Twin Peaks - saison 3 épisode 15 : la bûche électrique

Benjamin Malka | 22 août 2017
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Grâce à sa complexité narrative et à la richesse de son univers, cette troisième saison de Twin Peaks n’en finit pas de nous fasciner. Nous entrons ainsi dans la dernière ligne droite avec ce quinzième épisode qui, selon certaines théories, nous promet des éventements majeurs.

ATTENTION SPOILERS

 

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Si j'étais, vous j'irais pas la chercher...

 

AMOUR TOUJOURS

Tout commence ici sur une note joliment inattendue, avec la résolution de la romance entre Ed et Norma. Secrètement amoureux depuis le lycée, les deux amants ont vu leur histoire contrariée au fil des deux précédentes saisons. Ed était marié à Nadine et Norma en couple avec le trublion Hank Jennings, qui a d’ailleurs fini ses jours en prison, comme nous l’apprend L’Histoire Secrête de Twin Peaks.

Nous voyons ainsi dès le premier plan de Nadine, muni de sa pelle dorée tout droit sortie de l’esprit ésotérique du Dr Jacoby, prête à enfin laisser Ed vivre sa vraie passion amoureuse avec Norma. Cette dernière revend de son côté ses parts des franchises pour se consacrer uniquement au Double R et à Eddy. Une jolie séquence en ode à l’amour éternel, magnifiée par deux formidables acteurs et sur fond d’Otis Redding, qui ravira probablement les fans des premières saisons.

 

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Il y a aussi de l'amour à Twin Peaks

 

NOIR C'EST NOIR...

S’en suit une séquence ahurissante où le Doppleganger apparait de nouveau. Parti sur la trace de Phillip Jeffries, il atterrie dans la lugubre station service aperçue notamment dans l’épisode 08. Cela semble être un passage vers ce que l’on suppose être la Black Lodge. Lieu glauque au possible, où l’image devient quasi en noir et blanc, et qui abrite ces fameux bucherons noirs à l’allure si inquiétante. Il semble également être le lieu où se réunissent Bob et les autres entités maléfiques dans le film Fire Walk With Me.

Le Bad Cooper finit par arriver dans la pièce de Jeffries et, alors que nous fantasmions secrètement un ultime caméo de David Bowie (son interprète), ce qui survient est tout autre. Le personnage apparait en effet sous la forme d’une sorte de cloche géante, semblable à celle vue dans l’épisode 03, d’où émane une mystérieuse fumée, et ce qui semble bien être la voix du Thin White Duke. Comme nous pouvions nous en douter, ce n’est pas lui qui a commandité le meurtre raté du Bad Cooper. Voilà qui pourrait confirmer l’hypothèse selon laquelle Diane serait derrière tout ça. Nous restons tout de même sans voix face à ce qui reste de Jeffries, une sombre et étrange entité cosmique, raccord avec le dernier projet du chanteur (l’excellentissime album Blackstar). Les deux protagonistes ont également un échange à propos de Judy, qui reste un personnage mystérieux pour l’instant.

 

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Très engageant, n'est-ce pas ?

 

En sortant, le Bad Coop se retrouve nez à nez avec Richard Horne, qui le prends cependant pour Dale Cooper. Il avoue également bien être le fils d’Audrey Horne. Serait-il le fruit d’une liaison entre elle et le Doppleganger ? La question se pose, clairement, vue l’animosité de Richard, qui se retrouve cependant neutralisé rapidement par ce qui pourrait être son géniteur.

 

DRAME DANS LES BOIS

Nous retrouvons ensuite Steven, dans une scène assez intense bien que peu lisible, où il se trouve perdu dans les bois, arme à la main, aux côtés d’une jeune femme rousse. Probablement empêtré dans une sombre histoire, le compagnon de la fille de Shelly finit par se tirer une balle dans la tête. La ville Twin Peaks et de ses habitants semblent ainsi lentement tomber dans la folie.

