Cannes 2006 - Jour 4 & 5 : Les Tops

Vincent Julé | 23 mai 2006
Vincent Julé | 23 mai 2006

Drôle(s) de journée(s), drôle de week-end avec coups sur coups, presque les trois meilleurs films de la sélection… et les trois plus mauvais ! Côté pile.

Après un début de festival morose, où les films n'étaient ni bons ni mauvais et où donc je devais passer pour le râleur de service, le week-end s'annonçait plein de fatigue, de stress, de non-soirées mais aussi d'espoirs, d'attentes et peut-être de surprises. Il y ainsi ces films qui, sans prévenir, vous tirent de votre torpeur, vous assènent un coup de poing, de cul ou de cœur et vous font oublier ces interviews et ces nuits de débauche impossibles.

Shortbus (2006, Etats-Unis) – Un Certain Regard
Réalisateur : John Cameron Mitchell

Résumé : Shortbus suit plusieurs personnages new-yorkais dont les aventures tragi-comiques naviguent entre sexualité et sentiments. Tous fréquentent un club underground moderne, Shortbus, où s'expriment toutes les sexualités.

Avis : Il semblait bien avec Hedwig qu'il se tramait quelque chose à la fois dans la tête de John Cameron Mitchell et sur grand écran. Confirmation au-delà de toutes les espérances avec son deuxième long-métrage, film choral (on dirait comme ça que je parle du nouveau Richard Kelly, mais non) où le sexe est le principal, voire le seul, moyen d'expression et de communication. En mettant au début du film, les scènes les plus crues, les plus extrêmes, il évacue pour la suite toute gêne possible, toute considération éthique ou autre morale puritaine et peut librement célébrer sa joie de vivre. Le sexe devient pour le spectateur aussi naturel, décomplexé et salvateur qu'il ne l'ait pour les personnages (et pour le coup aussi les acteurs). Face à la peur contemporaine de l'autre, et donc de soi, il donne la plus belle, la plus euphorisante des réponses. En effet, s'il est impossible de répondre à la question de savoir qu'est-ce qu'est le sexe, Shortbus par contre nous montre et nous fait partager à quoi il peut servir.

Note : 9/10

Les Anges exterminateurs (2006, France) – La Quinzaine des Réalisateurs
Réalisateur : Jean-Claude Brisseau

Résumé : François, cinéaste, s'apprête à tourner un film policier. Il fait passer des essais pour une scène de nu à une comédienne qui lui révèle le plaisir qu'elle éprouve dans la transgression de petits interdits érotiques. Poussé par le désir d'apporter quelque chose de nouveau dans le cinéma, il décide de mettre en scène un film mi-fiction mi-réalité, tournant autour de ce qui se révèle de façon inattendue une énigme et un tabou : les petites transgressions qui donnent du plaisir. Sa recherche dans le domaine érotique le confronte à des questions de fond auxquelles, tout comme Icare s'approchant du soleil, il va se brûler les ailes.

Avis : Il est gonflé ce Brisseau, et c'est presque tant mieux. À peine sa condamnation pour harcèlements sexuels sur ses actrices prononcée, le réalisateur livre un film en forme de réponse, de plaidoyer. Soi-disant écrit avant, il multiplie les allusions directes à en faire bondir certain(e)s, et à en faire rire les autres. Difficile en effet de ne pas sourire, que l'on trouve ses intentions louables ou navrantes d'ailleurs, devant un Brisseau se représentant à travers le personnage de François en grand naïf, père de substitution et même figure christique. La mise en abyme couperait court si elle ne s'intégrait pas dans un projet de mise en scène, de jeu de miroirs et fausse réflexion sur la sexualité. Car, au final, le réalisateur n'effleure que du doigt sa problématique de la sexualité féminine. Pourtant, son film génère une réelle fascination, grâce entre autres à un casting féminin paradoxalement dévoué. Jean-Claude Brisseau n'essaie pas de gagner la bataille rhétorique, mais il n'en sort pas pour autant grandi. Le film par contre…

Note : 7/10

The Host (2006, Corée du sud) – La Quinzaine des Réalisateurs
Réalisateur : Joon-ho Bong

Résumé : En Corée du Sud, du fond de la rivière Han surgit une étrange créature. Celle-ci sème la terreur parmi la population locale et emporte avec elle la jeune Hyun-seo. Sa famille se met en tête de la récupérer.

Avis : Après le surprenant et incontournable Memories of Murder, le réalisateur Joon-ho Bong était attendu comme le messie, surtout par les fanboys, puisque son prochain projet était un film de monstres. Après avoir chamboulé, si ce n'est pas révolutionné, les règles du polar, en serait-il de même pour un sous-genre codifié ? Présenté une semaine après les dernières finitions, le film s'avère un sacré bout de péloche. Alors que la article-details_c-trailers jouait sur le hors champ et que l'héritage de Ring pèse encore lourd sur la production d'horreur asiatique, Joon-ho Bong prend les attentes à contre-pied, les unes après les autres. Ainsi, au bout d'un quart d'heure, un attroupement fixe un pont : « qu'est-ce qui est accroché ? un engin de chantier ? ça a bougé ? ». Le spectateur, lui, n'a pas le droit de voir. Et puis, si, un gros sac d'effets numériques dégoulinants, grossiers, qui tombe dans l'eau. Qu'est-ce que c'est que ça ? À peine a-t-il eu le temps de se poser la question, que le monstre en question, sorte de poisson à pattes, se jette sur les passants. Sans un pixel de travers. La bête est à découvert, la traque peut alors commencer, et le metteur scène de faire preuve d'un sens du rythme déconcertant. Film de monstre, drame, portrait de famille, comédie, le film est tout ça, et donc bien plus. Une expérience rare, vitale, qui devrait être mise devant tous les yeux, entre toutes les mains – dont Richard Kelly d'ailleurs.

Note : 8/10

Nos Voisins, les hommes (2006, Etats-Unis) – Hors Compétition
Réalisateurs : Tim Johnson, Karey Kirkpatrick

Résumé : Un groupe d'animaux de la forêt vont découvrir la vie des humains dans une grande banlieue.

Avis : Entre une déception (Southland Tales), une claque (Shortbus) et du vide (Selon Charlie), il fallait bien un film dynamisant et cathartique pour remettre les festivaliers sur pieds. Merci donc à Nos voisins, les hommes, ou plutôt à ces petites bébêtes de la forêt pour ce bonheur en barre, cette sucrerie acidulée. Contrairement aux récents films d'animation sérieux, sans âme ou fauchés, la production Dreamworks se fout de tout. À l'instar d'un Kuzco, elle joue avec les codes, cisèle ses dialogues et carbure à la boisson caféinée. Aux rires généreux ont succédé un tonnerre d'applaudissements… dans une salle à moitié vide (ou à moitié pleine).

Note : 7/10

Bonus : En parlant de bestioles, spéciale dédicace à Lucile. Et une danse de chat borgne sur la Croisette, une !

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