Kill list

Kill list




06 juil. 2012 Par Simon Riaux Star Rating 7

 

Inclassable et décalé, Kill List a fait les beaux jours des festivals de par le monde, où il s'est forgé une sulfureuse réputation. On aura successivement tout entendu sur le film de Ben Wheatley : fumisterie orchestrée par un petit malin, chef d'œuvre crépusculaire et paranoïaque, des avis aussi tranchés que péremptoires, qui ne firent que démultiplier le buzz. Alors que le long-métrage débarque dans notre belle contrée, distribué par les petits gars de Wild Bunch, également séduits par sa dernière délirante virée, Touristes, on peut enfin découvrir, avec un peu de recul, l'objet de tant de passions.

Un premier constat s'impose quand les lumières se rallument, la descente aux enfers de Jay, le tueur taciturne est effectivement l'œuvre d'un petit malin. À l'évidence, le réalisateur jette au spectateur ses références avec la malice du sale gosse nourrissant un poisson rouge pour mieux le regarder s'empiffrer. Une pincée de Mike Leigh par là, une poignée de violence sous influence par là, et un bon gros morceau de Wicker Man pour achever d'exciter le cinéphage averti, rien n'est laissé au hasard. Cet agencement d'influences parfaitement digérées ne constitue pas à proprement parler un défaut du film, mais s'avère rapidement trop voyant, et finit par nuire à l'ensemble en cela qu'il lui interdit de se forger une identité propre.

Ce qui finit par hypnotiser, c'est le portrait en creux du Royaume-Uni que dépeint Kill List par gerbes d'hémoglobines. Le citoyen moyen dissimule un assassin patenté sur le point de sombrer dans la sociopathie la plus totale, chaque corps social attend la venue d'un ange exterminateur qui mettra fin à son calvaire, les vétérans ne sont pas de respectables combattants mais des meurtriers vérolés, dont les femmes oscillent entre ingratitude gracile et sorcellerie matriarcale. Toutes les valeurs se contredisent et s'écroulent, au fur et à mesure que le genre du film mute, pour aboutir à un cauchemar éveillé, dont le rythme atone n'est paradoxalement pas une faiblesse mais bien la passerelle qui nous permettra d'entrevoir la psyché torturée de notre anti-héros.

Wheatley ne s'intéresse pas tant à la crise sociale qu'à l'écroulement moral de son pays, où chacun peut devenir alternativement tueur et victime, ne peut ni ne veut comprendre ce qui se joue autour de lui. La mine tour à tour patibulaire et hagarde de l'incandescent Neil Naskell renvoie le spectateur à ses propres angoisses, aux doutes et incertitudes qui l'assaillent au fur et à mesure que progresse l'intrigue, que se brouillent les pistes. Après le visionnage, une angoisse sourde nous reste en bouche telle, l'arrière-goût amer d'un médicament ingéré bien malgré nous, une impression persistante, qui ne fait que confirmer que derrière la roublardise, se cache un talent bien réel.

Depuis, le sympathique mais paresseux Touristes est venu confirmer la tendance de son auteur au clin d'œil à mi-chemin entre vanité et virtuosité. On aurait tort toutefois de prendre de haut ce Kill List, petite pépite un peu trop consciente de ses effets, mais dont l'âpre pessimisme fait d'elle un des plus aiguisés témoins de la déliquescente air du temps.



LIENS SPONSORISES

PHOTOS DU FILM

  Voir le photo  

  Voir le photo  

  Voir le photo  

PLUS DE PHOTOS

CRITIQUES SPECTATEURS

TOUTES LES CRITIQUES

PARTAGER

En parler sur Facebook Voter pour cet article sur Wikio



Simon Riaux :

Star Rating 7
Le coup du petit malin n’est pas loin, mais en l’état, Kill List se révèle une Å“uvre entêtante et complexe, bordélique et angoissante.

Melissa Blanco :

Star Rating 6
Un étrange objet filmique qui distille au fur et à mesure de son récit une ambiance angoissante et malsaine. L’attention toute particulièrement portée sur le son y est pour beaucoup dans la réussite de cette farce violente et plutôt impressionnante.

Sandy Gillet :

Star Rating 6
Le propos n’est pas toujours claire mais l’emballage avec mélange des genres est suffisamment addictif pour que l’on se laisse porter par cette démonstration un peu absurde et totalement roublarde.

Tonton BDM :

Star Rating 6
Objet filmique non identifié, mélangeant les tons autant que les genres pour mieux décontenancer le spectateur. Absurde, onirique, surréaliste, éprouvant : Intéressant !

Stéphane Argentin :

Star Rating 4
Une atmosphère et une maîtrise formelle certaines mais le film s’éternise en longueur avant de se conclure sur un final déconcertant.

Laurent Pécha :

Star Rating 3
Que c’est loooong ! Et le dernier quart d’heure avec son twist référentiel achève toute ma bonne volonté. Le buzz autour de Ben Wheatley reste, à mes yeux, une énorme énigme.

Didier Verdurand :

Star Rating 3
De bonnes idées par-ci par-là, une interprétation très convaincante, mais de grosses, d’énormes faiblesses côté rythme, surtout à cause d’un scénario creux malgré des dialogues parfois rigolos. Bref, on est passé à côté d’un court-métrage réussi.


caumontf10/01/2013 16:56 par caumontf

et pour l’archiviste ça m’a fait vraiment pensé a la sordide affaire des cd rom de zandvoort , que dailleurs aucun réalisateurs n’a osé en parler LIRE LA SUITE
FinnegansWake10/01/2013 16:41 par FinnegansWake

Ah oui, exact, je ne l’ai jamais vu mentionné auparavant et j’avais oublié de le faire, mais c’est en partie une référence au Bohemian Club à la fin du film, même si probablement lue par le prisme de The Wicker-Man. Quel excellent film, hein, au passage, il est bon de le [...] LIRE LA SUITE
caumontf10/01/2013 16:37 par caumontf

vu hier soir, j’ai encore du mal à m’en remettre, ce film est une pure folie meme si les dernieres minutes avec le bossu m’ont gaché la fetes,mais que dire de la réalisation somptueuse avec un son vraiment bien foutu et ses reférences au bohemian club ( melange de culte [...] LIRE LA SUITE

À ne pas manquer

Newsletter