Sacha Gervasi, l'homme derrière Hitchcock

Laurent Pécha | 6 février 2013
Laurent Pécha | 6 février 2013

Pour mettre en scène, Hitchcock, un épisode de la vie d'Alfred Hitchcock, celui qui aboutit à la création de Psychose, on a fait appel à un réalisateur peu expérimenté, Sacha Gervasi, auteur de Anvil en 2008, un documentaire très remarqué sur un groupe de rock et leurs galères pour tenter d'être célèbre. Si d'autres cinéastes plus prestigieux se sont penchés à un moment sur le projet (Spielberg, Scorsese,...), Gervasi explique que, si comme tout le monde il adore Hitchcock et l'a longuement étudié lors des ses cours à UCLA, il s'est senti proche de l'histoire : « j'ai bien compris cette histoire d'un homme qui était prêt à risquer sa réputation et tout son argent pour pouvoir offrir quelque chose qui allait fasciner le public. D'une certaine manière, c'était déjà l'histoire de Anvil. »

Le cinéaste rajoute qu'il « voulait vraiment raconter cette belle histoire d'amour entre Alfred Hitchcock et sa femme, Alma, une histoire à laquelle ne s'attend pas le public. » Pour se défendre face à la concurrence, Gervasi met en avant ses origines anglaises : « le fait d'être un anglais à Hollywood comme Hitchcock le fut en son temps, m'a permis sans doute de mieux capter l'ironie de la situation, peut être mieux qu'un réalisateur américain aurait pu le faire. »

On imagine bien toute la pression qu'a du gérer Gervasi lorsqu'il a fallu mettre en place le casting du film. Et notamment le fait de se retrouver face à la légende, Anthony Hopkins. Ce que confirme le réalisateur : « j'étais extrêmement nerveux la première fois que je l'ai rencontré et la première chose qu'il me dit, c'est qu'il a vu trois fois Anvil et que c'est un grand fan du film. J'étais totalement surpris. Il m'a même demandé des nouvelles du groupe. »

Mais ce n'était pas tout à fait la première fois que les deux hommes se rencontraient. Et Gervasi de confier qu'il y a 20 ans de cela, Hopkins était venu parler à des gens en cure de désintoxication. Parmi eux se trouvait le réalisateur d'Hitchcock.  Quand il a rappelé cela à l'acteur et le fait que ce dernier leur avait donné comme conseil que tout était possible dans la vie, Hopkins eut comme une sorte d'envie supplémentaire de faire le film afin de prolonger ce que tous les deux ressentaient comme quelque chose de magique.

Concernant l'association inédite entre Hopkins et Helen Mirren, Gervasi se dit « étonné » qu'ils n'aient effectivement jamais travaillé ensemble par le passé malgré plusieurs tentatives pour le faire. Le réalisateur avoue ne pas avoir fait faire d'essais aux deux acteurs. « Je n'avais pas besoin de les voir ensemble, je savais que non seulement ils étaient géniaux mais que l'alchimie entre eux allait être évidente. Pour preuve, le premier jour des répétitions, ils ont lu une scène ensemble et c'était juste brillant. On avait l'impression qu'ils formaient un couple depuis une éternité. »

Obtenir l'aval de Scarlett Johansson pour le rôle de Janet Leigh fut une toute autre affaire et le réalisateur d'avoir préparé tout un dispositif pour tenter de la convaincre : « Nous savions qu'elle avait lu le scénario et qu'elle était, peut-être, intéressée. Mais nous n'étions pas sûrs qu'elle puisse le faire. Un jour qu'elle devait passer chez moi, j'ai demandé à Anthony Hopkins de venir également pour m'aider à la convaincre de faire le film. En l'attendant, nous nous sommes mis à répéter. Scarlett est arrivée plus tôt que prévu, ma femme lui a ouvert et quand elle nous a découvert en pleine répétition, elle nous a dit « ne vous arrêtez pas, puis-je regarder ce que vous faites ? ». Et la première réunion pour tenter de la persuader s'est ainsi transformée en une séance de répétition de 4 heures. »

Une fois le casting établi, il a bien fallu passer au tournage et l'expérience qu'en garde Gervasi est pour le moins enthousiasmante : « Ce fut fantastique, bien meilleur que ce que j'espérais. Ce fut à la fois plus difficile et plus facile que ce que à quoi je m'attendais. Tout paraissait naturel mais il y a eu de nombreuses difficultés que je n'avais pas du tout prévues. J'ai aimé la pression que fait naître ces challenges à relever. Il faut dire aussi que d'être entouré d'acteurs qui font partie des meilleurs du monde, cela rend les choses plus faciles. Mon job est alors de parvenir à créer un environnement qui leur permet de donner le meilleur d'eux mêmes. »

Et quand on lui demande si l'expérience du film lui aura permis d'apprendre quelque chose sur Hitchcock qu'il ne connaissait pas, Gervasi avoue qu'il a été surpris d'apprendre entre autre cette anecdote sur la manière dont Hitch se faiser livrer de la nourriture : « Il avait l'habitude de faire venir par avion de la nourriture de Paris. Cela coûtait, je crois, 900 dollars par voyage. A cette époque, c'était une sacré somme d'argent. Cela doit représenter aujourd'hui 10 000 dollars. C'est quelque chose de totalement extravagant. »

Pour finir, lui qui n'est désormais plus un novice à Hollywood, aurait-il un conseil à donner aux futurs débutants ? « Outre le fait qu'un jour Tom Hanks m'a dit qu'il fallait changer ses chaussures à la pause déjeuner, je ne peux que vous citer cet excellent conseil d'un cinéaste que je ne nommerai pas : 'Ne jamais oublier ce qu'ils t'ont fait, ne jamais leur montrer que tu t'en souviens'. »

 

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