Assassin's Creed : Critique de l'accident industriel de 2016

Mise à jour : 15/01/2017 21:25 - Créé : 21 décembre 2016 - Simon Riaux

Porté par un casting alléchant, réalisé par un cinéaste passionnant et vendu par Ubisoft comme un projet de cinéma ambitieux, Assassin’s Creed avait toutes les cartes en mains pour s’imposer comme un divertissement de haute tenue. Si la promotion étonnamment discrète du blockbuster inquiétait un peu, rien ne laissait présager d’un si lamentable désastre.

 

Photo Michael Fassbender
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Avec son univers mariant histoire, action et science-fiction, la licence Assassin’s Creed convoque des univers cinématographiques allant de la hard SF jusqu’au film de cape et d’épées. Un programme particulièrement riche, qui se prêtait à l’évidence à l’adaptation cinématographique ambitieuse vantée par ses producteurs. On est d’autant plus surpris de constater que le premier échec évident de l’œuvre est sa dimension narrative.

 

Les yeux plus gros que le ventre

Ubisoft Motion Picture, filière du studio français conçue pour adapter ses créations sur grand écran, n’a manifestement pas encore les épaules pour se frotter à l’exercice complexe du divertissement populaire.

 

Photo Michael Fassbender

 

En témoigne la première demi-heure du film, qui devrait rester comme une des plus creuses vues cette année en salles, emblématique des errements du projet. Mise en bouche historique contextualisée à la truelle, flash-back interminable dans les années 80, ellipse incompréhensible suivie d’interminables palabres… En près de 30 minutes, Assassin’s Creed ne raconte rien et ne s’inquiète jamais de la personnalité ou des motivations de ses personnages, transformés en pantins lymphatiques.

Michael Fassbender tape du poing sur des murs (souvent), Marion Cotillard palpite de la narine comme personne, tandis que Jeremy Irons relit mentalement son contrat. Chacun paraît jouer dans un film différent, avec l’enthousiasme d’un cachalot échoué sur une plage du Havre. Difficile de s’intéresser à une narration qui bégaie au point de répéter ses ingrédients dans presque chaque scène, sans jamais les incarner. Conscient que ce n’est pas du côté de la construction que le film satisfera, il ne reste plus qu'à espérer qu’il assume son potentiel spectaculaire.

 

Photo Michael Fassbender

 

Retour vers le Futur du subjonctif

Manifestement, Justin Kurzel ne sait absolument pas ce qu’il est supposé nous raconter, à tel point que son film délaisse le cœur du projet, à savoir l’épopée située au cœur de l’Espagne de l’Inquisition. Réduite à trois malheureuses scènes d’action (et une introduction terriblement cheap), les séquences où interviennent les assassins confinent à l’absurdité la plus totale.

Projeté en plein XVème siècle, personnages et spectateurs sont précipités au sein de séquences de poursuites et de baston dont nous ignorons les motivations, le contexte ou l’enjeu et dont on se moque donc comme de notre première couche. Pire, Kurzel était manifestement le plus mauvais choix possible pour Assassin’s Creed. Incapable de penser l’action, il ne la spatialise jamais, la découpe mal et la filme généralement avec des cadres si serrés que nous perdons tout le sel des (excellentes) chorégraphies.

 

Photo Michael Fassbender

 

Pour parfaire la catastrophe, le montage s’assure que l’ensemble soit parfaitement illisible et achève de provoquer un sentiment de confusion irritant. Chacune des trois scènes d’action située dans le passé est conçue selon un invariable modèle : une alternance de plan pensée sans logique géographique, entrecoupée d’images de Michael Fassbender gigotant dans l’Animus - la machine qui le projette dans le passé – et rythmé par des ellipses dont on ne comprend pas la justification. On passe ainsi d’une joute en pleine ruelle à un combat sur un toit, au détriment de toute cohérence, pour un résultat désastreux en termes d’immersion et de spectacle.

Et ce n’est pas la photographie de l’ensemble, extrêmement soignée  mais en totale déconnexion avec l’esprit du sujet, qui pourra sauver la chose de la déconfiture technique. Esthétiquement, l’œuvre aligne les choix désastreux, d’une bande originale en forme de sous Hans Zimmer, en passant par des « effets de particules » absurdes, qui achèvent encore un peu plus la lisibilité de l’ensemble. Seuls les décors et leur direction artistique en impose, quand la caméra daigne un instant s’arrêter sur eux.

 

Photo Michael Fassbender, Ariane Labed

 

Rendez-nous le pad

Ne s’interrogeant jamais sur la problématique de l’adaptation ou les différences fondamentales entre jeu vidéo et narration cinématographique, le film se contente d’aligner les clins d’œil et référence à l’adresse des fans et gamers en général. Mais ces derniers seront peut-être les plus cruellement déçus par le métrage.

Tout d’abord parce qu’il parvient à ridiculiser un univers excitant, aux idées plaisantes et formidablement ludiques (nos héros courent quand même après une boule de pétanque scintillante), mais surtout parce qu’il les considère ouvertement comme une sacrée bande de gogos. Non content de piétiner tous les ingrédients essentiels de la mythologie, le film les réduit de facto à des accessoires, une série d’éléments de fonds supposés acheter leur bonne volonté.

Ubisoft était parvenu à démonétiser sa saga sur console à force de sorties manquant cruellement de finition et en dépit des intentions affichées par le studio, c’est la même gangrène qui fait pourrir sur pied ce blockbuster attendu.

 

Affiche

Résumé

Ubisoft avait l'occasion de rompre la malédiction des adaptations de jeux vidéo, mais nous offre le plus spectaculaire ratage de 2016.

commentaires lecteurs votre commentaire !

Of course 21/12/2016

A la surprise générale de personne.

corleone 21/12/2016

Même si j'y croyais pas vraiment... mais 1,5... c'est pas un peu trop dur là EL?

Euh! 21/12/2016

Ça fait mal! MaiS oui pas surpris non plus!

XTC33 21/12/2016

le ratage de l'année ? Pire que Suicide Squad ?? Alors c'est vraiment grave....

Rahan les tape 21/12/2016

Et l'affiche photoshop achève le film lol (à répéter 3 fois sans passer chez Sosh)

Altair 21/12/2016

J ai vu le film hier soir il es énorme pour ceux qui on jouer o jeux vidéo !!!!! Kiel film un régale !!!! Fasbender un monstre vivement la suite

José 21/12/2016

Altair, apprends à parler français, je n'ai rien compris à ton commentaire. Les jeux sont chiant, le film est chiant. En conclusion, ce film reflète son jeux, ce qui d'un certains peut être considéré comme une réussite. Pour ma part, je pense que c'est une grosse bouse, même si j'adore l'acteur principal.

Fantome 21/12/2016

Bolloré, sauve cette boite stp.

colloc 1 21/12/2016

Et E.L qui prend un pied énorme! Ils jubilent meme , En rajoutent Aprés avoir repris encore une fois leur terme favori de "catastrophe industrielle" ! Ha quand ils n'aiment pas un film on le sait bien a l'avance avec eux ! Et tout le monde ( içi ), suit ! J'irais me faire une idée par moi meme ce soir !

Pseudo 21/12/2016

Le plus gros ratage? Vraiment? Ce sketch....

@fantome
J'espère que ton com est ironique. Il y a qu'en France qu'on aime cracher ainsi sur l'entreprise. Ubisoft est une boîte de niveau mondial, peu peuvent en dire autant, surtout dans keolis jeu video. Après les goûts de chacun, c'est autre chose...

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