Jour Polaire : l’inspiration des créateurs de la série Bron serait-elle en train de se refroidir ?

Elsa Vasseur | 12 décembre 2016
Elsa Vasseur | 12 décembre 2016

Måns Mårlind et Björn Stein, qui forment le duo suédois à l’origine de la série Bron (The Bridge, remaké par les Français et les Américains), reviennent avec une nouvelle création originale, diffusée chez nous sur Canal + : un thriller en huit épisodes de 52 minutes dont l’intrigue se situe au cœur du cercle polaire. Paysages grandioses et personnages tourmentés : l’équation avait de quoi séduire. Alors, est-ce que Jour Polaire nous a fait fondre ? 

 

 

Bienvenue à Kiruna

Ah, Kiruna … son soleil de minuit, ses aurores boréales, ses paisibles éleveurs, et ses cadavres décapités … Le trépassé étant ressortissant français, l’enquêtrice Kahina Zadi (Leïla Bekhti) est dépêchée dans cette petite bourgade de Laponie suédoise où elle doit faire équipe avec la police locale et le procureur Anders Harnesk (Gustaf Hammarsten). Sur place, elle est frappée de plein fouet par le choc culturel : les méthodes de la police française sont à l’opposé de celles privilégiées par son homologue suédoise. Comme le souligne Anders Harnesk, tout prend du temps ici ! Kahina découvre également – en même temps que le spectateur – les scissions entre les Suédois du Nord et la population indigène sami. De violentes tensions identitaires qui la ramènent aux fantômes de son propre passé …

 

Photo Leila Bekhti

 

Un duo en quête d’alchimie

La série suit les tribulations du duo franco-suédois formé par l’enquêtrice Kahina et le procureur Anders ; un couple qui, au-delà des différences culturelles volontairement mises en exergue par les créateurs, paraît assez bancal dans sa conception.

Dans son écriture, comme dans le jeu de son interprète Leila Bekhti, le personnage de Kahina manque de crédibilité. Flic cadenassé, femme blessée et mère démissionnaire : cela fait beaucoup pour une seule personne ! Epuisée par le jour qui ne se termine jamais, et larguée par une langue qu’elle ne parle pas – le suédois comme le sami – Kahina paraît toujours suivre les événements de loin, ce qui tend à désengager le spectateur. D’autant que les flashbacks de son passé sont assez artificiels et mal articulés avec le récit de l’enquête.

En revanche, le personnage du flic suédois est plus convaincant. Regard émouvant souligné par la rousseur de ses cils, ongles rongés jusqu’à l’os, Gustaf Hammarsten apporte une vérité rugueuse à un personnage plus nuancé que celui de Kahina dans sa conception. Anders appartient à une double minorité, sexuelle et ethnique, puisqu’il est gay et d’origine sami. Une identité qu’il cache comme un secret honteux, et qui donne une tonalité toute personnelle à l’enquête qu’il mène.

 

Photo Leïla Bekhti, Gustaf Hammarsten

 

Mécanique paresseuse

La première scène du premier épisode de Jour Polaire est à l’image de la première saison: visuellement spectaculaire, et peu réaliste d’un point de vue scénaristique.  Si les décors sont à couper le souffle, le récit, très scolaire et appliqué, peine à emporter l’adhésion. La faute à l’intrigue policière poussive, qui distille les éléments d’un thriller classique sans jamais s’écarter du sillon qu’elle creuse. Après visionnage des trois premiers épisodes, il semble que les cliffhangers grandiloquents ne suffisent pas à manquer les baisses de régime et les longueurs d’une enquête qui s’étire inutilement.

Malgré ses faiblesses structurelles, Jour Polaire a réalisé un bon démarrage en France, et un véritable carton en Suède. La série, qui reflète l’envie de Canal + de lancer son pro­pre « scandi noir », respecte le cahier des charges du thriller nordique mais pâtit de son manque d’audace. Cependant, ne serait-ce que pour la beauté des paysages,  on se laissera peut-être tenter par la saison 2 à venir. En espérant qu’elle parviendra à resserrer l’intrigue autour du récit identitaire, véritable nœud de l’intrigue scénaristique.

 

Photo Leila Bekhti

 

 

commentaires

Wallander
14/12/2016 à 13:01

Les épisodes s'étirent grâce aux invraisemblables erreurs de jugement que les policiers passent leur temps à commettre: dernière en date, ils découvrent chez le méchant des photos de personnes assassinées, et une d'une femme donnée elle aussi pour déjà tuée, mais qu'ils ne connaissent pas. Ils savent que le tueur est en liberté, mais ne font rien pour retrouver cette femme et continuent leur fouille comme si de rien n'était. Ben voyons.

Fantome
13/12/2016 à 09:37

Regardez plutôt Fortitude. Bien bien meilleure, avec un excellent casting en plus.

Trashyboy
13/12/2016 à 08:12

J'ai directement pensé à "Insomnia" quand j'ai lu le pitch.

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