 

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Une scène typique du subconscient Lynchéen

 

Nous avons ensuite le plaisir de voir Freddie, l'homme au gant au caoutchouc, en pleine action dans le Roadhouse, où James s'est encore pris d'amour pour une femme mariée. Décidément, on ne se refait pas. Le personnage de Freddie est donc bien doué d'une force extraordinaire, et on se demande s'il aura un rôle important à jouer dans le final. Les deux se retrouvent en tout cas enfermés dans la prison du commissariat suite à cette étonnante baston, aux côté de Chad, Naido et d’un mystérieux et effrayant clochard.

 

CE N'EST QU'UN AU-REVOIR...

Las Vegas revient ensuite au centre du récit pour deux faits marquants. Le mystérieux Mr Todd se fait assassiner par Chantal, la femme de Hutch, conformément aux ordres du Bad Cooper. Quant au Good Coop', il semble s’électrocuter sévèrement après avoir mis une fourchette dans une prise électrique. Après avoir entendu le nom de Gordon Cole à la télé, où passe le film Sunset Boulevard. Reprendra-t-il enfin ses esprits suite à ce choc ? Difficile à dire, même si l’électricité semble jouer un grand rôle dans la mythologie de la série. Dans tous les cas, retrouver enfin ce bon Dale Cooper serait une perspective hautement réjouissante pour le final.

 

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Nouveau lieu clé de la mythologie

 

L'épisode enchaine ensuite sur une scène poignante, où le personnage de Margaret, alias la femme à la buche, véritable mascotte de la série, fait ses adieux au sheriff Hawk. Une scène qui fait étrangement écho à la réalité, l'actrice Catherine Coulson étant décédée peu après le tournage des suites d'un cancer. Comme d’habitue, ou presque, l’affaire ce termine sur une bien étrange scène au Roadhouse, où une jeune femme se retrouve au sol, à hurler, pendant le concert du soir. Glaçant.

Loin de répondre à toutes les questions, mais esthétiquement renversant, voici encore un épisode d'une noirceur sidérante, truffé d'images marquantes et de scènes émouvantes. Décidément, chaque épisode impose un standard de qualité extrêmement élevé, et cette quinzième partie figure comme l’un des meilleures jusqu'à présent. Même si nous peinons encore à bien comprendre où Lynch et Frost veulent nous emmener. Et, quelque part, c’est tant mieux.

 

PhotoAdieu Log Lady !

 

commentaires lecteurs votre commentaire !

Mapoule
11/10/2017 à 14:23

La mystérieuse fille qui marche à 4 pattes dans le double r a les mêmes lunettes que la femme à la bûche....

Edenever
28/08/2017 à 00:48

Il est évident que le dernier épisode va réunir les 2 Cooper l'homme au gant de jardinage va sauver la femme sans yeux ce qui va permettre au vrai Cooper de retrouver son esprit après j'ai un gros doute quant à une fin positive Coop est resté trop longtemps dans la black lodge il va sûrement continuer d'appartenir à cet univers et beaucoup de questions ne seront pas résolues

theowlsarenotwhattheyseem
27/08/2017 à 16:50

La différence avec McCarthy , c'est que Duchamp était un gars talentueux pour de vrai , avec de vrais travaux , de même pour les autres surréalistes .Tous savaient peindre de façon académique et le faisaient à la perfection , certain de leurs tableaux pouvant passer pour des photos tellement c'est parfait .
Son coté iconoclaste et décono lui a fait faire quelques excentricités sur la base de 't'en veux ? bouge pas en v'là ! ça me fait plaisir autant qu'à toi . Et Dali reste le maitre incontesté du genre .
Avant de cracher dans la soupe , encore faut-il déjà savoir la faire ,et ces gars là le savaient à la perfection .
Depuis Warhol , le talent principal des "artistes révoltés" c'est principalement le suç..ge de boules , point barre .( c'est vrai que bien fait , c'est aussi un art .....) .

