Matrix 4 : Resurrections mérite t-il toute cette haine ?

La Rédaction | 28 décembre 2021 - MAJ : 28/12/2021 11:05
La Rédaction | 28 décembre 2021 - MAJ : 28/12/2021 11:05

La saga Matrix est finalement de retour, près de vingt ans après la conclusion de sa trilogie, avec Matrix Resurrections.

C'est peu de dire qu'en cette fin d'année 2021, les blockbusters auront été au coeur des esprits avec tous une idée en tête exploitée de manière différente, et plus ou moins pertinente : la nostalgie du passé. Ainsi S.O.S. Fantômes : l’Héritage a fait la part belle aux deux volets originaux des Ghostbusters, West Side Story a modernisé avec ardeur la pièce culte de Broadway (et en même temps, le film de Robert Wise) quand Spider-Man : No Way Home a évidemment joué du multivers pour faire revenir des méchants (et pas seulement) des versions précédentes de l'homme-araignée.

 

 

Et puis au milieu de tout ça, il y a également Matrix Resurrectionsréalisé uniquement par Lana Wachowski (sa soeur Lilly ayant décidé de passer son tour). Assurément, c'est celui qui porte le regard le plus fascinant sur toute cette mode des franchises, simili-reboots et spin-offs de l'ère hollywoodienne et qui vient surtout complètement repenser l'idée même de suite pour les blockbusters et sagas cultes.

Et s'il a plutôt convaincu la rédaction (il suffit de lire notre critique de Matrix 4), il divise énormément, public et critique ; en plus de se diriger vers un flop au box-office. Et ce n'est pas surprenant puisque c'est un véritable doigt d'honneur fait à l'ère des sagas Disney et notamment la postlogie Star Wars, dont Matrix Resurrections s'engage à être le véritable nemesis.

On fait donc le point en détail et sans prendre de pincettes sur les qualités et défauts de Matrix Resurrections. ATTENTION SPOILERS !!!!

 

 

 

 

LE MEILLEUR DE MATRIX 4

UNE SUITE DANS LES IDÉES 

On l’a dit, répété et redouté. Personne n’avait besoin d’un nouveau Matrix, tant il paraissait évident que le récit de la trilogie originelle était clôt, tandis que ses autrices avaient décidé de voguer, thématiquement et stylistiquement, aux antipodes de leurs trois tours de force. Comment dès lors, travailler à légitimer ce nouveau chapitre ? 

En assumant sa condition de suite. Dans ce nouveau Matrix, tous les personnages se savent réduits à de vulgaires échos du passé, enfermés dans des boucles actionnelles et symboliques les vidant de toute substance. Anciens comme nouveaux venus, tous réalisent, à différents niveaux de conscience, qu’ils doivent rejouer une mascarade. Loin de rester un concept vaguement agité par une paire de dialogues en forme de clin d’oeil, ce présupposé a un effet extrêmement stimulant sur le récit. 

 

Matrix Resurrections : photoC'est beau comme du Maxime le Forestier

 

Ce dernier posant clairement les enjeux et les problématiques auxquels fait face un long-métrage en forme de continuation tardive, produit dans un contexte de destruction systématique des enjeux créatifs, il ne peut dès lors plus reculer. Cette conscience entraîne une modification en profondeur de la direction artistique, mais aussi de l’écriture des protagonistes, à commencer par Neo, enfin vulnérable et en proie à un doute profond. 

Parce que Matrix Resurrections sait bien qu’il arrive après, qu’il arrive trop tard, il peut se permettre de questionner sa nature propre et par là même, considérer son spectateur comme un compagnon de route, plutôt qu’un usager, un consommateur, ou une oie à gaver. Une attitude qui pousse chaque aspect du métrage à se penser non pas comme une reproduction de ce qui l'a précédé, mais comme un retournement complet. Une direction éclatante quand on observe attentivement le découpage et la photographie du film, opposées en tout point aux mouvements ouatés de la précédente trilogie, ou à son image anthracite.

Un constat évident notamment dans les extérieurs, pour l'essentiel réalisé à San Francisco, qui transforment le tout en une explosion de couleurs parfois quasiment hallucinogène, et ne cessent de nous interroger sur ce que nous voyons, son statut, sa réalité. Un cahier des charges en forme de reflet inversé de celui qui présida voici quelques années à la production de la postlogie Star Wars. Là où dans une galaxie lointaine il fallait dupliquer, on sabote. Quand il était question de cloner les personnages d'hier, on met désormais en avant des copies frelatées, présentées comme manifestement défectueuse. Tout l'enjeu d'être une suite, et de questionner ce statut.

