Game of Thrones - saison 8 épisode 6 : un final qui sent la pisse de dragon

Simon Riaux | 20 mai 2019 - MAJ : 20/05/2019 07:00
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photo, Peter Dinklage

Après huit saisons qui auront passionné, éreinté, surpris, et violenté les spectateurs Game of Thrones nous offre sa conclusion à l’occasion d’un chapitre à haut risque, qui achève un ultime run qui aura particulièrement déchiré les fans, écartelés entre l’émotion d’une fin redoutée, la frustration du deuil à venir, et des récriminations, tantôt légitimes tantôt dignes d’un supporter de foot en descente de 8.6. Que vaut donc cette conclusion ?

ATTENTION SPOILER.

 

photo"Je vous préviens, on était un peu mal quand on fait le bousin"

 

GAME OF DRONE

Nombreux sont ceux qui ont fait connaître leur rejet de l’orientation choisie par la série à l’occasion de ses deux dernières saisons. Pour autant, il n’est pas interdit de voir dans le choix du très grand spectacle épique une solution logique, jouissive, et logique, le show s’étant perdu des années durant dans récits atones et arythmiques en forme de mauvais soap. A coups d’approximations et de raccourcis, David Benioff et D.B.Weiss ont donc opté pour la brutalité épique, comme pour mieux brûler leurs errances post-George R.R. Martin. Pourquoi pas, mais encore fallait-il offrir à l’ensemble un final digne de ce nom.

Malheureusement, le dernier segment de Game of Thrones s’avère fini à la pisse de dragon, tiède et rance. Au-delà de l’échec patent de cet épisode, que nous allons tenter d’analyser, la plus grande des frustrations qu’il génère est un paradoxe. Car oui, en dépit d’un déraillement sévère, cet ultime chapitre démarrait sous les meilleurs auspices.

 

photo, Emilia ClarkeAllégorie de l'état de la série

 

Assumant la dimension nihiliste et désespérée de l’épisode 5, notre épilogue s’ouvre sur un enchaînement de séquences dont la noirceur épate, la cohérence impressionne, et la dramaturgie marque. L’imagerie de l’holocauste et de Pompéi est de nouveau convoquée, alors que nous découvrons Tyrion, à l’occasion d’un long plan extrêmement puissant, errant dans les rues de la cité qu’il a aidé à massacrer. Tout est réuni pour précipiter les derniers souffles de Game of Thrones vers la grandeur de la tragédie Grecque à laquelle la série aspire.

 

DROCON

Alors que Jon SNow achève de comprendre combien la femme qu’il aime et la Reine qu’il vénère est une sacrée gourgandine portée sur le génocide, Tyrion, après avoir exhumé le corps de ses frère et soeurs à l’occasion d’une séquence aussi funèbre qu’émouvante, se voit expliqué que sa trahison familiale lui voudra de finir en beef jerky, dragon style. Tout cela fleure bon l’horreur et le désespoir.

 

photo"Ouais bah je suis bien content d'être parti moi"

 

Depuis la première seconde de cet épisode, les showrunners du show, ici réalisateurs, ce qui a valeur de démonstration de force autant que de note d’intention, abattent un boulot remarquable. Non pas qu’ils fassent preuve d’une créativité renversante, tant ils s’évertuent à ne jamais bouleverser la charte bien établie de Game of Thrones, mais le duo fait preuve d’un sens de l’emphase, d’un art du dosage, plutôt remarquable. Chaque réplique est pesée, le moindre mot déchire l’atmosphère pesante de Port-réal carbonisée, tandis que l’image capture systématiquement l’angle le plus pertinent, soulignant la rigueur d’un découpage exemplaire.

Et puis soudain, arrive la confrontation tant attendue entre Jon et Dany. Oubliant sa gestion de l’espace, la caméra passe d’un champ/contrechamp mollasson à une série de plans issus d’un mauvais roman-photo. Et quand ce pauvre Kit Harington, semblant plus que jamais désemparé par la faiblesse et l’inconstance d’un personnage écrit tour à tour comme un leader naturel puis un trépané incapable d’épeler son nom, décide de passer à l’action et tuer  Dany, l’épisode s’écroule avec la grâce d’un prolapsus.

