Hawkeye : le comics indispensable de Fraction et Aja qui a inspiré la série Marvel sur Disney+

Arnold Petit | 22 novembre 2021 - MAJ : 22/11/2021 22:38
Arnold Petit | 22 novembre 2021 - MAJ : 22/11/2021 22:38

Avant la série Marvel sur Disney+, on reparle de l'exceptionnel comics Hawkeye de Matt Fraction et David Aja et de tout ce qu'il a apporté.

Pas évident d'être dans une équipe avec Iron Man, Thor, Hulk ou Captain America quand on a qu'un arc et des flèches. Et pourtant, malgré son statut de second couteau à côté des autres Avengers et de certains personnages comme Spider-Man ou Daredevil, Hawkeye est devenu un des héros les plus appréciés des lecteurs de comics lorsque Matt Fraction et David Aja ont récupéré l'archer pour un passage mémorable.

 

photoComme une impression de déjà-vu © 2021 MARVEL

 

Avec une histoire des plus simples et des planches remarquables, le scénariste et le dessinateur ont profondément marqué le personnage, mais ont aussi largement influencé les titres suivants consacrés aux autres faire-valoir de l'univers Marvel.

Et vu que l'esthétique et certains éléments d'intrigue de la série Marvel sur Disney+ sont visiblement tirées de leur travail, c'est l'occasion de reparler de ce petit chef-d'oeuvre considéré comme un des meilleurs comics de ces quinze dernières années, disponible en France chez Panini Comics juste ici.

 

photoUn jeudi comme les autres © 2021 MARVEL

 

OK, ÇA S'ANNONCE MAL

Personne n'imaginait que quelque chose comme Hawkeye puisse débarquer en 2012 chez Marvel. À l'époque, si le héros profite d'une plus grande visibilité depuis qu'Avengers est arrivé sur les écrans, les comics n'en ont que pour les mêmes gigantesques crossovers et autres réunions de super-héros, comme Fear Itself (supervisé et écrit par Matt Fraction), Spider-Island ou encore le fameux Avengers vs X-Men, parfaite illustration des ambitions de l'éditeur.

Fatigué de l'apocalypse constante et persuadé que les aventures de l'archer qu'on lui a confiées ne dureraient que quelques numéros, faute de lecteurs, Fraction adopte donc une approche différente et propose de revenir au plus simple, à l'essentiel : raconter ce que Clint Barton fait quand il n'est pas un Avenger.

 

photoLe plus normal des super-héros © 2021 MARVEL

 

Aussi peu convaincu et trop occupé à préparer les affrontements face à Ultron et Thanos sur papier et dans les salles, Marvel a accepté. D'autant que Matt Fraction retrouvait David Aja, dessinateur espagnol réputé, avec qui il avait déjà fait des merveilles sur Iron Fist aux côtés d'Ed Brubaker. Clint Barton et Danny Rand sont d'ailleurs représentés quasiment de la même façon dans le comics (un type blond, paumé, avec des pansements et des bandages partout sur le visage et les bras) et le duo s'amusera de cette ressemblance, les civils pensant que Clint est Iron Fist quand il dit qu'il est un Avenger.

C'est donc sur ce pari risqué et sans trop de conviction qu'Hawkeye a vu le jour. Et contre toute attente, c'est cette simplicité, cette sincérité et cette liberté qui font que leur comics s'est imposé comme une oeuvre instantanément culte, qui continue de toucher en plein coeur.

 

photoGalères en série © 2021 MARVEL

 

HAWKGUY

La première page lance immédiatement dans l'action, avec Clint Barton qui traverse la fenêtre d'un immeuble et déclare "Ok, ça s'annonce mal...". La page suivante, où il se trouve dans un lit d'hôpital, est on ne peut plus claire : non seulement il avait raison, mais surtout, il ne peut pas faire une chute de 20 mètres sans en retirer plusieurs fractures. Hawkeye est un homme comme les autres et les deux auteurs s'attachent justement à raconter le quotidien de ce héros ordinaire. 

