Test The Quarry : un plaisir coupable gore entre Vendredi 13 et Une nuit en Enfer

JL Techer | 8 juin 2022 - MAJ : 08/06/2022 16:56
JL Techer | 8 juin 2022 - MAJ : 08/06/2022 16:56

Supermassive Games remet le couvert. Après l'excellent The Dark Pictures Anthology : House of Ashes édité par Bandai Namco, le studio signe son premier titre pour le compte du géant 2K Games avec The Quarry, un survival horror qui brouille encore un peu plus la frontière entre jeu vidéo et film interactif. Critique garantie sans spoiler majeur.

Souviens-toi la cabane de l'été dernier dans les bois

Une bande de jeunes animateurs de colonie de vacances, un grand feu de camp, des chalets perdus au fin fond des bois, une menace presque invisible, des gamines qui hurlent dans les bois et des rednecks. À quelques éléments près, l'impression de prendre les mêmes ingrédients et de resservir le même cocktail que celui qui a servi à concevoir Until Dawn flotte autour du The Quarry de Supermassive Games. Les premières previews donnaient même à penser que le dernier titre des Anglais serait une sorte d'Until Dawn 2.

Les développeurs se seraient contentés de reprendre la même recette, et de transporter le concept d'Until Dawn d'une montagne enneigée à une forêt proche d'un lac. La structure en elle-même n'a pas changé : les joueurs prennent tour à tour le contrôle des neuf protagonistes de l'histoire, afin de tenter d'échapper à la mystérieuse menace qui pèse sur eux et de survivre à leur dernière nuit dans le camp de Hackett's Quarry. Même si sur le papier cette impression de déjà-vu semble justifiée, rien ne saurait être plus faux.

 

The Quarry : photo"On se raconte des histoires qui font peur ?"

 

Supermassive Games est le studio roi pour semer le doute et pour tromper le public. Avec leur Until Dawn sorti en 2015, les Anglais s'étaient amusés à transformer un slasher classique aux allures de torture porn en une histoire de monstres digne de la Hammer. Une formule à twist qui avait surpris les joueurs et avait propulsé Supermassive sur le devant de la scène vidéoludique. Non content de tromper les joueurs dans leurs jeux, Supermassive est également parvenu à piéger le public dans la vie réelle, en faisant croire à tous que The Quarry serait un Until Dawn 2.

Sous ses allures de survival horror conçu comme un hommage aux classiques de l'horreur des 80's, à la Vendredi 13 ou Sleepaway Camp, The Quarry est en réalité très différent de ce que laissaient entendre ses bandes-annonces et son prologue. Les gredins de Supermassive baladent les joueurs d'un point de départ très axé teen slasher pour basculer peu à peu dans une ambiance poisseuse à La colline a des yeux avant d'aller flirter avec la folk horror. Plus que jamais, avec The Quarry Supermassive Games prouve qu'il maîtrise le sujet du survival horror.

 

The Quarry : photoQuand on comprend que Supermassive s'est bien moqué de nous

 

Recherches victimes pour relations durables

Du côté du game design Supermassive n'a pas réinventé la poudre. Les Anglais ont conservé leur méthode de conception offrant un jeu très proche du film interactif alternant phases de recherche, de QTE et de dialogues à embranchements. Mécaniques auxquelles s'ajoute le système "Death Rewind" permettant d'éviter la mort d'un personnage. Là où The Quarry se démarque de ses aînés, c'est dans la qualité de son écriture.

Loin des personnages lisses et génériques tout juste bon à servir de chair à canon dans Until Dawn, Man of Medan ou Little Hope, Supermassive a soigné la création de ses protagonistes. Pour la première fois dans un des jeux du studio, les héros bénéficient d'une réelle personnalité. The Quarry offre des personnages bien plus complexes qu'il n'y paraît au premier abord

Jacob (doublé par Zach Tinker), qui passe pour le beauf de service fan de sport est en réalité bien plus sensible et bien moins stupide qu'il n'y paraît. Emma (Halston Sage), derrière son image de bimbo décérébrée est une femme forte et indépendante. Ryan (l'excellent Judge Smith), le fan de podcast horrifique est un jeune homme troublé à l'histoire familiale lourde... 

 

The Quarry : photoQui dit teen slasher dit jeune femme en bikini

 

Si tous ont évidemment le profil de la parfaite victime, ils ont également suffisamment de caractère pour devenir un héros potentiel. Soutenu par un excellent casting, avec David Arquette dans le rôle du propriétaire du camp, Lance Henriksen dans la peau du sinistre Jebediah, Ted Raimi, Siobhan Williams ou Ariel Winter, le soft offre une narration bien plus resserrée et maîtrisée qu'à l'habitude.

Un cap avait été franchi en termes de mise en scène avec House of Ashes, et The Quarry transforme l'essai. Supermassive offre enfin des plans et des compositions d'images conçues avec soin. Le jeu tente des placements de caméra plus osés, en particulier lors des phases dans les bois, et signe un hommage appuyé à Evil Dead grâce à une caméra filant au ras du sol du plus bel effet.

