Test The Centennial Case : a Shijima Story - entre Hitchcock et Sherlock, le renouveau du jeu d'enquête

JL Techer | 16 mai 2022
JL Techer | 16 mai 2022

Le choix de la Full Motion Video pour direction artistique en 2022, une bande-annonce à deux doigts du nanar avec des acteurs à la limite du surjeu permanent, et une ambiance à mi-chemin entre le Professeur Layton et Ace Attorney... Sur le papier, tout cela ne présageait rien de bon pour The Centennial Story : a Shijima Story. Et pourtant, contre toute attente, Square Enix vient briser les clichés et ramener le jeu en FMV dans le 21e siècle. Une surprise de taille.

les petits meurtres d'Haruka Kagami

Le cadavre d’une femme gît dans une pièce close. Elle ne pouvait ni y entrer ni en sortir. Le seul suspect plausible est le cadavre d’une momie vieille de plusieurs centaines d’années, qui serait revenue à la vie grâce à un artefact magique. Rien de tout cela ne semble logique, et pourtant il incombera à Haruka Kagami, autrice de romans policiers à succès, de venir démêler le vrai du faux et mettre sous les verrous celui ou celle qui est l’assassin.

Avec ses énigmes qui tiennent tout autant de Gaston Leroux que de Conan Doyle et des aventures de Tintin, The Centennial Case : a Shijima Story est un véritable ovni vidéoludique qui mettra en ébullition les neurones des joueurs. Malin, habile et intelligent, le titre de Square Enix porte la marque de ses immenses créateurs : le réalisateur Koichiro Ito (Metal Gear Solid V) et le producteur Junichi Ehera (NieR : Automata). Deux esthètes dont la marque de visite consiste à se jouer des codes du jeu vidéo, et qui s’amusent ici à twister les poncifs du jeu en FMV et du roman policier.


The Centennial Story : a Shijima Story : photoSympa l'ambiance

 

Le principe d'enquête est extrêmement simple, mais pas simpliste : au travers de cinq affaires, il faudra élucider le mystère de l’étrange malédiction qui pèse sur la famille Shijima et du secret du Tokijiku, le fruit censé octroyer la jeunesse éternelle. Ito et Ehera ont réussi à créer un titre original, au scénario riche, et aux mécaniques simples, mais diablement efficaces. Pour leur premier titre en commun, les créateurs ont choisi de désosser les mécanismes d'une enquête policière classique pour la découper en quatre phases de gameplay distinctes. 

Pour chacune des cinq enquêtes qui composent l’histoire principale, et qui emmèneront les joueurs à différentes époques, la structure restera la même. Tout d’abord une phase d’exposition, avec la découverte du corps ou le fait d’assister au meurtre en direct, puis une phase de collecte d’indices via des échanges avec les divers protagonistes, un passage par le palais mental de l’héroïne (où elle compilera pistes, indices et hypothèses à la Sherlock) et enfin une phase de résolution digne d’Hercule Poirot où les suspects sont tous réunis et confrontés au raisonnement affûté du joueur.

 

The Centennial Story : a Shijima Story : photoCe chapeau est réclamé par la fashion police

 

just One more thing

Malgré une architecture somme toute classique, Square Enix est parvenu à s’affranchir de tous les clichés des jeux en FMV. Loin des tristes heures des navets Night Trap ou Supreme Warrior, The Centennial Case ne néglige pas la notion d’implication de celui qui tient la manette. Finis les clichés de la passivité du joueur, de l’impact limité sur le scénario, ou du pseudo film interactif avec des acteurs aux fraises. La firme japonaise a ramené un splendide coup de vernis moderne sur un produit à la proposition assez risquée. 

Le jeu de Ito et Ehera suit la voie ouverte par les productions indés de Sam Barlow (Her Story, Telling Lies…). Square a décidé de faire confiance au joueur, en son intelligence, et à ses capacités d'observations et de réflexion. Ici, le film interactif n'est pas une fin en soi, mais bien un moyen pour mettre en avant une histoire passionnante de bout en bout, tenue à bout de bras par des acteurs brillants. Mentionnons spécialement les performances de la merveilleuse Nanami Sakuraba (Natsuki Shinahara de Summer Wars) et du brillant Yuta Hiraoka (Fukushu no Miboujin, Enishi: The Bride of Izumo) qui portent littéralement le titre.


The Centennial Story : a Shijima Story : photo
Trop de charisme pour un seul homme

 

Au format visual novel, ou en animation 2D plus classique à la Professeur Layton ou Ace Attorney, le titre aurait été tout aussi bon, soutenu par un script magistral et des dialogues ciselés. Mais le fait d’être en live-action donne une teinte réaliste presque hypnotique au titre. On ne pourra lui reprocher que son doublage anglais nanardesque au possible, qui semble avoir été fait par des amateurs de seconde zone un dimanche matin de en pleine gueule de bois.

