Cannes 2016 : on a vu Pershmerga, la nouvelle carte postale guerrière de BHL

Simon Riaux | 20 mai 2016 - MAJ : 19/08/2020 17:13
Simon Riaux | 20 mai 2016 - MAJ : 19/08/2020 17:13

Devenu à force de contresens, d'erreurs grossières et d'approximations un véritable running gag éditorial, Bernard-Henri Lévy a la générosité de sévir également sur grand écran. Après l'hilarant Serment de Tobrouk, l'artiste-philosophe-auteur-lobbyiste guerrier nous revient avec un film documentaire consacré aux combats menés par les Pershmergas contre Daesh le long des 1000 kilomètres de frontière Syrienne qui les séparent.

Tout d'abord reconnaissons que BHL a probablement écouté les reproches émis à l'encontre de son délirant film justifiant le démantèlement improvisé de la Libye à coups de missiles. En effet, le réalisateur ne passe ici que très rarement devant la caméra et semble beaucoup plus attentif à ne pas cannibaliser son film et son propos. Ainsi, le dispositif de mise en scène, relativement efficace et maîtrisé, se montre régulièrement pourvoyeur d'images fortes, voire de scènes (à l'image de l'introduction) à l'impact indiscutable, le tout enrobé à coups de drones avec un petit côté La Guerre vue du Ciel.

Pershmerga

Mais si l'écueil du grotesque est assez largement évité par BHL, son Pershmerga se vautre dans à peu près tous les pièges que lui tend son sujet. Tout d'abord car si l'auteur est rarement présent à l'écran, sa voix, elle, ne quitte pour ainsi dire jamais le spectateur. Et le commentaire compassé, souvent trop appuyé, quand il n'est pas lénifiant, du réalisateur tient plus de l'invitation à l'automutilation que de la perspective philosophico-poétique. On a bien du mal à rester focalisé sur les évènements et personnages qui nous sont montrés, tant son ton monocorde et sentencieux paraît vouloir nous en éloigner.

Mais le véritable problème du film, dont on ne comprend pas comment et pourquoi il a bien pu être sélectionné à Cannes, qui plus est à l'improviste, demeure sa dimension terriblement putassière. Jouant sur un sentimentalisme parfois ridicule, BHL n'hésite pas à faire des hommes et femmes qu'il croise des personnages, traités comme des héros de fiction. Et le poète de nous murmurer, alors qu'apparaît à l'écran un beau et courageux « général aux cheveux blancs », combien il est en proie à un mauvais pressentiment. Quelques minutes plus tard, sa caméra captera la mort au front du soldat, dans une séquence délirante, où la mort bien réelle d'un homme jetée au visage du spectateur est utilisée comme événement de suspense.

Pershmerga

On se désole devant la fascination – sans doute involontaire – du film pour le combat, pour la guerre, qui transpire dès que la caméra fixe d'interminables raz de marée de flammes, magnifie les mortiers dégueulant leurs munitions. C'est que Pershmerga déploie une fascination malvenue pour ses protagonistes, jouant la carte de la propagande pro-Kurde à fond les ballons. Un parti pris respectable en tant que tel, mais que le film n'assume jamais, préférant se réfugier derrière la posture illégitime du documentaire.

En sus, le général Barzani y est dépeint comme un héros de guerre sans nuance, à la limite du bon samaritain. Lorsque l'on connaît les ambiguïtés de la famille Barzani, notamment son accaparement total des ressources pétrolières, son utilisation d'un islam peu modéré, son aversion des Kurdes Syriens YPG, ses liens douteux avec la Turquie et les Etats-Unis et son enrichissement personnel, il y a de quoi se poser des questions sur le fond du sujet. BHL serait-il (encore) là pour servir quelques intérêts pro européens ?

Pershmerga

Un film qui est censé analyser un peuple aussi emblématique que celui des Peshmergas devrait tout autant se poser les questions sur les volontés lointaines de l'appareil militaire qui y est dépeint. Ici, rien ne vient interroger une propagande locale bas du front, une utilisation des soldats tout azimut, un état d'esprit quasiment sectaire et un financement international quelque peu douteux. Daesh, en ennemi invisible n'y est d'ailleurs jamais décrit autrement que comme l'ennemi à abattre, servant un propos simpliste et orienté. Ce ne sont là que de simples exemples, mais le squelette du documentaire tient sur cette démarche unique et démontre tout l'artifice du procédé.

Enfin, il n'est pas interdit de rire (très) jaune quand Bernard-Henri Levy, comme ivre de lui-même et de son film décrit « chute prochaine de Daesh ». Pour une oeuvre tournée en septembre dernier, soit plusieurs mois avant les massacres de Paris et de Bruxelles, voilà qui relève d'un sens de l'Histoire et d'une rigueur intellectuelle pour le moins limités.

Texte co-signé avec Chris Huby.

commentaires

Dirty Harry
22/05/2016 à 13:17

Mais vous n'aviez pas mieux à faire que d'aller voir ce spot propagandiste ? Parce que donner de l'importance à une cacahuète, elle va finir par se prendre pour un MM's...

Onabeaucoupsouffert
21/05/2016 à 15:23

Antisemite !

Alain
21/05/2016 à 15:21

Petite précision, le film de BHL a été ajouté en cours de sélection et un film d'un real palestinien, lui a été supprimé sous pression du CRIF...

cepheide
21/05/2016 à 14:06

"Daesh, en ennemi invisible n'y est d'ailleurs jamais décrit autrement que comme l'ennemi à abattre"

pourquoi ? t as une autre proposition pour daesh ? a part les exterminer ?

bouseux
21/05/2016 à 12:28

Interressant de voire la haine dans les commentaires qu'inspire bhl,.... J'imagine que ces blaireaux n'auront jamais fais le quart des voyages qu'il a fait, n'auront jamais pris le moindre risque dans leur vie comme il le fait sans en avoir reellement besoin...
Mais bon, se moquer et insulter derriere son telephone c'est tellement plus simple....

Alix84
21/05/2016 à 09:43

Et dire qu'un homme comme lui prétend faire de l'humanitaire alors qu'il constitue à lui tout seul un crime contre l'humanité.
Un homme tellement mauvais et indigeste que ça en devient caricatural.
Sélectionné à Cannes en plus... promouvoir un personnage aussi infect et aussi bas de gamme m'en dit un peu plus sur la nature de cet événement pseudo-culturel...

YunoWhy
21/05/2016 à 03:18

"on ne comprend pas comment et pourquoi il a bien pu être sélectionné à Cannes, qui plus est à l'improviste"

J'ai mis des chocapics plein l'ecran GG

popopopopo
20/05/2016 à 20:39

quel trou du cul ce BHL

Hélène Hémeurtre
20/05/2016 à 18:31

Et bien EcranLarge, il y en a qui se sont fait assignés à résidence pour moins que ça. Bientôt, visiter ce site sera considéré comme une apologie du terrorisme.

adoy
20/05/2016 à 18:30

comme dirait le petit gars de BHL : AAAAssshooole !

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