Le mal-aimé : Resident Evil de Paul Anderson

Geoffrey Crété | 24 avril 2016
Geoffrey Crété | 24 avril 2016

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. Cette semaine : Resident Evil de Paul Anderson.

 

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"Si seulement il y avait un anti-virus pour ce genre de film" (USA Today)

"Paul Anderson s'est fait piéger par le virus du grotesque" (Le Figaroscope)

"Tous les rôles masculins ressemblent à Freddie Prinze Jr." (L.A. Weekly)

"Toujours meilleur que l'adaptation de Tomb Raider" (Les Cahiers du cinéma)

"On hésite entre jouer le jeu et appuyer définitivement sur la touche 'pause'" (Télérama)

"Puisque le dernier laser est impossible à éviter, pourquoi les précédents lasers ? Le couloir a t-il un sens de l'humour ?" (Roger Ebert)

"Miss Loréal phagocytée par Lara Croft, Besson vs Space invaders, le tout recouvert d'une bande-son métalo-gothique" (Chronic'art)

   


 

LE RESUME EXPRESS

Dans un laboratoire secret d'Umbrella Corporation, le T-Virus est volé. Contaminée, l'installation est vérouillée par la Reine Rouge, l'IA en charge de la sécurité, qui tue tout le monde.

Alice (Milla Jovovich) se réveille nue, amnésique et mouillée dans un manoir. Elle enfile une robe de défilé et tombe sur un commando armé qui lui apprend qu'elle travaille pour Umbrella. Elle est embarquée avec eux pour découvrir ce qui s'est est passé dans le labo sous-terrain.

Ceux qui arrivent en un seul morceau jusqu'à la Reine Rouge apprennent la vérité sur les événements avant de dévérouiller les portes. Bingo : les zombies sont lâchés. Michelle Rodriguez est mordue, Milla castagne des chiens et commence à retrouver sa mémoire (elle était une espionne, et donc une gentille).

Les survivants découvrent qu'ils n'ont plus qu'une heure avant que la Reine Rouge scelle (encore) le laboratoire. Alice se souvient qu'il existe un anti-virus, et va le chercher pour sauver Michelle. Le méchant traître se révèle, mais est tué par une bête. Alice prouve qu'elle est définitivement gentille en refusant de tuer Michelle, comme l'exige la Reine Rouge. 

Les derniers survivants prennent un train vers la sortie, et affrontent Michelle qui se transforme en zombie, et le Licker de Resident Evil 2. Les deux sont tués. Dans le manoir, des hommes en blouse blanche capturent Alice et l'autre survivant, blessé par le Licker, et donc parfait pour "le programme Nemesis" (wink wink).

Alice se réveille nue et amnésique dans un autre labo. Elle découvre une ville déserte. Bienvenue à Raccoon City, frappée à son tour par le virus. Travelling mémorable. Fin.

 

Resident Evil Alice

 

LES COULISSES

Dès 1999, l'évidence : George Romero travaille sur une adaptation du premier Resident Evil et livre à Sony et Capcom un scénario qui reprend les grandes lignes du jeu culte. Version chez Capcom : "Son scénario n'était pas bon, donc il a été viré". Version de Romero : "Je ne pense pas qu'ils voulaient être dans l'esprit du jeu vidéo, mais qu'ils voulaient plus faire un film de guerre. Donc je pense qu'ils n'ont jamais aimé mon scénario"

Jamie Blanks (Urban Legend), Stephen Norrington (Blade) et Paul Anderson sont parmi les rumeurs reprises sur les forums de fans. Sarah Michelle Gellar (Buffy) puis David Boreanaz (Angel) également.

En 2000, Resident Evil (d'abord sous-titré Ground Zero pour se présenter comme préquelle) est officiellement en chantier. Avec un message clair : le film ne sera pas une adaptation des histoires des jeux.

Les arguments très solides du réalisateur : "Pour faire peur, il faut que ce soit imprévisible. C'est pour ça que j'ai réinventé l'histoire et les personnages. Il n'y a aucun intérêt à utiliser Jill Valentine puisque les fans savent qu'elle ne sera pas tuée, elle revient dans les jeux.".

 

Resident Evil zombies

 

LE BOX-OFFICE

Succès. Avec un budget de 33 millions, Resident Evil rapporte plus de 100 millions dans le monde, dont une quarantaine aux USA. 

LE MEILLEUR

Que le fan des jeux Resident Evil accepte l'évidence : le film de Paul Anderson n'a plus grand chose à voir avec le matériau. Il y a bien Raccoon City, le manoir, les zombies, une héroïne, et quelques décors (un laboratoire, un train) significatifs, mais l'âme du jeu est totalement absente.