 

Matrix 4 : Resurrections : photoNeo a troqué le gris béton contre le jaune canard

 

MAXI-META-BEST-OF 

Parce que cette suite assume d’en être une, elle choisit donc de s’inscrire dans une logique éminemment méta. Tarte à la crème souvent brandie par des récits qui tentent ainsi de se peindre en plus malins qu’ils ne sont, le procédé n’est pas neuf, il a même été largement repopularisé par le succès de Deadpool. Mais là où il s’agit trop souvent d’une béquille scénaristique, le nouveau Matrix décide d’en faire la fondation du métrage, et ce au moins à deux niveaux. 

Le premier est scénaristique, établissant l’intrigue dans une nouvelle Matrice, qui a décidé de faire du récit de Neo, l’intrigue de la première trilogie, un objet de consommation l’aidant à mater idéalement les velléités ou aspirations émancipatrices des humains. Dans son premier tiers, l’histoire se sert donc de ce point de départ pour établir le film comme un commentaire acerbe et violent de l’industrie hollywoodienne. De l'industrie, mais aussi de ses usagers. En témoignent les quelques séquences de brainstorming, qui s'amusent à tourner en dérision les clichés analytiques ou les lieux communs fréquemment brandis pour commenter la licence.

 

Matrix 4 : Resurrections : photoLe fameux effet Deadpool

 

Puis, en matière de narration, l’ensemble paraît évacuer cette piste, sur laquelle les évènements ne s’appuient plus, sitôt la première “révélation” de Smith aboutissant à une spectaculaire fusillade au beau milieu d’un open space. Après quoi, c’est la mise en scène elle-même qui prendra le relais “méta”. En effet, plus qu’aucun autre film avant lui, Resurrections est caviardé d’inserts venus de la trilogie originelle. Il ne s’agit ni de flashbacks à proprement parler (ils ne sont jamais le centre de l’action ou de l’attention) ni d’aide-mémoire pour le spectateur (ils demeurent trop brefs pour raconter quoi que ce soit). 

Le montage choisit de les positionner de manière à modifier le rythme ou le sens des séquences elles-mêmes, ou encore à créer des effets d’échos parfois bouleversants. Jouant avec la colorimétrie de l’image comme avec le mixage son – qui décuple, annihile ou nuance leur sens premier – ils ont pour effet d’inclure organiquement ce 4e opus dans le corpus des précédents. Le tout via une forme rare, assez originale, et qui permet au film de varier les niveaux de sens. 

 

Matrix Resurrections : photo, Max RiemeltQuand même le coiffeur est méta

 

Cette piste passionnante, dont le film utilise non pas comme une pirouette mais bien comme un réseau de symbole pourvoyeur de sens, est ici travaillée à la manière d'une matière première extrêmement riche. Langage à part entière et tremplin potentiel pour l'analyse, l'expérience méta guettait presque un certain Star Wars : Les Derniers Jedi, qui demeurera pourtant un exemple d'échec en la matière. N'osant jamais remuer sa propre saga en profondeur, redéfinir ouvertement ses codes, esthétiques comme narratifs, le film se condamnait à demeurer une expérience récréative, ludique, mais trop superficielle pour vraiment marquer.

Resurrections en revanche, prend tous les risques. Celui de mener de front une pure réflexion sur son statut, l'objet cinéma et sa nature de suite, et donc, encore une fois, de prendre à rebrousse-poil tous les codes en vigueur au sein de l'industrie du divertissement, pour mieux analyser ses paralysies contemporaines.

 

Matrix 4 : Resurrections : photo, Jonathan GroffEt si on produisait un Call of Duty méta ?

 

Neo et Trinity

Restez jusqu’à la fin du générique, non pas pour voir une ultime séquence destinée à parodier les attentes des amateurs d’univers étendus, mais pour lire la dédicace de la réalisatrice, destinée à ses parents. "L’amour est la genèse de tout", et sa fin donc. Débutant comme une relecture un brin virulente de l’héritage de la trilogie originale, ce nouveau Matrix fait émerger de sa critique un renouveau amoureux inattendu, très touchant et révélateur de l’humanisme de Lana Wachowski. Le système s’est redéployé autour des symboles de son démantèlement, mais c’est bien leur lien, échappant à tout contrôle, métaphorique ou technique, qui peut le vaincre définitivement.

