La Nuit américaine, Le passe-montagne... l'acteur-réalisateur Jean-François Stévenin est mort

Salim Belghache | 28 juillet 2021 - MAJ : 28/07/2021 17:56
Salim Belghache | 28 juillet 2021 - MAJ : 28/07/2021 17:56

Grand second rôle du cinéma français, mais également réalisateur singulier, Jean-François Stévenin est mort à l'âge de 77 ans.

Figure du cinéma français des années 70, Jean-François Stévenin “s’est bien battu” comme l’a annoncé son fils Sagamore Stévenin, mais l’acteur et réalisateur est malheureusement décédé le mardi 27 juillet à l’âge de 77 ans. Résumer la carrière de Jean-François Stévenin n’est pas chose aisée, puisqu’il a tourné dans plus de cent films en tant qu’acteur et a réalisé trois longs-métrages remarqués pour leur audace formelle.

En plus de cela, Stévenin a travaillé avec à peu près tout ce qui s’est fait de bon dans le cinéma d’après-guerre. D’abord assistant-réalisateur sur plusieurs de leurs films, les grands cinéastes français dont François Truffaut et Jacques Rivette l’ont ensuite casté pour jouer des seconds rôles très inspirés. On a pu notamment croiser le visage de Jean-François Stévenin dans le très long Out 1, noli me tangereL'enfant sauvage et dans la mise en abyme du cinéma : La Nuit américaine, où il campe un assistant-réalisateur du nom de Jean-François.

 

photo, Jean-François Stévenin, François TruffautAux côtés de son ami François Truffaut

 

Par la suite, il a continué sa carrière d’acteur aux côtés des cinéastes de sa génération, tels que Jean-Luc Godard (Passion), Jacques Demy (Une chambre en ville), Bertrand Blier (Tenue de soirée), ou bien Jean-Pierre Mocky dans pas moins de cinq films. Par ailleurs, Jean-François Stévenin a fait quelques apparitions dans des productions américaines et donné notamment la réplique à Sylvester Stallone et Michael Caine dans À nous la victoire, mêlant football et film de guerre.

Entre temps, il a débuté une carrière de réalisateur dont le travail a été récompensé en 2018 d’un Prix Jean Vigo d’honneur. Son chef-d’œuvre, Le passe-montagne, est sorti en 1978. Il y joue le rôle principal en compagnie de Jacques Villeret, dont c’est certainement le meilleur rôle. Inspiré du travail de John Cassavetes, Jean-François Stévenin y livre un portrait saisissant du Jura et de deux hommes en passe de devenir ami.

 

photo, Jean-François Stévenin, Jacques Villeret"Salut mon pote."

 

Et c’est cet esprit post-68 où la rencontre avec l’autre est essentielle qui l'a rapproché du cinéma de Jacques Rozier, d’Alain Cavalier (dont il a été le second assistant pour La Chamade) voire de Maurice Pialat. Plus tard, il a revisité le polar avec Double messieurs, dans lequel le trio d’acteurs hauts en couleur composé de Jean-François Stévenin, Yves Afonso et de Carole Bouquet crucifie l’écran. Enfin, Mischka a presque fait office d’œuvre testamentaire avant l’heure avec la présence de trois de ses enfants (SaloméPierre, et Robinson Stévenin) et de sa seconde femme Claire Stévenin à diverses séquences du long-métrage.

Et s'il a souvent été affilié au cinéma d’auteur français, Jean-François Stévenin a pourtant une carrière d’acteur diversifiée, lui qui a fréquenté plusieurs sensibilités artistiques. Toujours prêt à travailler avec les nouvelles générations, il a pu collaborer avec des cinéastes opposés comme Laetitia Masson (Love me), Eric Rochant (Les Patriotes), en passant par Christophe Gans avec qui il fera partie de l’aventure extraordinaire du Pacte des loups.

 

photo, Jean-François StéveninL'esprit de famille à la française

 

Pour terminer une immense carrière, Stévenin sera à l’affiche de l’adaptation du roman d’Honoré de Balzac, Illusions perdues réalisée par Xavier Giannoli qui sera présenté en compétition à la Mostra de Venise en septembre prochain. Et on espère que le festival italien se fera un plaisir et un honneur de rendre hommage à sa lueur qui traversa une grande partie de l’histoire de cinéma sans faire trop bruit, mais avec talent.

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commentaires
Mx
29/07/2021 à 15:52

Exact, pour moi c’est total western, ou il joue le rôle du directeur du centre, d’ailleurs, total western c’est totalement le genre de films qui mériterait un article dans la rubrique pas si nul que sa.

Ray Peterson
29/07/2021 à 10:29

Un grand acteur et monsieur avant tout. Plein de malice et de gentillesse.
Histoire de ne pas citer toujours les mêmes films, je l'avais beaucoup apprécié dans "Total Western" de Rochant. Salut l'artiste!

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