Aucune peur, aucun suspense, aucun mystère : l'adaptation transforme la sombre aventure solitaire sur console, en une série B punchy. Autrement dit : un plaisir coupable un peu bête et très sympathique, qui assume sans honte aucune son aspect de série B décérébrée.

Milla Jovovich en est la grande révélation, rayon badass de podium. A l'époque, Luc Besson est loin et sa carrière hollywoodienne démarre timidement. Le succès phénoménal de Resident Evil en fait instantanément un des nouveaux visages du cinéma d'action, et à juste titre : l'actrice y est parfaitement à son aise, autant dans l'action que dans l'émotion.

Enfin, comment ne pas évoquer le mémorable traveling final ? Décrit avec humour par certains comme la meilleure chose du film, cette dernière image était sur le moment un moment magnifique, qui faisait battre le coeur des fans alors exaspérés par 1h40. Depuis, elle peut être perçue comme la source du mal, et le premier vrai pas d'une longue franchise absurde. 

 

Resident Evil

 

LE PIRE

Ce n'est pas anodin si Paul Anderson a opté pour une tenue sexy et ridicule dans le sillage du troisième jeu vidéo, sans passer par le premier costume plus plausible de Jill : il y a le désir manifeste de pomper une partie des éléments de la saga pour assembler un film ordinaire, sans avoir de vrai respect pour le matériau. Car il ne filme que la partie émergée de l'iceberg : les zombies, le laboratoire secret, l'héroïne sexy. La même grossière erreur que les films Tomb Raider qui, en prenant ce qu'ils pensaient être le principal des jeux, en ont perdu toute l'âme.

Hérésie : le film Resident Evil ne provoque donc aucun frisson, aucune terreur. Les longs couloirs inquiétants, les énigmes étranges et les affrontements sanglants deviennent ainsi des décors peu mémorables et des scènes d'action bruyantes. Si bien que par certains aspects, la chose ressemble plus à une adaptation des derniers (mauvais) jeux Resident Evil, lesquels ont eux aussi abandonné le mystère et l'angoisse.

De Cube (avec Colin Salmon, qui mourra d'une manière similaire dans Alien vs Predator juste après) à Alien, le retour, en passant par Alice au pays des merveilles, Paul Anderson multiplie les hommages plus ou moins malins. Il emballe l'action sans grande inspiration, noie parfois la chose dans une bande son lourde, et ne donne pas vraiment l'impression de lutter contre le fort potentiel Z de certains éléments. D'où l'évidence : Resident Evil n'est objectivement pas un bon film.

 

Photo Milla Jovovich, Resident Evil

 

SCENE CULTE

 



RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

 

 

commentaires

lt
02/04/2018 à 20:08

sympatoche mais pas le meilleur

Kaligula
25/04/2016 à 00:25

@dreamon86
Je ne dirai pas le contraire

Zoom
25/04/2016 à 00:21

@Kaligula
La diversité de chacun fait la richesse de tous.

Kaligula
24/04/2016 à 23:12

@dreamon86
Eh bien, les goûts et les couleurs... Je trouve vraiment sincèrement que le Apocalypse est un nanar sans nom, raté de A à Z ! :)

Zoom
24/04/2016 à 22:55

Le deuxième R E apocalypse reste pour moi le meilleur opus de la saga à ce jour à des années lumières des 4 autres nanars celui-ci inclut.

Kaligula
24/04/2016 à 21:33

@yannski
Non c'est celui là, c'est même cité dans l'article dans les références grossières, vu que c'est bien pompé sur Cube effectivement. Donc ça la rend un peu moins top à mes yeux.

yannski
24/04/2016 à 21:27

pour moi la scène culte c'est les mecs qui se font découpés au laser (ou la scène avec les zombies labradors). Mais c'était peut-être dans un des autres opus...

Rahan les tape
24/04/2016 à 20:44

Avec Blueberry l'une de mes plus grandes frustrations ciné.
Arrêtez de réévaluer ces trucs, ça reste de grosses m** de compétition, la vie est trop courte pour se les taper à nouveau! Parole de Rahan.

Kaligula
24/04/2016 à 20:13

... et je suis bien évidemment d'accord avec Yoda. On ne peut que rêver d'un film solide adapté du premier ou du deuxième jeu.
Franchement le premier était tellement une mine d'or : le huis clos dans ce manoir avec le labo caché, au milieu des montagnes... On pourrait sans trop de difficulté reprendre la trame du commando qui débarque dans la demeure, jusqu'au Tyran.

Cela dit je pense que le studio est plus responsable de tout ça que Paul Anderson. Il a visiblement répondu à l'appel des prod qui voulaient ce type d'adaptation.

Yoda
24/04/2016 à 20:07

Quand j'imagine ce qu'aurait pu etre cette saga si un vrai realisateur avait compris l'essence mm de resident evil... Un vrai survival horror et pas un film d'action fantaisy de merde...

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