Un énorme travail a été fourni sur la gestion des sources de lumière, avec un clair-obscur qui contribue à une plongée rapide dans l'horreur. Le soft affiche un écrin technique de haute volée, le titre étant splendide. Les gros plans sur les visages des acteurs numérisés sont impressionnants de réalisme, avec un travail de synchronisation labiale colossal (uniquement en VO). Tout cela au service d'un délicieux festival de gore.

 

The Quarry : photoFallait pas le mettre en rogne

 

Plaisir coupable

Le vrai plaisir du jeu d'horreur, c'est ce frisson qui court le long de l'échine au moment d'ouvrir une porte derrière laquelle se cachent des horreurs, ces sueurs froides qui se mettent à perler sur la nuque en entendant les râles d'une créature inconnue. Du côté du film d'horreur c'est le plaisir cathartique de voir des personnages se faire charcuter comme un poulet de Bresse rentrant à l'abattoir. Pour Supermassive, le défi a été d'allier ces deux versants de l'horreur dans un délire vidéoludique gore régressif.

Marque de visite de Supermassive, le jeu dans le jeu consistera à assurer la survie de tout le groupe de djeuns, mais chaque échec, et il y en aura, est l'occasion d'assister tantôt à des blessures graves qui raviront les amateurs de torture porn, tantôt à des mises à mort inventives et particulièrement jubilatoires. Pour sa collection d'exécutions morbides, Supermassive Games est allé chercher l'inspiration du côté des classiques des années 80 et 90 : le Peur Bleue de 1985, Evil Dead, Vendredi 13… Le studio est allé aussi frayer dans les eaux poisseuses des 70's avec Déliverance, et livre même en cadeau bonus une famille de tordus digne des Sawyer de Texas Chainsaw Massacre. 

 

The Quarry : photoUne belle partie de chasse en perspective

 

Décapitation avec tête qui vole dans une gerbe de sang façon fontaine, visage explosé par un fusil de chasse, énucléation, couteau de chasse planté dans les côtes, corps aux lambeaux de chair arrachés, noyade dans un flot de sang, piège à ours qui se referme sur des jambes dans des hurlements de douleur, démembrement à la tronçonneuse, dans un hommage à Ash Williams, os qui craquent, corps disloqués... The Quarry se livre à un véritable bingo de l’horreur.

Mention spéciale à la mise en scène d’une transformation, tant psychologique que physique, avec un éclatement brutal de la peau d’un personnage, qui prend le total contrepied de ce à quoi le cinéma d’horreur a habitué le public. La mutation est graphique, viscérale et brutale, et se fait face caméra dans une explosion d’hémoglobine décomplexée qui aurait réjoui Jackson Pollock.

 

The Quarry : photoTronçonné par un easter egg

 

Malgré ces sanguines réjouissances, le titre reste un brin en deçà d'Until Dawn et d'House of Ashes, la faute à un rythme moins effréné. The Quarry prend son temps, jouant avec la tension, proposant des moments de relâche fin de mieux asséner de grands coups de frayeur à son public, mais perd en efficacité. Qui plus est, l'histoire et les mythes abordés restent un chouïa moins surprenant que ceux de ses deux illustres parents.

Enfin, l'habillage 90s assez stéréotypé du titre n'apporte rien. De son écran titre présentant un écran à tube cathodique et un magnétoscope, à ses différents filtres rétros disponibles dans les options, cet emballage graphique ne concerne même pas le cœur du jeu, et semble avoir été mis là a posteriori de la conception du soft, histoire de surfer sur une tendance rétro artificielle. 

The Quarry sera disponible à compter du 10 juin 2022 PC, PS5, Xbox Series X|S, PS4 et Xbox One. Ce test a été réalisé à partir d'une version PC fournie par l'éditeur

 

The Quarry : photo

Résumé

The Quarry est un très bon cru de chez Supermassive Games. Si les habitués pourraient lui reprocher un manque de prise de risque dans sa forme, et d'être un cran en dessous de House of Ashes, le titre est maîtrisé de bout en bout, offre de beaux moments de tension, et est une belle adresse pour tous les amateurs de frissons.

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Lecteurs

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commentaires
Morcar
08/06/2022 à 18:57

J'avais pas mal aimé "Until Dawn", mais n'ai pas encore essayé les différents jeux de leur anthologie. Celui-ci me tente bien aussi. En plus il y a David "Dewey" Arquette :)

Momo
08/06/2022 à 17:22

Hum je vois merci, je comprend mieux

On est en terrain connu mais avec un rytme moins "intense"

Geoffrey Crété - Rédaction
08/06/2022 à 17:18

@Momo

Justement parce qu'on explique qu'elles sont déjà connues et acceptées quand on aime cette formule bien établie, et donc qu'elles passent au second plan quand on se laisse emporter. Ce qui est le cas de JL ici !

Momo
08/06/2022 à 17:12

Dommage que vous ne développiez pas trop les failles du jeu..car l'ensemble est tres élogieux

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