 

photo, Emilia ClarkeDany a un peu craqué

 

KING IN THE MORT

Dans ce qui ressemble fort à un hommage à la mort de Marion Cotillard dans The Dark Knight RisesEmilia Clarke est priée de quitter la scène, à la faveur d’un coup de canif foireux, d’une séance de fonderie minable, puis d’un décollage de dragon que n’eût pas osé écrire un plumitif de Plus Belle la Vie après une injection de liquide vaisselle dans la jugulaire.

Game of Thrones vomit ainsi son grand final dramatique, pour mieux nous lancer à la figure une ellipse (bien mal amenée), laquelle jette aux toilettes cet hiver qui devait mutiler Westeros, pour rassembler  les derniers seconds rôles encore épargnés par ce que les showrunners qualifient de scénario.

C’est alors que dans une tentative désespérée de nous convaincre qu’ils ont un semblant de respect pour la mythologie globale qu’ils ont recouvert de chaux vive après la bataille de Winterfell, Benioff et Weiss tentent de faire de Bran un personnage. Malheureusement, depuis 7 saisons, cet ersatz de GPS monté sur roulettes est infiniment  maltraité par le script. Et quand, à la faveur d’une séquence aussi ridicule que peu crédible, Tyrion parvient à faire de lui le Roi, le peu de crédit que le spectateur accordait à Game of Thrones est pulvérisé.

 

Photo Liam Cunningham, Kit HaringtonEt la palme de la loose revient à...

 

Personnage bouche-trou, jamais envisagé autrement que comme un dérivatif, dont personne n’a entendu parler à Westeros, Bran devient donc Roi, tandis que les Seigneurs du coin acceptent pépouze que le nord fasse sécession. Dès lors, la série tente minablement de sauver les  meubles en se focalisant sur le clan Stark, plus proche d’une séance de soldes ratées chez Ikéa que d’un casting de légende épique. Mais il n'y a plus rien à faire, l'univers du show est éparpillé, sa logique une nouvelle fois niquée avec les doigts, tandis que le casting se lance dans un concours de grimaces constipées qui évoquera aux connaisseurs les conseils municipaux auvergnats.

Et quand, dans un festival de non-jeu embarrassant, cette mauvaise troupe tente de jouer un retour symbolique à la case départ, le retournement qui advient se joue à un tout autre niveau. En effet, après une saison Ô combien critiquable, mais aux expérimentations fascinantes, Game of Thrones est retourné à la poussière.

 

photoJurassic Stark

commentaires lecteurs votre commentaire !

Le Cadavre qui murmurait à l'oreille du Dragon
24/05/2019 à 12:17

Super critique dans un style bien à vous, j'adore ce site.
Game Of Thrones C'est fini, et à chacun de se faire une opinion sur la fin, difficile de ne pas être déçu, mais je pense qu'il faut maintenant se concentrer sur le dernier épisode de l'Agence tout risque. Pouvez vous faire une critique sur ce nectar ? merci
Pétition pour qu''Hannibal Smith soit Roi de Westeros ici

Ankytos
23/05/2019 à 08:08

Je ne suis pas déçu par l'épisode qui conclue correctement la série. Le destin des personnages est cohérent et l'ambiance de victoire morne et amère est adaptée. Ce n'est pas du génie mais il n'est jamais raisonnable d'attendre du génie ; celui-ci est censé surprendre.
En revanche, ce qui est très décevant, c'est une critique qui prétend faire une analyse mais qui se contente de phrases creuses qu'elle imagine sans doute spirituelles, condamnant sans argument autre que l'insulte la si difficile entreprise de conclure ce qui est devenu une référence culturelle commune sur presque 10 ans. L'humilité et la rigueur sont des vertus qui vont bien au critique.
Je dis ça...

Satisfaction
23/05/2019 à 01:04

J'aime qu'un épisode de game of thrones se fasse démonter par un critique qui, en plus d'utiliser un générateur automatique de vannes aléatoires, trouve "miracle workers" parfaitement géniale...