 

photoTony Stark et Clint Barton en mission périlleuse ou presque © 2021 MARVEL

 

Hormis une bande de gangsters russes en survêtements, la plus grande inquiétude de Clint est de racheter du scotch, laver son linge sale, ranger ses affaires qui traînent ou démêler les câbles de sa télé. Il boit trop de café, décore son appartement pour Noël et ne trouve pas le temps de regarder ses séries, mais reste quand même habité par un besoin compulsif de réagir en cas d'injustice, comme lorsqu'il sauve spontanément un chien et finit par l'adopter ou empêche l'expulsion d'une voisine en rachetant l'immeuble.

Armé seulement d'un arc et d'une tripotée de flèches spéciales (astucieusement présentées dans le numéro 3 lors d'une impressionnante course-poursuite), Clint fait ce qu'il peut avec ce qu'il a et sa sympathie et son empathie en font forcément un bon gars, auquel le lecteur ou la lectrice ne peuvent que s'attacher et s'identifier pour ses déboires et sa normalité.

 

photoEn plein dans le mille © 2021 MARVEL

 

Entre quelques références à l'univers de Marvel et d'autres oeuvres comme Butch Cassidy et le Kid ou Rio Bravo, les différentes histoires que vit Clint révèlent aussi qu'il est un type maladroit, vulnérable, qui a du mal à gérer ses sentiments et qui est sujet à la solitude et la dépression. Un héros qui ne sait même plus s'il en est un ou s'il s'appelle encore Hawkeye depuis que Kate Bishop porte le même nom que lui.

Aussi attachante que lui, sa protégée tente de forger sa propre identité quand elle n'est pas en train de lui sauver la vie. La relation platonique, presque parentale, qu'il entretient avec elle est aussi tendre qu'authentique et les doutes, les regrets et les erreurs de Clint ne le rendent que plus touchant et humain.

 

photoUn duo irrésistible © 2021 MARVEL


EN LIGNE DE MIRE

La complicité entre Clint Barton et Kate Bishop est aussi évidente que l'alchimie entre Matt Fraction et David Aja, et si cette réinvention réaliste et moderne du personnage est aussi unique et passionnante, c'est d'abord grâce au talent du dessinateur, comme l'a reconnu le scénariste lui-même.

En plus de la tradition d'un héros ancré dans le quotidien, qui a permis à Marvel de se distinguer des autres éditeurs, Matt Fraction a aussi appliqué ce qui est connu comme la "méthode Marvel", un procédé utilisé par Stan Lee et Jack Kirby à leurs débuts pour tenir les délais : plutôt que de fournir un scénario complet, l'auteur résume ses idées en quelques phrases, puis laisse l'artiste libre d'imaginer l'histoire comme il l'entend, et rajoute le texte plus tard.

 

photoQuand une seconde devient une minute © 2021 MARVEL

 

En voyant certaines planches, on ne peut qu'être d'accord avec Matt Fraction et constater que David Aja a pleinement profité de la liberté dont il a disposé pour expérimenter et renouveler la narration, la mise en page et l'art séquentiel en général. Avec son trait épuré, il fait preuve d'une inventivité rare, avec des cases resserrées, des répétitions d'images et des compositions qui tiennent du génie.

Grâce au découpage, l'artiste dilate le temps d'un tir ou d'une scène d'action, s'attarde sur des détails et des expressions avec des gros plans qu'il arrange minutieusement et tire finalement toute la force de la bande dessinée en tant qu'art. Évidemment, ces dessins ne seraient rien sans les dialogues mordants de Matt Fraction ou les couleurs de Matt Hollingsworth, qu'il dissémine avec une simplicité tout aussi trompeuse.

 

photoUne page sublime © 2021 MARVEL

 

La créativité d'Aja s'affirme à partir du numéro 6 et atteint son sommet dans le numéro 11, avec une histoire racontée à travers les yeux du chien Chanceux (ou Pizza Dog) dans un épisode muet, uniquement réalisé avec des icônes, des symboles, des pictogrammes, des diagrammes, dans un minimalisme évoquant Chris Ware, avec plus de douceur et de légèreté.

Un chapitre absolument brillant (justement récompensé du Eisner Award du meilleur numéro en 2014), tout comme le passage où Clint se retrouve obligé d'apprendre la langue des signes quand il devient sourd et que la communication ne passe plus que par les dessins.

