Sons of Anarchy c'est fini, bilan d'un beau massacre

Jacques-Henry Poucave | 15 décembre 2014
Jacques-Henry Poucave | 15 décembre 2014

Sons of Anarchy, c’est fini ! La série de Kurt Sutter vient de tirer sa révérence et de conclure la destinée tragique de Jax, son héros biker et psychotique. L’heure est donc au bilan de cette série à part, qui aura chauffé le chaud et le froid. Attention, ce qui suit n'est que SPOILERS.

La descendance de The Shield

Membre de l’équipe de production de The Shield, le showrunner Kurt Sutter a voulu faire de son show plein de Hell’s Angels une œuvre dans la continuité de l’odyssée sanglante de Vic McKey.

C’est-à-dire un récit ancré dans le genre, au sein d’un univers ultra-codifié, dans lequel sont injectés les codes de la tragédie Shakespearienne. Un concept qui s’est avéré une nouvelle fois d’une puissance remarquable.

… En un peu plus mou

Hélas, Sutter n’est pas Shawn Rayan, l’homme à la tête de The Shield. Il a ainsi considérablement délayé la sauce, prolongeant la série longtemps au-delà de sa brillante saison 4.

Souvent trop grandiloquent et appuyé, beaucoup trop répétitif, le scénario a préféré se regarder le nombril plutôt que de conserver l’efficacité et la force de ses premières saisons.

En témoigne le dernier épisode, émotionnellement puissant, mais souffrant d’une mise en scène terriblement bateau et de la prévisibilité d’un script, transparent dans ses enjeux depuis plus d’une saison.

 

Le Club des viandards

Mais si Sons of Anarchy en a fait un peu trop au risque de nous ennuyer, la série n’a pas souffert du syndrome Dexter et n’a reculé devant rien.

Jusqu’au bout, les personnages auront été mis face à leurs fautes et crimes, forcés de les expier, le plus souvent dans le sang.

Opie, Gemma, Jax, Unser et tous les autres n’auront jamais bénéficié de la clémence des scénaristes, et c’est aussi pour cela qu’on aime la série. Parce qu’on a l’intime conviction de se retrouver face à un divertissement aussi burné qu’intelligent, une radiographie passionnante de l’Amérique.

Et des scènes cultes

Sons of Anarchy c’est aussi, peut-être surtout, un show extrême. Dans ses rebondissements, son écriture ou la mise en scène, l’œuvre aura réservé à ses spectateurs quelques unes des plus fortes scènes de la dernière décennie.

Qu’il s’agisse du parcours sanglant d’une agente fédérale lesbienne, d’un caméo de Sutter se coupant la langue ou massacrant une nurse à coup de crucifix, SOA, même dans ses saisons les plus pépères est une véritable mine de scènes cultes.

On retiendra tout particulièrement celle de la mort de Clay. Figure paternelle et démoniaque de la série, il meurt des main de son fils adoptif, qui devient par là même son fils spirituel.

Un choix inspiré d’Hamlet qui offre à Sons of Anarchy une de ses meilleures scènes, mais qui tuera la septième saison dans l’œuf, et rend l’épilogue actuel aussi sage que fade.

Merci pour ce moment

Au final, le show ne sera pas parvenu à atteindre la densité d’écriture de The Shield ou de Breaking Bad et a souffert d’une conclusion un peu molle du genou.

Pour autant son écriture et sa profondeur vont bien au-delà de ce que proposent d’autres divertissements badass mais très superficiels, à l’image de Justified ou Banshee. Création imparfaite, mais aussi addictive que détonante dans le paysage actuel, Sons of Anarchy s’en va, non sans fausse note mais avec les honneurs.

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