Festival du film fantastique de Strasbourg 2011 : Jour 6

Tonton BDM | 17 septembre 2011
Tonton BDM | 17 septembre 2011

FEFFS 2011


Une auto-fiction en mode Gonzo et en huit épisodes

par Alexandre Dumas Tonton BDM


Épisode VI


Ce matin, j'ai été réveillé par un type que je connais pas, qui a lourdement insisté en frappant à de nombreuses reprises à la porte de ma chambre : « C'est toi qui t'est tapé la pute dimanche soir ? Fais gaffe, il parait qu'elle a des morpions » me balance-t-il tout de go, en me filant un vaporisateur qu'il destinait probablement à mon abondante toison pubienne. Mal réveillé, et alors qu'il s'éloignait dans le couloir en se bidonskant, j'ai tenté de l'atteindre physiquement en lui jetant dans le dos son flacon déshonorant, rempli de je ne sais quel produit anti-parasitaire, mais je l'ai malheureusement loupé. Il faisait bien sûr, et comme nombre de jaloux avant lui, référence à Chloé, la belle Chloé avec qui j'avais passé une nuit torride le soir de mon arrivée à Strasbourg (voir épisode I). Chloé que j'ai d'ailleurs revu hier, et c'est pas parce que je tease à mort sur son retour depuis quelques jours qu'il ne faut pas lire les comptes-rendus de films, bande de petits coquinous : l'important, c'est le Festival Européen du film fantastique de Strasbourg, et pas mes sordides histoires de cul entre deux portes battantes à l'arrache dans un hôtel friqué. Faut recentrer le débat là, quoi. Sinon, rien à voir, mais vous avez peut-être déjà remarqué ça : quand votre gamin rentre de l'école et que la maitresse nous a gentiment prévenu que « y'a un cas de poux à l'école monsieur BDM », hé ben le soir, la tête se met à vous gratter. Hé ben j'ai beau avoir une confiance absolue dans la moralité de Chloé, il suffit qu'on vous parle de morpions... Pour que ça vous mette à vous gratter, quoi. Mais recentrons le débat, focus à mort sur le Festival Européen du film fantastique de Strasbourg, d'ailleurs histoire d'être bien focus, on va faire un lancement comme sur les sites ricains. Vous êtes prêts ?


Tonton a-t-il chopé des morpions ? Retrouvera-t-il l'élue de son coeur dans une ville où c'est tous les soirs la fête de la saucisse ? Vous découvrirez la réponse à cette question - et plus encore ! - dans quelques instants. Comme on le dit aux États-Unis... Read more... after the jump !


 

Mon dieu, que de drôlerie, parfois j'en reste coi. Bon allez, en selle, et avant de digresser gaiement, abordons un instant les projections matinales :

 


Le petit poucet (Marina de Van, 2011) - Téléfilm produit pour Arte, ce Petit Poucet signé Marina de Van affiche malheureusement les stigmates habituels des téléfilms français (peu de place pour les répétitions ou les prises recommencées cent fois, décors un peu cheapos, ensemble très figé) et ne permet jamais à la réalisatrice de Dans ma peau de laisser parler sa folie et sa déviance habituelle. On la reconnaît au détour de deux ou trois idées, mais globalement, le film manque de personnalité, et s'enferme dans une adaptation beaucoup trop littérale du conte de Perrault. 1,5/5

 


Livide (Julien Maury et Alexandre Bustillo, 2011) - Fourre-tout, hétéroclite, incompréhensible, raté... Voici pèle-mêle les réactions de la presse à la sortie de la projo de Livide. Tout en reconnaissant la validité de quelques-uns des arguments des détracteurs du film (ce qui, mine de rien, n'était pas le cas quand je suis sorti de la projo presse de Conan), force est de constater que moi, perso, je le tiens mon Grand Prix : un film gothique puissant, rempli de défauts mais unique et très attachant. J'ai vibré, j'ai flippé, j'ai trouvé ça sublime : visuellement très abouti, bien interprété, bien rythmé, le film de Julien Maury et Alexandre Bustillo envoie le bois sévère de sa race (oui, je l'avoue, n'étant pas dans le cadre rigide d'une critique classique, j'en profite un peu, blog style). 4/5


