Top horreur n°22 : Carrie au bal du diable

Jean-Noël Nicolau | 9 octobre 2009
Jean-Noël Nicolau | 9 octobre 2009

Pour fêter le mois d'Halloween, la rédaction d'Ecran Large a pris son courage à deux mains et s'est lancée dans l'impossible : élire ses 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma. Pour être le plus rigoureux possible, des règles ont été établies comme celle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste dans le classement final (sauf une exception mais chut on vous expliquera à la fin du mois pourquoi). 12 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 40 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'à la fameuse nuit d'Halloween qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma d'horreur.

 

22 - Carrie au bal du Diable (1976) de Brian de Palma

 

Laurent Pécha :

Même si ce n’est pas le meilleur De Palma, Carrie reste une date dans le cinéma d’horreur moderne. Et une des meilleures trahisons-adaptations d’un roman de Stephen King. 

Ilan Ferry :

Quand De Palma adapte King, le résultat forcément outrancier et dérangeant, donne des frissons. 

 

 

If you've got a taste for terror... Take Carrie to the prom !

Premier roman publié de Stephen King en 1973, Carrie est aussi le premier à être adapté pour le cinéma. L'écrivain a expliqué à plusieurs reprises s'être inspiré de deux filles qu'il a connue à l'école pour le personnage, toutes deux étaient issues de familles profondément religieuses et sont décédées à peine âgées de 20 ans. Carrie est ainsi une une jeune fille timide, étouffée par une mère qui l'écrase sous le poids de la Bible. Moquée par ses camarades, elle provoque bien malgré elle la punition collective d'un groupe de filles du lycée et, par conséquent, un désir de vengeance de la part de la plus rancunière d'entre elles. Tandis que Carrie prend conscience qu'elle possède d'étranges pouvoirs, s'organise un complot qui devrait éclater lors du bal de fin d'année.

C'est United Artists qui produit l'adaptation cinéma et qui en confie la réalisation à Brian de Palma. Mais pas tout de suite. En effet, le cinéaste n'était pas le premier choix du studio. De son côté, De Palma avait découvert le roman de King par l'intermédiaire d'un ami écrivain. Il l'avait adoré et avait appelé son agent pour savoir qui en détenait les droits. C'était en 1975, et à l'époque, personne ne l'avait encore acheté même si plusieurs studios étaient intéressés. De Palma prit alors son téléphone le plus de personnes qu'il connaissait dans le métier pour montrer qu'il était prêt à le réaliser. Rien ne se passa pendant environ six mois. Le scénariste Lawrence D. Cohen est embauché pour écrire le script, et ce sera finalement son seul vrai fait d'arme à Hollywood. Il aida aussi à adapter Ça et les Tommyknockers pour la télévision dans les années 90. Son premeir jet est très fidèle au roman, mais les futures versions s'éloigneront petit à petit de la vision de Stephen King. Ainsi, plusieurs scènes furent retirées pour des raisons budgétaires.

Pour le rôle-titre, plusieurs actrices en vogue ont passé l'audition comme Melanie Griffith, Linda Blair, Jill Clayburgh ou Farrah Fawcett. Par peur d'être cataloguée après L'exorciste, Linda Blair préféra finalement passer son tour, tandis que Farrah Fawvett était bloquée sur la série Charlie et ses drôles de dames. Sissy Spacek ne pensait alors même pas avoir une infime chance de décrocher le rôle et il a fallu que son mari, le directeur artistique Jack Fisk, l'a convainc de tenter sa chance. Il dut aussi convaincre Brian De Palma de laisser sa femme passer l'audition. Après plusieurs passages, De Palma était prêt à donner à Sissy Spacek le rôle de Chris Hargenson, qui reviendra finalement à Nancy Allen alors que l'actrice s'apprêtait à quitter Hollywood. Mais lors de l'audition finale, Sissy Spacek débarqua avec les cheveux graissés à la vaseline, le visage sale, dans une robe débraillée que sa mère lui avait fait au collège... et décroche le premier rôle. Carrie marque aussi les débuts de l'actrice Amy Irving au cinéma, dans le rôle de Sue Snell, avec sa mère à la vie, Priscilla Pointer, pour jouer sa mère à l'écran.

Film de plusieurs premières fois, Carrie n'est en rien le coup d'essai de son réalisateur. Brian De Palma avait en effet déjà signé des coups de maître du genre avec Sœurs de sang, Phantom of te Paradise et Obsession. Le film n'en reste pas moins une petite production, avec 1,8 M€ de budget et 50 jours de tournage. Le gros des prises de vues a eu lieu aux Culver City Studios en Californie, et les scènes du célèbre lycée Bates High (en référence à Psychose de Hitchcock, hein, bon... de même que le thème au violon lorsque Carrie utilise ses pouvoirs) ont été tournées au lycée Palisades Chater High à L.A. Le metteur en scène rencontra plusieurs problèmes lors du tournage, en commençant par virer le chef opérateur Isidore Mankofsky au profit de l'Italien Mario Tosi.

Mais c'est surtout la scène du bal de promo qui a demandé des sacrifices. Deux semaines de tournage, 35 prises et ce sang gluant et visqueux. Le chef des effets spéciaux, Gregory M. Auer, eut la « bonne » idée de mélanger des colorants alimentaires au colorant industriel, et lorsque le sceau de sang se renversait sur la pauvre Sissy Spacek, au lieu de couler, il adhérait à sa peau sous l'effet des spots. Elle était donc aspergé d'eau pour rendre le tour à nouveau gluant. Ils auraient cherché à rendre cette scène plus folle et traumatisante, qu'ils n'auraient pas trouvé mieux. Autre tour de force du film et du bal, le split-screen devait à l'origine durer plus longtemps et être utilisé dans quasiment toute la séquence. Mais De Palma était mécontent du résultat final, et remonta les plans, le split-screen s'immisçant dans la narration de matière plus efficace.

Fruit d'adaptations, de frustrations, de compromis ou d'improvisations, Carrie reste une œuvre fondatrice du cinéma fantastique des années 70. Alors que l'époque était en partie acquis aux slashers et aux boogeymen, Brian De Palma et Stephen King le méchant et monstre ultime : une jeune fille pure et naïve. C'est d'ailleurs pourquoi il moins question de peur primale que de destruction totale. De sa scène d'ouverture où tout est déjà dit et même marqué dans la chair au passage naturel mais brutal à l'âge adulte dans ce qui aurait dû être l'inimité d'une cabine de douche, le film mêle par le sang, sexe, innocence, religion, violence et Amérique. Si le rôle de Stephen King dans cette réussite est indéniable, Brian De Palma s'approprie et transfigure personnages et thématiques par sa mise en scène, où la révolution technique (double focale, jump cut, split-screen) est pour le spectateur un plongeon dans l'horreur. Le film remporta le grand prix d'Avoriaz en 1977 et permit à United Artists de remporter 18 fois sa mise. On aurait préféré passer sous silence la suite Carrie 2 : la haine en 1999 ou encore le remake TV de 2002, mais il faut tout de même pour ce dernier, saluer l'interprétation d'Angela Bettis qui réussit à une personnification autre de Carrie.

 

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