Dracula 3D : On a vu 25 minutes !

Laurent Pécha | 20 février 2012
Laurent Pécha | 20 février 2012

 [Mise à jour Cannes] Ce n'est donc pas au marché que l'on avait pu découvrir le film dans son intégralité mais en sélection officielle, à la projection de minuit dans le Grand Palais. On y reviendra plus longuement mais tout ce que l'on écrivait sur le montage vu à Berlin se confirme à un détail près qui a son importance : on avait vu le best of des séquences phares donc nuls et Z du film. Désormais, il faut se taper des tunnels de dialogue qui font le liant entre les éclairs de génie de Dario. Résultat, on s'ennuie à mourir et Dracula 3D de ne plus être cet incroyable défouloir de nos zygomatiques mais simplement un très mauvais film, un de plus dans la filmographie de Argento. Jusqu'au prochain projet !

 

Voilà ce que l'on écrivait à Berlin :

 

En sortant de la projection cannoise de Tree of life, l’auteur de ces lignes avait quelque peu botté en touche en proclamant qu’ « un Malick ça ne se raconte pas, ça se vit ». Devant le montage de 25 minutes de Dracula 3D projeté au marché du film de Berlin, dans des conditions royales (salle de 900 places, écran gigantesque) , l’envie de vous dire que le Argento ne se raconte pas mais se subit, est grande. Car, après avoir testé l’efficacité de la parole face à mes collègues, avides de savoir si la bande-annonce diffusée sur le net était bien en adéquation avec le résultat final, force est de reconnaître que les mots ne sont que peu de choses pour parvenir à cerner le phénomène. Car, oui, Dracula 3D est de la race, rare, des énigmes sur pellicule. Vous savez, ces films dont on se pince pour comprendre le pourquoi du comment, où le mot nanar est beaucoup trop simpliste pour cerner l’animal.




Cela fait bien une dizaine d’années que le père Dario a quelque peu perdu de sa superbe – on est toujours gentil avec l’homme qui vous a procuré quelques unes de vos plus belles peurs cinématographiques – et ceux qui ont survécu aux dernières sorties du réalisateur (Mother of tears et Giallo), ont encore le souvenir d’avoir eu mal aux côtes à force de rire devant l’ampleur du désastre. Qu’ils se préparent donc physiquement à passer à l’étape supérieure car Argento semble s’être surpassé en mettant en scène une adaptation de Dracula absolument unique en son genre.

 


Car, oui, chez Argento, Dracula se transforme en mante religieuse à faire pâlir de jalousie les monstres des 50’s. Et puis tant qu’on y est, Dracula n’est pas qu’un vampire, c’est aussi un loup-garou qu’il sera donc possible d’achever à coups de balle d’argent. Il est comme ça, Dario, généreux dans la mythologie. Pour l’interprétation du célèbre comte, Thomas Kretschmann a du avoir consigne de s’inspirer du Dracula qu’interprétait Richard Roxburgh dans Van Hesling. Le résultat est à la hauteur !

Les scènes présentées avaient beau être courtes, ne permettant une immersion totale dans leur toute puissance visuelle et narrative, il se dégage de ce Dracula 3D un désir de se transformer l’esprit des films de la Hammer en un monument de kitsch. Avec en point de mire, ces fameuses maisons ou trains fantômes que l’on trouve toujours dans les fêtes foraines du monde entier. Au fil des minutes, on finirait presque par s’accommoder de ces toiles d’araignée en sucre, ces caveaux où tout respire le préfabriqué, de ces costumes d’opérettes. Sans oublier ces acteurs qui surjouent la mort avec une justesse dans le faux qui confine au génie dans une séquence où Dracula, en mode Matrix, se déplace dans la pièce pour trancher à tout va – mordre dans le coup, ce n’est pas le genre de ce Dracula là, il éperonne en lançant de l’épée, c’est nettement plus branché.  



Reprenant une formule qui avait fait « fureur » dans Le Fantôme de l’Opéra, Dario filme sa fille, Asia, à poil. Et histoire d’accentuer le côté barré de leur relation, il n’hésite pas à nous montrer que sa chère progéniture a désormais des vergetures sous les seins. Dario, le papa classe ! Quant à sa comédienne de fille, elle confirme qu’elle n’est jamais aussi mauvaise que filmée par son père. Son duel à la mort avec l’ex-Répliquant, Rutger Hauer (en mode touriste perdu), dans une crypte, étant un modèle de grand n’importe quoi. Avec en guise de conclusion anthologique, une mort par combustion via des effets visuels spectaculairement foireux.



Ah le foirage visuel, une vraie marque de fabrique pour ce Dracula là. La bande-annonce indiquait à l’époque que les CGI n’étaient pas finis…il semblerait qu’ils l’étaient puisqu’ils n’ont pas bougé d’un iota et chaque mort, toujours bien visible à l’écran, se fait dans l’hilarité générale. A ce petit jeu, on risque chacun d’avoir son chouchou mais il sera difficilement possible de surpasser le trépas du capitaine des gardes avec ce plan de la balle qui traverse au ralenti la gorge ouverte pour transpercer la tête du malheureux.


 

Pour finir sur ce qui s’annonce comme un événement du mauvais goût filmique, on n’oubliera pas d’évoquer une 3D…euh, une 3D comment dire…ben non, mieux vaut pas…Le hibou qui nous a foncé dessus pour ouvrir les hostilités, laissant présager que Dario, contrairement à certains de ses glorieux collègues, n’a pas compris comment utiliser de manière efficiente l’espace tridimensionnel. D’un autre côté, vu qu’il ne sait plus filmer en 2D diront les mauvaises langues (euh non, pas nous), le constat est logique. Et Dracula 3D d’avoir tous les atouts en mains pour devenir un authentique film culte. Rendez-vous est pris pour le marché du film à Cannes où normalement la bête sera visible.

 


 

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