LIVRE : Les Shadoks, une vie de création

Nicolas Thys | 19 décembre 2012
Nicolas Thys | 19 décembre 2012

Ce sont les andouilles les plus populaires de France, avec deux ailes et deux pattes on les croirait semblables à des poussins multicolores bancals et ils ont tout simplement révolutionné la télévision française dans les années 60. Aujourd'hui, malgré leur disparition rapide, les Shadoks font parti intégrante du paysage culturel. Cela fera 45 ans l'année prochaine qu'ils existent et impossible de les oublier : eux, leurs pompes, leur babillage en « GA BU ZO MEU », leur passoire et la voix qui les décrivait à la manière d'un documentaire animalier, celle de Claude Piéplu, distinguable entre mille.

 

 

Après le coffret DVD avec les 4 séries et 208 épisodes que leur a consacré l'INA en 2007, l'un de leurs premiers titres, c'est dire leur importance, voici qu'arrive aux éditions du Chêne deux livres, une monographie en deux formats : un petit et un grand (mais le contenu est identique) intitulé Les Shadoks, une vie de création.  Ecrits en tandem par Thierry Dejean et Marcelle Ponti-Rouxel, la veuve de Jacques Rouxel, le papa de ces bestioles, ce livre retrace la généalogie de cette drôle d'espèce qui venait de nulle part (mais c'est là qu'ils allaient) aujourd'hui éteinte.

Les quelques centaines de pages pleine de documents, d'illustrations et de textes valent-elles le coup ? Oui, très certainement ! Après la mort de Rouxel, Thierry Dejean en farfouillant dans les locaux de la fondation Jacques-Rouxel, rue du Faubourg Saint-Antoine à Paris, a découvert une véritable mine d'or composées de dessins, projets, inédits, et autres documents qui ont donné lieu à cet ouvrage. La bible du shadokophile !

 
   

Le seul petit inconvénient, qui est finalement une qualité, c'est la densité du projet et un léger manque d'organisation des documents qui vont et viennent, parfois sans véritable ordre. Ou plutôt selon l'ordre que les shadoks, avec leur logique si particulière, leur auraient certainement donné ! Malgré une certaine tentative chronologique, l'ensemble est disparate et on découvre parfois les documents un peu, on l'imagine, comme l'auteur aurait pu les trouver. Ce qui semblerait certainement désagréable à toute maman habituée au "Range ta chambre !", n'en rend pas moins la lecture agréable à tout shadokologue qui se respecte !

Finalement le livre se découpe en trois parties et demi : Avant les Shadoks (il n'y avait pas grand-chose à voir), pendant les Shadoks (il n'y avait que ça à voir) et la postérité des Shadoks (et pas « Après les Shadoks » car après on a eu Téléchat et Roland Topor, c'est tout et ça mériterait aussi un gros livre). L'ensemble étant complété par un descriptif de la planète Shadoks que le téléscope Hubble finira bien par découvrir un jour vu qu'il améliore ses résultats chaque jour !

 

 

Avant les Shadoks, il y avait juste Jacques Rouxel, un graphiste génial débordant d'idées, rêvant de cinéma, inspiré par les films de Stephen Bosustow et de la UPA (que ceux qui ne connaissent que Disney aillent sur youtube pour changer de veste !), Saül Steinberg et bien d'autres. Parmi les autres, figurent certainement quelques pataphysiciens même si Rouxel ne l'a jamais avoué (l'enterré Alfred Jarry étant leur premier fan sans le savoir). Et difficile à imaginer mais avant les Shadoks il y avait aussi la télévision car, même plombée par le Général encore au pouvoir, l'ORTF disposait d'un service de recherche pointu, d'inventeurs hors pair et de créateurs exceptionnels.

Administré de 1961 à 1975 par Pierre Schaeffer, ingénieur, considéré comme le père de la musique concrète et électroacoustique, le Service de la Recherche n'avait d'autres ambitions que de faire réaliser des œuvres originales et fortes : l'art avant tout. Outre Rouxel, ils ont par exemple produit les petites merveilles de Piotr Kamler ou de Peter Foldès. Quand on voit ce qu'a engendré la télévision depuis, la disparition de ce service et les choses qui sont à la tête des chaînes, soit on a peur, soit on pleure, soit les deux. Enfin... revenons aux Shadoks.

C'est donc de la rencontre entre les projets délirants de Rouxel et l'animographe, une technique très bien décrite dans le livre que vous achèterez mais trop longue à expliquer ici, qui permettait de faire du dessin animé, du montage et de l'illustration sonore rapidement, peu onéreuse et d'une qualité aussi parfaite que la qualité des Shadoks, qui a donné naissance à la première série en 1968 (ah, la belle année !). Très vite le public fût partagé. La première moitié de la France, la bonne, se composait des adorateurs de ces pompeurs invétérés tandis que l'autre moitié, la mauvaise forcément, les détestaient (sans pour autant aimer les Gibis, les ennemis publics des Shadoks, ce qui n'est pas logique mais la logique appartenant aux Shadoks bien plus qu'aux humains, on ne s'en formalisera guère).

Et voilà parti toute une folie furieuse qui a donné lieu à des émissions comme « Les Français écrivent aux Shadoks » avec la participation des Charlots, de Jean Yanne ou de Daniel Prévost en 1969. Ont donc suivi trois séries, des comics trip, notamment dans France Soir, des bandes dessinées, moults produits dérivés, contes, légendes et mythologies en tout genre et surtout l'indépendance de Rouxel en 1973, après la troisième série et des tensions avec la chaîne. Aidé de sa femme et de Jean-Paul Couturier, il crée les studios aaa (Animation Art graphique Audiovisuel) et la liberté s'offre à lui. Sa femme et coauteur du livre produit (notamment les inserts animés de Perceval le Gallois de Rohmer mais bon, on lui pardonne puisqu'elle a également pris Piotr Kamler sous son aile et a permis a Michel Ocelot de démarrer) et lui accumulera les projets jusqu'à son décès en 2004.

 

 

Les produits dérivés des Shadoks vont fleurir et au-delà ce cette mine d'or, Rouxel aura à cœur de faire ce que bon lui semble. Voilà en gros ce que le livre racontera mais il le raconte en mieux et surtout avec plus de 400 documents : dessins, illustrations, story-board et un guide des épisodes incomplets et mélangés mais tellement bien fait que ce n'est pas très grave.

Pour plus d'information, vous pouvez aller visiter le site internet de l'éditeur. Le grand format coute 49,90€, le petit format est à 19,90€. Et on se quitte sur un classique :

 

 

 

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commentaires
crorkz mattz
07/04/2015 à 04:01

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