 

photoIls sont fous ces humains © 2021 MARVEL

 

David Aja ne s'est pas occupé de tous les numéros et d'autres grands noms comme Annie Wu, Javier Pulido ou encore Francesco Francavilla se sont succédé, mais même s'ils sont aussi excellents les uns que les autres et qu'ils sont parvenus à conserver une certaine cohérence artistique, aucun n'est parvenu à égaler la maîtrise du dessinateur espagnol. Cette fécondité minimaliste se retrouve jusque dans les couvertures, qui rappellent le constructivisme russe, la propagande soviétique et les affiches de cinéma d'époque.

 

photoJoyeux Noël © 2021 MARVEL

 

De Zéro en Héros

Après 22 numéros, Hawkeye s'est terminé à la suite de différends entre les deux auteurs et Marvel (ce qui permettra à Matt Fraction de pleinement se consacrer à son génial Sex Criminals avec Chip Zdarksy), mais leur travail a durablement influencé la ligne éditoriale de l'éditeur, qui a aussitôt voulu réitérer l'exploit avec d'autres personnages.

Quand Jeff Lemire et Ramón Pérez récupèreront l'archer, le duo conservera le ton et l'esprit de leurs prédécesseurs, qui se retrouvera également dans d'autres titres. Il suffit de lire Black Widow de Mark Waid et Chris Samnee, Moon Knight de Jeff Lemire et Greg Smallwood, Ms. Marvel de G. Willow Wilson et Adrian Alphona pour retrouver du Hawkeye de Fraction et Aja dans le texte ou les dessins, avec une histoire simple, des enjeux plus intimes et des héros plus humanisés.

 

photoLe défenseur des opprimés et des chiens abandonnés © 2021 MARVEL

 

Encore aujourd'hui, au moment où Clint Barton, Kate Bishop et Chanceux vont passer du papier à l'écran, le souvenir de l'archer, sa partenaire et leur chien est impérissable. Alors avant le début de la série sur Disney+ le 24 novembre, il faut lire et relire ce comics qui mérite d'être porté aux nues et que vous pouvez commander sur le site de Panini par ici.

Ceci est un article publié dans le cadre d'un partenariat. Mais c'est quoi un partenariat Ecran Large ?

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commentaires
Simon Riaux - Rédaction
24/11/2021 à 14:18

@Résistantacule

Oui, ça fait quoi, un peu plus de 12 ans qu'on chronique des comics.

Vraiment un revirement de dernière minute.

Résistantacule
24/11/2021 à 14:13

Ecranlarge qui lit des comics ,le roi Merlin obligé de vendre de la quincaillerie, Le duc de Bourgogne qui élève des poulets...tout part en saucisses...

#diez
23/11/2021 à 18:36

Ce run a fait de Hawkeye un de mes perso preferé de comics superheroiques.

Haki
23/11/2021 à 13:19

J'avais découvert les premiers chapitres avec les marvel printemps à 5e et j'avais adoré. J'ai commandé le grand bouquin

Thierry
23/11/2021 à 08:14

Ce comics m'a profondément marqué alors que je n'avais que peu d'intérêt pour Hawkeye. C'est remarquable en tout point de vue. Comme vous l'avez mentionné, l'épisode du chien est un petit bijou d'inventivité. Le dessin d'Aja est saisissant. Du grand art !

Kyle Reese
22/11/2021 à 21:00

Je n'ai jamais trouvé ce perso intéressant et surtout j'ai vraiment du mal avec un type dont le seul talent est de savoir tirer à l'arc comme un dieu. En terrain dégagé avec un peu d'espace ok, mais en intérieur, tu te balade avec un arc tu te cogne partout, et puis le temps de recharger etc Bref, ça fait original c'est sur ça change des flingues.

PETITCALIMERO
22/11/2021 à 20:27

Wouaw, meme si tous ces trucs de bds d'ados geeks ne suscitent aucun interet chez moi, il me faut admettre que les planches mises en valeur dans cet article sont vraiment saissantes dans leur composition

Chapeau

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