Wayne : retour sur cette version complètement marteau, trash et hardcore de The End Of The Fucking World

Lino Cassinat | 5 février 2019 - MAJ : 05/02/2019 15:16
Lino Cassinat | 5 février 2019 - MAJ : 05/02/2019 15:16
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Le teenage drama a le vent en poupe sur le petit écran depuis quelques temps, il suffit pour s'en convaincre de regarder les chiffres impressionnants de la sympathique Sex Education. Il y a un an encore, c'était une version plus sombre et cafardeuse du genre qui faisait parler d'elle : l'excellente The End Of The Fucking World, adaptée de la BD éponyme. À ces deux séries Netflix, Youtube répond avec l'ultra-vénère Wayne, qui nous raconte l'histoire de Wayne et Del, deux ados en fuite pour récupérer la voiture du père de Wayne, seul héritage de ce dernier et volée par l'amant de sa femme.

ATTENTION QUELQUES SPOILERS !

 

 

POWER TRIP

Adressons immédiatement ce qui pourrait rebuter au premier abord : dans ses prémices, Wayne ressemble énormément à The End Of The Fucking World, au point que toutes les scènes dans le diner de l'épisode 2 donnent quelque peu envie de hurler au plagiat. Un exemple parmi d'autres, comme la dynamique garçon taciturne mais violent d'un côté, fille qui a du chien pour compenser une faiblesse de l'autre, ou encore l'aspect road-trip en cavale. On ne les relèvera pas toutes, mais vous l'aurez compris, les similitudes sont nombreuses. Mais, si Wayne prend les mêmes ingrédients, elle ne recommence pas The End Of The Fucking World, très loin de là en réalité. Là où The End Of The Fucking World sublimait une forme de fuite en avant perpétuelle et suicidaire comme unique échappatoire à un monde pourri, Wayne choisit une autre voie, celle de l'ultra-violence.

Plutôt que de fuir les turpitudes du monde, on les cogne, si possible à grand coup de batte de base-ball / chaîne / marteau / nain de jardin (oui) / autre, encouragé non plus par une musique rock indé mais par une BO hardcore-metal qui ravira les fans de musique extrême underground, de High on Fire à Power Trip, Refused, Fucked Up en passant par Converge (pas un hasard si la série démarre dans l'état du Massachusetts). Autre différence notable, Wayne troque la suburb pavillonaire anglaise riche parfaite pour un environnement white trash américain miséreux, de fait moins lisse et nécessairement plus propice aux explosions de violence.

 

photo, Mark McKennaWayne et Del, deux ados turbulents partent en voyage

 

QUEEN OF THE GARBAGE, PRINCE OF THE WEED

Bref, son identité, Wayne la trouve très facilement en empruntant la voie de la violence comique, de l'humour noir, de la jouissance cathartique, quitte à laisser son sens moral de côté. Jouissance de voir, par exemple, cette brute du lycée se prendre enfin une bonne raclée à coup de Doc Martens coquées avant un joli gommage avec du verre pilé, ou ce père abusif se faire raboter le nez à coup de dents. Même si lui se compare (à juste titre, vue sa sauvagerie au combat) à l'animal Conan le Barbare, Wayne dans son personnage a des attitudes très Dirty Harry ou justicier dans la ville, incapable de rester passif face aux injustices (pas un hasard s'il s'appelle Wayne), qu'il règle vicieusement et salement à coup de pistolet à clous par exemple.

Montant à la castagne à la moindre occasion, même lorsqu'il ne fait clairement pas le poids, Wayne charme par son attitude intransigeante, sa hargne souvent proche du kamikaze. Une sauvagerie qui lui vaut de prendre beaucoup de beignes mais qui le rend instantanément attachant et finit de raccrocher la série à un esprit très punk hardcore, le doigt en l'air. Une attitude sans concession, qui fait énormément de bien tant elle est rare, d'autant plus qu'elle est loin d'être gratuite.

 

photoConan qui aura droit à son caméo. Oui oui.

 

Si la série est tout le temps très drôle, violente et décalée (d'une manière qui n'est pas sans rappeler l'esprit des frères Coen et leur Burn After Reading par exemple), elle se déploie dans un univers et adresse des thèmes on ne peut plus sérieux et sensibles. On n'en dira pas plus pour ne pas spoiler, mais Wayne et Del ont beaucoup plus de raison de pleurer que de rire, même s'ils passent par une rage destructrice pour l'exprimer.

Certes, Wayne prend le temps de nous faire sourire en répondant à des questions aussi légères que "Que se passe-t-il quand on réunit deux adolescents à problèmes, deux satanistes, une serveuse accroc au crack, un couteau, un fusil à pompe et une tronçonneuse dans une grange ?" (une scène magique) ou encore : "Comment transformer un pack de bières en masse d'arme ?" mais ses personnages, principaux comme secondaires, eux, mènent en réalité une vraie vie de chien.

 

photoLe marteau, arme de prédilection de Wayne

 

MODERN LIFE IS WAR

Dernier ingrédient indispensable, pour faire une bonne série il faut justement de beaux personnages, et là encore, comme pour son ton, Wayne est une réussite quasi-totale. La série nous emmène à la rencontre d'un folklore haut en couleur, ahuri et ahurissant, très Coen-ien là aussi, côté gentil comme côté méchant. Impossible de ne pas au moins sourire devant le numéro attardé du brutal Reggie, ou devant le dandy et classieux sergent Geller (surtout après un succulent dialogue sur les prisons thaï dans l'épisode 9).

On regrettera peut être (et c'était déjà le cas avec The End Of The Fucking World) que, curieusement, ce soit Del, pourtant second (et beau) personnage principal, qui soit la seule à pâtir vraiment d'une forme de sous-écriture. Wayne a beau se racheter en lui consacrant tout un excellent épisode 5 qui la sauve de la fadeur, on aimerait la voir prendre un peu plus d'épaisseur et faire un peu autre chose que simplement (même si c'est drôle) faire parler la mitraillette à fuck dans l'éventuelle saison 2, qu'on espère très fort.

Vous trouviez The End Of The Fucking World trop mignon ? Voici Wayne, la version hardcore - thrash metal, celle qui éparpille par petits bouts façon puzzle, qui dynamite, disperse, ventile.

Le pilote de Wayne est disponible sur Youtube. L'intégrale de la saison 1 est disponible sur Youtube Premium. 

 

Affiche officielle

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