Cannes 2019 : Parasite électrise la Croisette et s'impose comme un méchant coup de coeur

Simon Riaux | 22 mai 2019 - MAJ : 22/05/2019 18:54
Simon Riaux | 22 mai 2019 - MAJ : 22/05/2019 18:54

Entre un achat par Netflix qui fit diversion et un propos qui laissa sur le carreau une bonne partie de la critique, Okja, dernier passage de Bong Joon-ho sur la Croisette en 2017, ne fut pas de tout repos. Il revient en 2019 avec Parasite, son premier long-métrage “réaliste” depuis Mother en 2009, ce métrage accueilli avec enthousiasme à Cannes peut-il repartir avec la Palme ?

 

 

MEMORIES OF ARNAQUE

Quand Ki-woo entrevoit l’opportunité de donner des cours d’anglais à la fille d’une riche famille, sa famille, qui survit d’arnaques et de combines minables, le pousse à tirer le meilleur parti de la situation. Mais ce qui démarre comme un stratagème rémunérateur et presque innocent va prendre un tour aussi terrible qu’inattendu.

Avec pareil point de départ, on imagine que Bong Joon-ho va à nouveau se pencher sur des conflits de classe, et en examiner la lutte sanglante. Si ces éléments sont depuis toujours au programme de sa filmographie, il les agence bien différemment dans Parasite.

 

photoUn frère et une soeur plus que débrouillards

 

Quand le dispositif théorique a parfois beaucoup alourdi les récits du cinéaste, on sent ici un désir manifeste de sacrifier une forme de finesse analytique pour maximiser la puissance du propos. Ainsi, il faut moins de dix minutes à Parasite pour établir ses grands principes, dévoiler un élément perturbateur, et complexifier à l’extrême la situation, le tout avec un humour dont la férocité laisse pantois.

La mise en scène se consacre intégralement à la lisibilité de l’espace et à la manipulation de la géographie, autorisant le spectateur dès les premiers instants à saisir les enjeux du décor presque unique du film, tout en le dupant avec une malice revigorante. Moins compositeur d’images obsédantes que sur ses précédents films, le cinéaste lance toutes ses forces dans la bataille de l’intensité narrative, soignant son montage et le tempo interne des séquences afin de multiplier les moments de tension paroxystiques.

 

photoUn riche couple, pas tout à fait au bout de ses surprises


MONEY-PIERCER

Ce qui permet au film de retrouver la verve politique de son auteur, c’est l’intelligence maniaque de sa construction. Truffé de symboles, d’images se faisant écho les unes aux autres, Bong Joon-ho transforme progressivement sa comédie sardonique en chronique sociale horrifique, où l’humiliation des travailleurs se fait moteur de la violence à venir.

Ainsi, dès la première séquence, apparaissent les insectes auxquels va inconsciemment s’identifier la famille de Ki-taek, jusqu’à se transformer littéralement en rampant lors d’une séance de cache-cache aussi hilarante que génératrice de tensions.

 

photoSong Kang-ho

 

Grâce à ses bouffées de suspense implacablement orchestrées, la mutation du métrage s’opère presque au corps défendant du spectateur, qui réalise à la faveur d’une séquence torrentielle combien Parasite a sombré dans la tragédie. Peu importe dès lors que son épilogue s’attarde un peu, ou que le metteur en scène sacrifie son goût de l’ambivalence sur l’autel du choc.

Le film jouit d’une si remarquable puissance d’arrêt (l’usage des odeurs est à lui seul une source de sidération perpétuellement renouvelée), alliée à une irrésistible ludicité, qu’il s’impose comme une des plus fulgurantes propositions de Bong Joon-ho et un des métrages les plus rassembleurs de cette célébration cannoise.

 

résumé : comédie horrifique, satire sociale, Parasite amuse, émeut et ravage, avec une colère électrique, doublée d’un sens du rythme irrésistible. 8/10

 

Affiche

commentaires

captp
24/05/2019 à 10:54

je n'ai pas critiqué Netflix, juste pointé du doigt le niveau assez exceptionnel de cette édition cannoise .
mais ... je dois avouer que je suis pas loin de l'avis du camarade Slaine.
Roma ,même si a titre personnel il m'a impressionné graphiquement mais terriblement ennuyé , est quand même l'arbre qui cache la foret. certes il a le mérite d'exister mais il est loin d’être représentatif du répertoire netflix.il sert de cheval de Troie pour les défenseurs de leurs productions mais si on le retire il ne reste rien d’inoubliable pour l'instant.
Je suis totalement suisse concernant la guerre cinéma/netflix ,je pense que les deux peuvent coexister et qu'un grand film est un grand film chez soit ou au ciné mais je trouve quand même qu'on commence a avoir maintenant le recul nécessaire pour dire que les productions netflix c'est pas ouf du tout.
j’espère énormément que le prochain scorsese marquera le début d'une nouvelle ère pour netflix plus qualitative.

flexdu33
23/05/2019 à 17:45

@Captp Roma pas si mal quand même ?

Slaine
23/05/2019 à 11:31

@ Captp

Je te rejoins complètement

La meilleure des réponses cannoise à la polémique NETFLIX,...dont on attend toujours le premier GRAND FILM!!

Captp
22/05/2019 à 22:29

C'est un truc de malade ce festival.
J'ai souvenir de certain avec plusieurs grands noms mais dont les films étaient pas forcément au top mais là j'ai l'impression que tout ce beau monde à rendu une copie quasi parfaite 8/
Cest simple j'ai envie de presque tous les voir

Alexandre Janowiak - Rédaction
22/05/2019 à 21:52

@Mass Lunar,

vous n'allez pas avoir à patienter longtemps puisque le film sort dès le 5 juin prochain !

Belle soirée

MassLunar
22/05/2019 à 20:36

Aaaaah un nouveau film de Bong Joon-Ho, c'est la promesse d'un bel été ponctué par une douce brise printanière qui vient flatter nos orbites délicats...

Ecran Large, savez-vous quand est ce que ce film sera diffusé au cinéma ? Merci :)

Terminéator
22/05/2019 à 19:54

Vraiment hâte de le voir . Qu'on aime ou pas ses films , le réalisateur a au moins le mérite de toujours proposer un parti pris in(triguant)téressant. Pour moi la plupart de ses œuvres sont juste de petits chef d'œuvres ;D

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