L'après-midi, je m'étais calé une interview d'Agnès Merlet, charmante réalisatrice du Fils du requin et de Dorothy. J'étais absolument crevé mais j'ai découvert une femme intéressante, perfectionniste et pleine de doutes. Après l'entretien, alors que j'errais sans but dans les rues de Strasbourg, j'ai recroisé Chloé (voir épisode I), par le plus grand des hasards. Elle attendait devant un bar et j'ai bien senti dans son regard quand elle m'a vu m'approcher l'inquiétude diffuse de la femme qui a peur de tomber amoureuse, voyez. On a donc commencé à discuter, sous l'éclairage rose des néons qui lui donnaient un teint presque irréel. Elle semblait mal à l'aise, et s'est excusée d'être partie un peu précipitamment lundi. « C'est pas grave, je sais ce que c'est » lui dis-je avec un sourire entendu, un petit clin d'œil et en lui donnant un petit coup de poing sur la joue, comme on le fait à un enfant pour lui montrer notre bienveillance. Cela dit, mal à l'aise ou pas, on est bien resté une dizaine de minutes à discuter sur ce coin de rue. Tiens, me dis-je alors que Chloé est partie saluer un ami qui passait au volant de sa voiture, ce bar recherche des hôtesses, c'est bien en cette période de crise. Le métier de barmaid est sympa, en plus. Enfin je crois. Chloé revient, semblant toujours vaguement gênée, et aux aguets dés qu'une voiture passait dans la rue. « Ben, qu'est ce qu'il y a ? T'attends quelqu'un ? » « Nan nan » m'assure-t-elle. « Le prince charmant peut-être ? » Oui, je sais, je suis drôle et subtil. C'est ça la classe. « Ouais, c'est ça » qu'elle me répond. Je décide de lui raconter mes mésaventures de la semaine : mon enveloppe de fric oubliée, la bouteille de champagne renversée sur Romero après que je lui aie collé le bouchon dans l'œil et ma fourchette dans le bras (quel maladroit), le fait d'avoir engueulé Lucky McKee parce que je l'avais pris pour un geek Star Wars, tout ça... Rien ne semble briser la glace aujourd'hui. « Et mon T-shirt, tu l'aimes pas mon T-Shirt ? ». Un T-shirt Death Sentence. Moi j'dis c'est la classe quand même, mais elle feint de ne pas succomber. Merde alors. Ah tiens, encore un copain qui vient lui parler à la fenêtre de sa bagnole. Populaire la gonzesse. Va falloir que je fasse des efforts pour me socialiser un peu si jamais ça va plus loin entre nous. Bien décidé à repasser plus tard, je lui annonce que je vais prendre congé, puis me vient en tête une question : « Dis au fait, tu sais pas où il y a une agence Western Union ? Mon adorable rédac' chef vient de m'envoyer une rallonge, il faut que j'aille la retirer. » Et là, sans doute affolée par l'annonce de mon départ immédiat, elle craque : « Je t'accompagne ! »


Souvent femme varie, dit-on. Chloé en est la preuve vivante : en l'espace de quelques instants, elle est passé de l'indifférence, qu'elle feignait afin de ne pas souffrir, à la promiscuité la plus, hum... Dois-je vraiment finir cette phrase ? En fouillant mon portefeuille, elle tombe sur mes invitations pour Take shelter et Theatre Bizarre, « oh la la j'adooooooooore les films d'horreur, tu m'emmènes, dis, tu m'emmènes ? » « ah mais non Chloé, moi tu sais, je suis un professionnel, pas question que je mélange boulot et plaisir, pas question. Non, jamais de la vie. » « oh mais si tu veux je pourrais te s[CENSURÉ AFIN DE PRÉSERVER NOS JEUNES LECTEURS] et en fait, si on peut s[NON, NON, NON]e te laisserai même me la c[MAIS C'EST PAS VRAI ÇA S'ARRETE QUAND CES COCHONNERIES]es pieds. » « Bon, d'accord, je vais te chercher des places. »


Dans la file d'attente, on échange quelques mots avec Miguel Angel Vivas, le bavard réalisateur de Kidnappés (voir épisode V). Quand on évoque rapidement le cinéma populaire espagnol, il nous explique détester la saga Torrente, et ne pas comprendre ce qui intéresse les gens dans l'humour de Santiago Segura. On est définitivement pas faits pour s'entendre.

 


Take shelter (Jeff Nichols, 2010) - Comment dire... Pour trouver un exemple simple et percutant, ce film, c'est un peu comme des préliminaires qui s'éternisent. Quelques années après Bug, Michael Shannon nous refait le coup de la maladie mentale, mais disons qu'il a beau être bon, très bon même (oh oui qu'il est bon), hé bien rien n'y fait, le film ne décolle jamais. Merde alors. Du coup, on a la fâcheuse impression d'un coïtus interruptus : ça commence bien, et ça ne ne parvient jamais à atteindre son but. Ce qui est toujours désagréable. 2/5

 

 


The Theatre Bizarre (Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini, Richard Stanley, 2011) - Ah putain, quel pied par contre. Retrouver Richard Stanley après plus de quinze ans sans nouvelles, c'est un véritable orgasme. Les différents sketches, inégaux mais toujours durs et parfois un peu dégueulasses, s'enchainent sans temps mort pendant presque deux heures, les baisses de régime ne durant jamais longtemps : on sent l'expérience et le savoir faire des gens derrière la caméra, qui savent faire repartir la machine en deux coups de cuillère à pot. De la belle ouvrage. 4/5


A la sortie du cinéma, on est rejoints par le frère de Chloé, qui, m'a-t-elle dit, devait récupérer ses clés. Après avoir discuté quelques minutes en privé avec lui, il nous quitte. Sur la route en direction de ma chambre, elle me le décrit comme quelqu'un de très protecteur. Marrant comme il ne lui ressemble pas du tout physiquement...


Bon ensuite, vous m'excuserez hein, mais ma pudeur m'empêche de vous raconter la fin de ma soirée. Si vous voulez en avoir une idée, hé bien ouvrez un SAS à n'importe quelle page et ça fera l'affaire. Ce matin au réveil, Chloé avait à nouveau disparu et j'étais menotté au lit : j'ai du me gourer quelque part. Une fois que le serrurier sera passé, je pars rencontrer l'équipe de Livide. J'ai deux trois questions capitales à leur poser. A demain !

 

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