Niconico
22/05/2019 à 19:21

@Kolby Je comprends cela peut sembler rapide et on aurait tous aimés voir plus mais pour en revenir aux enjeux dramatiques de la série, la situation l'exige, ils sont dans l'urgence, ils doivent élire un nouveau roi. Les personnages n'aiment pas cela mais la situation l'exige. Et l'argumentaire de Tyron est suffisamment logique. Si ils veulent changer de monde, de type de gouvernance ils doivent choisir un roi qui représente bien plus que ses intérêt propre ou ceux de son clan. Un roi a la vue large, au recul que seul Bran a, et il le sait.
Pour Sansa elle fait valoir ce que le peuple du nord veut et a besoin depuis la saison 1. Être libre et indépendant.
Je comprends la frustration et certains regrets dans l'orientation de la fin de GOT mais de là a, pour certains, taxer la série de bide, de debacle, de pisse de Dragons pour le dernier episode via l'édito de cet article et plus globalement de faire des pétitions pour la re-tourner je trouve que c'est vraiment mais vraiment n'importe quoi.
Bref j'encourage tout le monde à la visionner une seconde fois.
Nb: Et cet épisode 3 mérite le Golden Globe pour ses fx, certains plans sont des fresques animées ! Sublime

JANGO56700
21/05/2019 à 22:03

Moi je trouve que c'est une très bonne saison !!
Ca ne se passe jamais comme ça devrait se passer, et le dernier épisode est à l'image des 8 saisons

dams50
21/05/2019 à 21:19

"Dans ce qui ressemble fort à un hommage à la mort de Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises,"
Très juste référence qui m'a bien fait marrer.

Kolby
21/05/2019 à 16:49

@Niconico
Ce qu'on veut dire c'est que la désignation du roi ne devrait pas ce faire en une seule scène
Ensuite l'Union sacré des Stark?pourquoi sansa Stark se pose une réserve simplement qu'elle n'est pas d'accord. Je me dit vraiment le dernier épisode est bâclé

Niconico
21/05/2019 à 11:05

Pour moi got parle avant tout du pouvoir.
Qu'il soit exercé, disputé, partagé, par les hommes et les autres.
Je trouve le parti pris intéressant et osé. Les réponses apportées correspondent aux fondements de la série. Des peuples se battent pour le pouvoir. Essaient de s'unir contre une menace bien plus grandes. Se re disputent le pouvoir. Bref l'histoire de l'humanité avec ses guerres, ses alliances et ses complots. Il n'y a aucunes réponses à apporter, ce n'est pas une série policière mais fantastique.
Ce n est pas l'histoire d' un personnage (Jon, daenerys, cersei, arya...) ou de leur peuple mais bien de l'humanité, de l'ensemble qui importe.
Comme dit par cepheide, ça gueule maintenant mais dans 10 ans on en parlera encore comme une série culte.
Je suis conquis par ce final qui remet a l'heure sur la difficulté extreme à faire s'entendre les peuples et l'exercice du pouvoir.
BRAVO !

Roro
21/05/2019 à 10:28

Très déçu par cette dernière saison, que je trouve vraiment bâclée et dont certaines incohérences/maladresses me gênent beaucoup:

SPOILERS

- Les marcheurs blancs, menace ultime, balayés en un épisode
- Daenerys la briseuse de chaînes qui se transforme en Aldof Hitler en un épisode et commet le plus gros génocide de tous les temps (c'est très mal amené ou totalement stupide...)
- Bran (aussi expressif qu'une moule) choisi avec enthousiasme par ses paires pour régner
- Sansa qui fait donc sécession avec son frère (quel intérêt? sachant que les Stark dirigent les 7 couronnes?)
- Jon qui est renvoyé à la Garde de Nuit... Qui existe encore, sans Mur ni marcheurs blancs...

Bref je suis vraiment déçu. Il y avait à mon avis bien mieux à faire. Mais bon, c'est fini, tant pis.

Ronnie
21/05/2019 à 10:19

Le final est plutôt bien et en adéquation avec cette dernière saison c'est à dire bâclée et incohérente ! Quelle facilité scénaristique ! c'est a vomir ! pendant 7 saisons on a eu des surprises, des twists, des trahisons, des développement de personnages et là ils nous vomissent littéralement dessus en comptant sur tout le fan service pour sauver cette dernière saison. Cette saison 8 aurait mérité 1 ou 2 épisodes en plus bien travaillé, 8 saisons pour savoir qui montera sur le trône pour expédié ça en 30min à la fin.
Bref c'est pas plus mal que ce soit terminé et qu'on passe à autre chose !

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