Sawyer
27/08/2017 à 16:26

@ theowlsarenotwhattheyseem

Il y a aussi "Fontaine" de Marcel Duchamp... l'urinoir le plus célèbre au monde.

Il y a des années de cela, un mec y avait donné un coup de marteau : c'était une sorte d'hommage.

Devant cet acte de vandalisme, Christine Angot s'en était vivement émue : elle était vraiment indignée.

(Christine qu'on retrouvera chez Ruquier tous les samedis soir, prochainement).

Sawyer
27/08/2017 à 16:18

"la photographie subtile et profonde..."

Sur ce point, c'est bien le seul, je suis d'accord : le chef opérateur n'est autre que Peter Deming... qui a éclairé "Mulholland Drive" (et aussi "Lost Highway")...

Mais une esthétique belle et soignée ne rattrape pas tout le reste, hélas...

Mat Mat
27/08/2017 à 15:26

@sawyer

Pour ta gouverne, je ne suis ni croyant ni quoi que ce soit d'autre. Seulement un amoureux d'une certaine forme d'art et ce que crée David Lynch me correspond au plus haut point. Je respecte son travail, sa vision des choses et de l'industrie du cinéma par exemple. Lynch a beau être américain, il se nourrit d'une culture européenne qui ressort dans ses œuvres.
Je ne dis pas que TP3 est au dessus de tout mais elle est Pour moi ce que je j'attends d'une oeuvre artistique.
L'art ne s'explique pas, II se ressent. Chacun peut y voir ce qu'il veut que ce soit dans le cubisme, le fauvisme ou dans les sculptures de Rodin.
Lynch peint, compose, photographie, écrit... c'est cette richesse qui me touche quand je regarde TP3.
Je trouve la mise en scène Juste, le son tout simplement dément, la photographie subtile et profonde...
Avec le tallent d'écriture de Frost, le résultat (Pour moi) est au rendez vous.
Je peux comprendre, mon cher Sawyer, qui semble Savoir tout sur tout, que tu n'accroches pas. Tu attends sans doute autre chose d'une série ou d'un film: encore une fois tout est une affaire de goûts.

Je viens de révisionner les 15 premiers épisodes et bien je ne m'en lasse pas et y découvre quelque chose de nouveau à chaque fois.

Alors oui me perdre dans cet univers est un pied pas possible ;-)

theowlsarenotwhattheyseem
27/08/2017 à 14:14

@sawyer
Je ne le connaissais pas , il est excellent ce sketch , vraiment jubilatoire , tout y est , bravo !

Pour l'Art contemporain , je te rejoins en très grande partie , quand on voit que McCarthy est "l'artiste " dont les "zeuvres" battent des records de vente et de popularité ,notamment sa "Merde Volante " ,ça laisse vraiment rêveur sur la notion de "l'art c'est quoi en fait exactement?"
Je suis passé par hasard place Vendôme le lendemain du jour où son plug anal géant a été crevé. Ce qu'il en restait était gardé par un petit groupe de gens , en larmes mais véhéments , trop indignés par cette profanation , cette censure de l'expression ultime de l'art dans toute sa signification fondamentale ; une belle bande de gourmets .

Pour Lynch , avec TP3 on est dans un concept de Happening , le public fait partie intégrante du spectacle global ( exhibition et voyeurisme ne faisant plus qu'un) , et généralement les Happenings c'est chiant , très très chiant , bruyant et long , très long ( surtout les pseudo-gore kitsch ) ; on peut donc lui rendre hommage , car en temps que tel c'est vraiment réussi , le public est bien là , et ça ne laisse personne indifférent

Sawyer
27/08/2017 à 07:10

L'art contemporain, pour moi (... et pas que pour moi : pour beaucoup de monde également !), c'est vraiment du foutage de gueule.

