True Detective Saison 2 Episode 6 : une soirée qui tourne mal

Jacques-Henry Poucave | 27 juillet 2015
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Après un cinquième épisode qui brisait un peu les règles précédemment établies par la saison 2, True Detective poursuit sa lente mais progressive montée en puissance. Avec Church in ruins, les personnages atteignent leur point de rupture l’enquête dérape totalement. ATTENTION SPOILERS.

Haut les flingues

L’épisode 6 s’ouvre sur une scène de tension exemplaire. Ayant découvert que l’homme qu’il a assassiné pour venger le viol de sa femme n’était pas le vrai coupable, Velcoro (Colin Farrell) en déduit que Franck l’a manipulé dans le seul but de le corrompre et va le retrouver.

Les deux hommes sont prêts à s’entretuer. Touché par Ray et peu désireux de repeindre sa cuisine en rouge carmin, Vince Vaughn fait de son mieux pour calmer l’ex-flic et le convaincre qu’il s’est trompé de bonne foi. Incapable de démêler le vrai du faux, Ray abandonne et quitte les lieux. Non sans que Frank le mette en garde, tout en lui rappelant qu’il compte parmi ses derniers amis.

Pour Velcoro, la descente aux enfers s’accélère brusquement. Dans une scène remarquable d’intensité, il va retrouver le violeur de sa femme, fraîchement incarcéré et lui annonce que s’il a le malheur de sortir de prison vivant, il se fera un honneur de le transformer en pâtée pour chien. Séquence classique, à la mise en scène fonctionnelle, mais où l’intensité du jeu de Farrell fait des merveilles.

Après avoir vaguement tenté de conserver un semblant de lien avec son fils devant les services sociaux, Ray explose. Il fait le plein d’alcool et de cocaïne, avant de s’offrir une soirée en forme de plongée dans les ténèbres. Une fois son appartement pulvérisé à mains nues, il appelle son ex-épouse, lui annonce que si elle renonce à annoncer à leur fils qu’il est le fruit d’un viol, il accepte d’abandonner tous ses droits parentaux.

On l’attendait, on se doutait bien que le personnage de Ray exploserait en vol. Et c’est ce à quoi nous assistons dans cet épisode, débarrassé de ses derniers remparts moraux, il se jette à corps perdu dans la mêlée et laisse libre cours à ses démons. Plus rien n’arrêtera désormais le personnage, qui s’avère le plus imprévisible et sauvage du trio.

Pretty Woman

Oubliez Julia Roberts et Richard Gere, l’initiation de Rachel McAdams à la prostitution de luxe n’a rien d’une comédie romantique. Grâce à sa sœur, l’inspectrice voit venir l’occasion d’infiltrer les mystérieuses soirées privées prisées par Ben Caspere. N’écoutant que son courage (voire son inconscience et la rage qu’elle a chevillée au corps, Ani s’infiltre dans une de ces soirées, suivies de près par Colin Farrell et Taylor Kitsch.

Une fois à l’intérieur, la policière fait face à un festival de débauche. Obligée de se droguer avec les autres prostituées, Ani tente de jouer le jeu. Enfin, le show donne forme à l’atmosphère poisseuse qui infuse depuis le premier épisode de cette saison. Jusqu’à présent, le sexe et le stupre ont été des thèmes sous-jacent, très présent et pourtant en retrait, générant une frustration inattendue, comme si True Detective était soudain devenu plus prude que de raison.

C’était sans doute pour mieux souligner l’orgie qui conclut l’épisode 6. Enfermée dans un manoir aux innombrables alcôves, Rachel McAdams se fraie un chemin entre les corps dénudés, les édiles fornicateurs et un homme bien décidé à lui compter plus que fleurette. On note par ailleurs que toute la scène est une leçon de maîtrise. Alors que l'on pouvait légitimement craindre une déferlante de kitsch ou de sexualité gratuite, la mise en scène, ample et nerveuse à la fois, se focalise sur l'actrice, et nous permet de plonger de manière étouffante dans sa psyché sur le point de basculer. Voilà qui nous rappelle que le show est toujours capable de nous proposer des sommets de tension pe communs.

Isolée dans une salle de bains, Ani tente de dépasser l’effet de la drogue, mais rien n’y fait et son subconscient prend le contrôle. Elle revit, impuissante, le viol subit dans la communauté hippie de son père et la fureur l’emporte à son tour. Au détour d’un couloir, elle tombe sur la mystérieuse prostituée portée disparue. Elle est potentiellement la clef de voûte de l’enquête, la seule à savoir véritablement ce que faisait Caspere au milieu de ces orgies et pourquoi on l’a tué.

Parallèlement, Velcoro et son complice dérobent une série de documents reliés aux parcelles de terre autour desquelles tournent tous les proches de Caspere et Semyon. Ray semble aux portes de la folie alors qu’il écrase le visage d’un vigile.