Mis à part cet écueil assez incompréhensible au vu de la qualité de l’ensemble du titre, The Centennial Story force à une attention de tous les instants grâce à un système d’indices et de pistes à saisir lors des séquences filmées. Une belle trouvaille qui parvient à happer le joueur dès les premières minutes de jeu. Seront tout aussi fascinés les éventuels spectateurs qui l’accompagnent, car si le titre est avant tout destiné aux amateurs de plaisir solitaire, il se déguste avec délectation à plusieurs, ce qui donnera lieu à de délicieuses foires d’empoigne lorsqu’il s’agira de confronter les théories de chacun sur l’identité du tueur.

 

The Centennial Story : a Shijima Story : photoCe camélia va hanter vos nuits

 

FMV overload

Square Enix n'a pas lésiné sur les moyens pour assurer une crédibilité de tous les instants à son titre. Et c'est là l'une de ses plus grandes forces : le fait de se prendre au sérieux l'ancre dans un réalisme à toute épreuve, renforçant la crédibilité du soft. Qu'il s'agisse de sa direction artistique, du jeu d'acteur irréprochable, des costumes d'époque, de la reconstitution des décors, The Centennial Case transpire de sincérité, et il est impossible de ne pas voir le jeu comme une déclaration d'amour de Square aux classiques du film policier, ainsi qu'aux vrais bons jeux en FMV des années 90, comme Enemy Zero ou The 11th Hour

L'oeuvre de Ito et Ehera s'affranchit presque du format du jeu vidéo et est à considérer comme un véritable film interactif, avec une mise en scène moderne, et une ambiance folle, et ce quelle que soit l'époque à laquelle le jeu transporte son public. On ne pourra reprocher au titre qu'un certain manque d'ergonomie au niveau de la prise en main manette, le format se prêtant plus facilement à un gameplay clavier/souris qu'à une prise en main typée console. 

 

The Centennial Story : a Shijima Story : photoNe pas quitter l'écran des yeux au risque de louper un indice

 

Mais il s'agit là d'un bien maigre défaut au regard de la qualité de vie globale du titre, et de l'ensemble de petites trouvailles destinées à rénover le gameplay de ce type de production : l'avance rapide lors des séquences en live-action, l'accès à tout moment aux lignes de dialogues passées, le système d'hypothèses multiples... Plus encore, on ne peut que souligner la science avec laquelle le titre parvient à gérer une montée crescendo de la tension et des enjeux narratifs. Car aucune des cinq enquêtes proposées ici n'est décevante, toutes ont été pensées avec soin, leurs solutions et twists ne déçoivent jamais.  

Difficile de ne pas saluer cette prise de risque de la part de Square Enix, qui donnait l'impression depuis quelques mois (voire années diront certains) de se reposer sur ses lauriers et de se contenter d'offrir un service minimum à son public. Après le paresseux Stranger of Paradise : Final Fantasy Origins, et la catastrophe industrielle Babylon's Fall, Square prouve qu'il est encore capable d'être inventif, et qu'il peut aller sur des plates-bandes où on ne l'attend pas. Une réussite magistrale. 

The Centennial Case : A Shijima Story est disponible à compter du 12 mai 2022 sur Xbox One et Series, PC, PS4 et PS5 et sur Nintendo Switch. Ce test a été réalisé sur PC à partir d'une version fournie par l'éditeur

 

The Centennial Story : a Shijima Story : photo

Résumé

The Centennial Case : a Shijima Story projette la FMV dans une incroyable modernité. Il s'agit de loin du titre le plus rafraichissant du catalogue Square depuis le début de l'année 2022.  Une production surprenante, maline, et qui croit en l'intelligence de ses joueurs, dont on n’attendait pas grand-chose, et qui ressuscite le film interactif avec une sagacité indéniable. Pourvu qu'il ne soit que le premier opus d'une longue série.

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commentaires
Aluka
26/06/2022 à 19:25

Je viens de terminer le jeu et ce qu'il raconte est complètement faux, ne vous inquiétez pas !
Accuser des innocents dans chacune des affaires.. Ce serait vraiment une idée éclaté.

Hiff
22/05/2022 à 19:20

Oh la palme du gros c...

Blablabla
18/05/2022 à 09:51

Le twist final est assez special quand on decouvre que c est notre compagnon qui a tue toutes les victimes, et qu il a lui meme fabrique des fausses preuves pendant chaque enquete pour qu on accuse a chaqur fois des innocents.

A chaque enquete vous penserez avoir trouve le bon coupable, pour au final vous rendre compte que c etait celui qui vous accompagnait qui tirait toutes les ficelles par derriere et qu il vous a pene en bateau. Et vouq ne decouvrirez cela qu a la toute fin du jeu sans jamais vous en etre doute une seule seconde avant.

J ai ete tres surpris quand j ai decouvert cela.
Mais ceci est un tres GROS SPOILER alors je ne vous conseille vraiment pas de lire min commentaire si vous n avez pas encore joue au jeu, sinon cela vous gachera tout le plaisir.
Donc surtout ne lisez pas ce que j ai ecris au dessus si vous avez prevu de jouer a ce jeu.

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