"Inland Empire" et cette saison 3 (de ce que je n'ose plus appeler) "Twin Peaks" appartiennt hélas à ce courant-là...
Mais dans l'univers de David Lynch, on trouve aussi d'autres sommets d'une abyssale nullité (disponibles sur YouTube) :
- "The Cowboy and the Frenchman" (1988), un court métrage
- "On the Air" (1990), série télé créée avec Mark Frost
- "Rabbits" (2002), dont on trouve des extraits dans "Inland Empire"

Pour en revenir à l'art contemporain, c'est un petit monde qui fonctionne extrêmement bien.
Si vous êtes face à un tableau (ou une installation machin-trucmuche), disons seulement un tableau... mais un truc bien abstrait qui ne ressemble à rien... les spécialistes de l'art contemporain essaieront de vous convaincre que vous n'avez pas compris le "geste radical et provocateur" de l'artiste (car il n'y a qu'un "artiste" avec un grand A pour avoir conçu une telle oeuvre d'art).
Vous n'aimez pas le tableau ?
Eh bien, vous devez vous interroger sur votre "rejet"... ou le simple fait que vous résistiez au tableau (ou, on ne sait plus très bien, si c'est le tableau lui-même qui fait de la résistance).
En fait, à partir du moment où vous vous questionnez sur le fait que vous n'aimez pas ce tableau, ou qu'il vous laisse extraordinairement perplexe, c'est déjà un signe que l'oeuvre en elle-même est déjà intéressante... parce qu'elle a provoqué en vous une réaction... que cette réaction soit positive ou négative, peu importe.
Donc, par inversion des valeurs, ça prouve que cette oeuvre est forte, puissante, qu'elle résiste à toute analyse rationnelle... bien loin d'un tableau figuratif qui, lui, se "donnera" trop facilement à vous... d'où la supériorité d'une oeuvre difficle d'accès !

En fait, ce que je suis en train d'expliquer (peut-être d'une façon un peu laborieuse à ceux qui ne verraient pas où je veux en venir), les Inconnus l'avaient brillamment démontré dans ce sketch, ma foi, assez hilarant (et tellement vrai) :

https://www.youtube.com/watch?v=1yKay8HDjPU

Sawyer
27/08/2017 à 06:16

@ MatMat

"On se fout de Savoir si tel ou tel personnage deviendra ou ne deviendra pas comme on l'on veut qu'il soit ou qu'il ne soit pas. (...) Est ce qu'il y aura une fin à proprement dite ? Là encore qu'importe et il est certain que plusieurs questions resteront sans réponses car c'est comme ça que Lynch se différencie des autres : il nous laisse le choix de parcourir son œuvre et d'y voir ce que l'on veut. Sans limites, à notre guise. J'ai hâte de rester sur ma fin quand le chapitre 18 sera clos :-)"

Il faudrait que tu relises les hénaurmités que tu écris...
Tu me fais penser à ces croyants qui ont la foi, qui te disent qu'ils croient en Dieu parce que justement, ils n'ont pas la preuve qu'IL existe... mais que s'ils l'avaient, ils ne croiraient plus en LUI (... comprenne qui pourra).

Quand je lis des commentaires pareils, je me dis qu'il n'y a plus la moindre différence entre les adorateurs de la secte de David Lynch... et les adorateurs de la secte de Jean-Luc Godard : tous des illuminés...

Ce n'est pas parce que c'est "Radical et Différent" que c'est forcément bon, ce serait trop facile... et surtout, ce serait nier l'idée même qu'une œuvre soit "aboutie"... (ou alors le fait qu'une œuvre soit totalement "inaboutie" serait la preuve de son génie, de son éclatante réussite ??!!).

The Man from Quantic World
26/08/2017 à 23:21

@Quasimoto. Je crois bien m'être lancé un peu trop vite dans ma réponse précédente puisqu'au final, ton commentaire ne s'adressait pas spécifiquement à moi ! Maxima Mea Culpa ! ;-)
In Heaven, Everything's right...

Néanmoins, je comprends fort bien la frustration de Sawyer...

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