L’art de la découpe

Ani titube, portant la jeune à moitié inconsciente qu’elle a retrouvée, hantée par les visions de son viol. A ce moment, le vieux bourgeois qui entend la trombiner lui tombe dessus, accompagné d’un garde particulièrement violent. Ani envoie les bijoux de famille de premier au paradis des organes superflus, mais réserve un sort moins enviable au second.

Depuis le début de la saison 2, on attend de voir la femme révoltée qui gronde en Rachel McAdams sortir de ses gonds et faire usage de ses couteaux. Nous ne sommes pas déçus. En une série de mouvements rapides et tranchants, la flic se défait de son agresseur, qu’elle abandonne gisant dans une mare de sang. Elle rejoint ses deux camarades et les quatre parviennent à quitter le manoir en trombe. Ils ont désormais en leur possession un témoin clef et des documents louches en guise de preuve.

L’Enfer leur appartient

Il était temps que l’enquête approche de sa conclusion. Ça y est, nos héros ont toutes les cartes en main pour comprendre la mort de Ben Caspere. Ça y est nous avons vu à quoi ressemblait l’envers du décor, et il est gratiné. Ça y est, les personnages craquent complètement. On la sent poindre cette folie crapoteuse qui guette depuis le début de la saison 2.

Alors que la révélation approche, on espère que les deux derniers épisodes à venir seront à la hauteur, et pousseront notamment Vince Vaughn dans ses derniers retranchements, lui qui est depuis deux épisodes le maillon faible du show. En effet, malgré quelques joliespointes d'émotion, son intrigue est la seule qui donne le sentiment de faire dangereusement du surplace.

Si la série tient ses promesses, elle pourrait finir en beauté et nous offrir une deuxième saison sans doute imparfaite, mais formidablement vénéneuse, aux antipodes de sa première fournée.

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elyak
31/07/2015 à 14:42

- Alors... Rien de ridicule là-dedans (la flemme de me lancer dans un contre argumentaire) mais je conçois que les dialogues puissent décevoir un peu quand on voit ce qu'avait fait McConaughey et Harrelson.
- Pour ce qui est de mon intérêt, je ne me souviens plus du nom du morceau qui passe au moment de la "déglingolade" de Velcoro et fais donc appel à vous pour le retrouver, c'est un classique du genre so please, help me ASAP^^.
- En revanche Boddicker, je t'accorde que je suis étonné du peu de notoriété de Ray Donovan en France qui est une série de dingue dans laquelle on a enfin accès à une mafia des temps modernes (ras le bol des Sopranos ou encore de Gomorra -passable cela dit- et Boardwalk qui n'ont rien inventé (except Sopranos me direz-vous...quand même). Toutefois les Peaky Blinders relèvent bien ce défi et posent allègrement dans mon TOP3)

Boddicker
28/07/2015 à 13:11

Chaque semaine j'attends avec impatience la critique "mauvaise foi" d'ecranlarge du nouvel épisode de true detective, plus que l'épisode lui même en fait.
Je suis sans cesse étonné par les qualitées que vous arrivez à trouver à cette médiocre série, encore une fois cette semaine on a eu droit à des scènes ridicules : Mc Adams qui s'excite sur un mannequin en bois, la défonce ridicule de Farrell, la partouze ridicule et l'infiltration ridicule, la découverte ridicule des documents "brûlants", la lecture ridicule des documents dans une voiture en pleine nuit... si la série faisait 24 épisodes on aurait droit toutes les semaines à "ça y est la série prends son envol" "le final va être explosif" blah blah... pourquoi chercher autant d'excuses à cette bouse boursouflée, prétentieuse et mal jouée?
Allez plutôt voir du coté de Ray Donovan (plus noir, mieux joué) de Bosch (plus traditionnel, mieux joué)...
Enfin ça n'est que mon avis,
Cheers.

Louig
27/07/2015 à 22:56

Oui j'ai aussi du mal à voir où va notre ami mafieux (c'est pas the shield, y'a plus que 2 épisodes) et cette trame avec les mexicains dont le rapport avec le reste m'échappe .
Par contre j'ai trouvé cette scène dans l'appart de Ray totalement inutile (pourquoi de la coke ?) bien qu'on comprenne qu'il pète un câble; comme ces scènes avec les gamins ...

Et puis pas de bistrot merde !!!

SMQ
27/07/2015 à 21:22

Y'a du mieux en effet depuis 2 épisodes, on commence à y comprendre qque chose dans l'enquête :) Par contre, oui, le personnage de (ou les scènes avec) Vince Vaugh reste(nt) pénible(s), enchaînant les rencontres avec tous les mafieux, ça va bien 5mns.... Bien aimé la scène où Farrell pète les plombs, par contre moins enthousiasme que vous sur la sauterie finale avec McAdams.... Quoi qu'il en soit, je reste optimiste pour les 2 derniers épisodes :)

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