Kill list : critique sang pour sang

Simon Riaux | 6 juillet 2012 - MAJ : 01/09/2018 15:18
Simon Riaux | 6 juillet 2012 - MAJ : 01/09/2018 15:18

Inclassable et décalé, Kill List a fait les beaux jours des festivals de par le monde, où il s'est forgé une sulfureuse réputation. On aura successivement tout entendu sur le film de Ben Wheatley : fumisterie orchestrée par un petit malin, chef d'œuvre crépusculaire et paranoïaque, des avis aussi tranchés que péremptoires, qui ne firent que démultiplier le buzz. Alors que le long-métrage débarque dans notre belle contrée, distribué par les petits gars de Wild Bunch, également séduits par sa dernière délirante virée, Touristes, on peut enfin découvrir, avec un peu de recul, l'objet de tant de passions.

Un premier constat s'impose quand les lumières se rallument, la descente aux enfers de Jay, le tueur taciturne est effectivement l'œuvre d'un petit malin. À l'évidence, le réalisateur jette au spectateur ses références avec la malice du sale gosse nourrissant un poisson rouge pour mieux le regarder s'empiffrer. Une pincée de Mike Leigh par là, une poignée de violence sous influence par là, et un bon gros morceau de Wicker Man pour achever d'exciter le cinéphage averti, rien n'est laissé au hasard. Cet agencement d'influences parfaitement digérées ne constitue pas à proprement parler un défaut du film, mais s'avère rapidement trop voyant, et finit par nuire à l'ensemble en cela qu'il lui interdit de se forger une identité propre.

 

 

Ce qui finit par hypnotiser, c'est le portrait en creux du Royaume-Uni que dépeint Kill List par gerbes d'hémoglobines. Le citoyen moyen dissimule un assassin patenté sur le point de sombrer dans la sociopathie la plus totale, chaque corps social attend la venue d'un ange exterminateur qui mettra fin à son calvaire, les vétérans ne sont pas de respectables combattants mais des meurtriers vérolés, dont les femmes oscillent entre ingratitude gracile et sorcellerie matriarcale. Toutes les valeurs se contredisent et s'écroulent, au fur et à mesure que le genre du film mute, pour aboutir à un cauchemar éveillé, dont le rythme atone n'est paradoxalement pas une faiblesse mais bien la passerelle qui nous permettra d'entrevoir la psyché torturée de notre anti-héros.

 

 

Wheatley ne s'intéresse pas tant à la crise sociale qu'à l'écroulement moral de son pays, où chacun peut devenir alternativement tueur et victime, ne peut ni ne veut comprendre ce qui se joue autour de lui. La mine tour à tour patibulaire et hagarde de l'incandescent Neil Naskell renvoie le spectateur à ses propres angoisses, aux doutes et incertitudes qui l'assaillent au fur et à mesure que progresse l'intrigue, que se brouillent les pistes. Après le visionnage, une angoisse sourde nous reste en bouche telle, l'arrière-goût amer d'un médicament ingéré bien malgré nous, une impression persistante, qui ne fait que confirmer que derrière la roublardise, se cache un talent bien réel.

Depuis, le sympathique mais paresseux Touristes est venu confirmer la tendance de son auteur au clin d'œil à mi-chemin entre vanité et virtuosité. On aurait tort toutefois de prendre de haut ce Kill List, petite pépite un peu trop consciente de ses effets, mais dont l'âpre pessimisme fait d'elle un des plus aiguisés témoins de la déliquescente air du temps.

 

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