques années, beaucoup de bandes dessinées franco-belges sont adaptées au cinéma. Boule et Bill, L’Élève DucobuLes Profs…. Et aujourd’hui Le Petit Spirou de Nicolas Bary.

photo

SPIROU BEGINS

Il semble exister un énorme malentendu lorsque l’on parle d’adaptations de BD franco-belges au cinéma, en ce sens que tous les titres que nous avons cités partent avec un gros handicap : il ne s’agit majoritairement pas d’histoires bouclées, mais de successions de gags en quelques cases, ce qui, déjà conditionne le projet d’adaptation et en augmente la difficulté. Et on va voir que Le Petit Spirou n’y fait malheureusement pas exception.

 

photoAllez, ça va bien se passer… hein ?

 

Pour re-contextualiser, disons du Petit Spirou qu’il est un proto Titeuf tout autant qu’une manière de se moquer gentiment d’un personnage phare de la BD franco-belge, le groom Spirou, en nous montrant que, s’il avait déjà le goût de l’aventure étant jeune, c’était avant tout un petit con qui rendait la vie des adultes impossible, qui courtisait les meufs et reluquait le décolleté de sa maitresse à la moindre occasion, entouré de sa bande de potes.

Une certaine idée de l’enfance, peut-être assez juste finalement, et surtout un gros pied de nez à une institution culturelle de la main même de ceux qui s’occupaient alors des aventures de Spirou et Fantasio, Tome et Janry. C’était débile, ça ne planait jamais bien haut, mais franchement, au début des années 90, c’était bien sympa. Sauf que voilà, c’était des gags courts, cela n’avait aucune raison d’être hormis ce format et c’est pour cela que ça fonctionnait.

 

Photo Le Petit SpirouAllez, en avant Guingamp

 

Forcément, quand on veut en tirer un film, tout de suite, il y a comme un problème que le réalisateur Nicolas Bary n’arrive pas à résoudre : hormis les gags, il faut raconter une vraie histoire et c’est un peu compliqué. Bary tente le défi un peu fou de traiter son personnage comme un super-héros, un Batman en culottes courtes, son habit de groom devenant ainsi son costume, et on ne peut pas dire que le résultat soit à la hauteur de la note d’intention.

Parce que tout simplement, l’univers ne se prête pas à une telle orientation. Nous suivons donc le jeune Spirou dans sa dernière année de primaire, ses potes, sa famille, ses profs et son destin tout tracé : intégrer l’école d’hôtellerie que sa famille fréquente depuis des générations et qui l’inscrira dans la tradition. Mais cela ne lui convient pas parce qu’il rêve d’aventure et qu’il est un peu claustro sur les bords alors, passer son existence dans un ascenseur, ça le fait moyen.

 

Photo Le Petit SpirouDis donc il est drôle ce personnage pas du tout réducteur et répétitif

 

EVIV OURIPS

Le film alterne donc une histoire simpliste, classique et balisée et des gags tirés des albums de BD dans un mélange instable qui en tue le rythme à la première occasion. Soumis à un devoir d’obligation à l’égard du matériau d’origine, le film ne trouve jamais son souffle, son rythme, ne crée pas de vrais personnages (puisqu’il les abandonne totalement au profit des gags) et devient un fourre-tout incohérent qui peine à impliquer son spectateur. Pourtant, l’intention et l’énergie sont bien là.

Si l’on passe sur les jeunes comédiens qui jouent de telle manière à ce qu’on ait envie de le foutre continuellement des baffes (à l’exception de Sacha Pinaud, le petit Spirou, qui convainc par l’intensité de son regard et les rares moments où il n’a pas de dialogue), les adultes sont, pour une bonne partie, vraiment convaincants, Pierre Richard en tête dans le rôle du grand-père, François Damiens dans celui de Monsieur Mégot et Gwendolyn Gourvenec dans celui de Mademoiselle Chiffre, même si l’essentiel de son jeu se situe au niveau de son décolleté vertigineux.

On ne parlera pas de Philippe Katerine dans le rôle Langélusse, le curé qui cite du Metallica à la moindre occasion, par respect pour votre intelligence, vu qu’en plus il n’a aucune utilité dans le film.

 

Photo Le Petit SpirouProtégez-vous

 

Le gros problème du film, c’est qu’il ignore ce qu’il veut nous raconter et que sa réalisation s’égare dans des mouvements de caméra outranciers qui empêchent toute imprégnation de l’univers, des effets spéciaux à la ramasse, des erreurs de montage à la pelle et une inspiration toute en retenue. L’autre souci, c’est qu’en voulant nous livrer un film sur la magie de l’enfance et l’énergie nécessaire pour construire son propre destin émancipateur, Nicolas Bary nous offre un métrage finalement très conservateur et moralisateur, saupoudré d’un cynisme certain qui horripilera tout fan de Stand by Me et des Goonies.

On a l’impression de voir des adultes se demander pendant tout le film comment peuvent vivre des enfants en oubliant qu’ils en ont eux-mêmes été il y a fort longtemps. À de rares moments, le film prend enfin son envol, suscite un quelconque intérêt, explore des pistes audacieuses pour, malheureusement, toujours revenir à sa dimension de produit calibré destiné à vendre du pop-corn et des albums de la BD. On ne dit pas que le film est nul, on dit juste qu’il est creux et qu’il aurait mérité un vrai point de vue d’auteur sur le passage de l’enfance à l’adolescence.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Fait pour les mauvaises raisons, Le Petit Spirou se prend fort logiquement les pieds dans le tapis du début à la fin. Horripilant, énervant, pas drôle et dénué de toute la magie de l'enfance qu'il est censé représenter, le film contient malgré tout en lui quelques moments de grâce qu'on aurait aimé voir faits avec un vrai point de vue. Un sacré rendez-vous manqué en somme. Quel dommage...

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Kouak

@La rédac si elle repasse par ici…

Pourquoi toujours pas d’avis sur « mon garçon » ?
Vous boycottez Carion ? Canet ? Laurent ? (là je pourrais comprendre)

Joe Staline

Pourtant le critique de RTL était dithyrambique ce matin. Un film familial, plein d’humour, avec des effets spéciaux juste ce qu’il faut. Tout le monde y trouvera son compte.
Attendez, le film ne serait il pas sponsorisé par RTL ?
Ah bon, ok, je sors …

Pfffff

Vous feriez mieux de regarder dès film pour adultes un peu au lieu de critiques dès film pour enfants ,ecranlarge de plus en plus ridicule

Simon Riaux

Bonjour Kouak,

On n’a pas été invités à découvrir le film, on verra donc si on a le temps de le rattraper en salles !
Mais on n’a rien contre Carion, ni Laurent, ni Canet (enfin tant qu’il garde ses mouchoirs pour lui).

Geoffrey Crété

@Pfff

C’est tellement ridicule que vous trouverez sur Ecran Large cette semaine des critiques du Château de verre, Stupid Things, Un beau soleil intérieur, Les Bonne Soeurs, Inside ou même Logan Lucky.
Bisous de la rédaction