En s’articulant autour du retour de Neo, le récit de Wachowski, Mitchell et Hemon, laisse croire à son spectateur qu’il est le personnage principal, alors que c’est bien Trinity la clé non seulement de cette suite, mais aussi de la saga dans son intégralité. Neo le dit lui-même, enfermé dans sa cellule : sans son amour pour lui, il n’aurait jamais trouvé la force d’accomplir ce qu’il a accompli et c’est donc elle qui porte sur ses épaules le destin de l’humanité… et des machines. Car antagonistes et protagonistes en font un levier émotionnel pour exploiter le pouvoir de l’Élu, sans se rendre compte que c’est elle qui motive les forces de cet univers.

 

Matrix Resurrections : photo, Carrie-Anne MossLumineuse

 

Et finalement, ce n’est pas du choix de Neo dont il est question, mais bien du sien. C’est à son émancipation que tient la libération de l’humanité, écrasée par le même joug, symbolisé par le cynique (et sexiste) nouvel architecte, joué par Neil Patrick Harris. Un maître du jeu sadique, qui manipule directement notre couple, psychologiquement, via la thérapie ou l’oppressif carcan familial. Rarement au cœur de l’action lorsque les high-kicks volent, elle fait pourtant preuve du même type de courage qui a traversé toute l’œuvre des deux cinéastes. Et à la fin, forcément, le duo vainc grâce à son humanité, au gré d’un saut dans le vide, littéral et salvateur.

Un postulat qui ne pourrait pas fonctionner sans l’alchimie de l’actrice et de l’acteur, tous deux parfaits en héros usés par la réappropriation de leurs exploits. L’immortel Keanu Reeves se s'empare à nouveau de son personnage résigné avec une déconcertante facilité, donnant au passage une touche de lassitude supplémentaire au pauvre Neo, usé par sa propre légende, et joue de sa complicité évidente avec une Carrie-Anne Moss défiant avec fierté les modèles hollywoodiens. À la fin de la séance, on ne pense qu’à eux, et à ce qu’ils vont faire d’un monde transformé en bac à sable rempli à ras bord d’espoir.

 

Matrix Resurrections : photo, Keanu Reeves, Carrie-Anne MossNous futurs

 

Le Climax

Certes, ce dernier Matrix ne passera pas à la postérité grâce à ses scènes d’action, dont le scénario avoue lui-même l’aspect anecdotique. Toutefois, l’une d’entre elles a quand même le mérite de clôturer le film en beauté, à savoir le climax, où Neo et Trinity zigzaguent en moto dans la « meute », avant de s’envoler. Une séquence non seulement plutôt spectaculaire, mais qui résume également le propos de ce bien étrange opus, ne faisant décidément jamais ce qu’on attend de lui.

Après la bagarre un peu trop bordélique dans le bâtiment désaffecté, la caméra de Lana Wachowski prend enfin du recul pour se perdre dans un cadre urbain austère, citant malicieusement le mémorable final de Matrix Revolutions. La course-poursuite trahit avant tout la volonté de la cinéaste de s’emparer des possibilités offertes par les effets spéciaux numériques contemporains, celles-là mêmes qui motivaient largement la production de Jupiter Ascending.

Elle s’en donne à coeur joie, multiplie les ralentis avec des doublures numériques (technologie qu’elle et sa sœur avaient déjà poussée au point de rupture dans Matrix Reloaded vingt ans plus tôt), s’amuse des gimmicks d’action qu’elle a elle-même contribué à populariser.

 

Matrix Resurrections : photo, Keanu ReevesLa première image dévoilée inaugure le climax

 

La scène devient vraiment impressionnante lorsque L’analyste précipite des centaines de « bots » contre ses adversaires, nous gratifiant d’un plan absolument terrifiant, transformant en quelques secondes à peine, à la faveur d’une respiration dans le rythme effréné de la poursuite, un homme en bombe. Une idée qui renoue avec la domination glauque des antagonistes de la trilogie originale, mais surtout trahit les spécificités de cette nouvelle Matrice, dont l’agressivité est justement causée par… l’histoire de Matrix.

Difficile de ne pas voir dans cette « meute » une horde de fans mécontents, contrôlés par un pouvoir politique vicieux, enrageant à l’idée qu’on puisse conférer un sens social à leur passion, qu’ils ne voyaient que comme un divertissement efficace. Neo et Trinity s’échappent de l’humanité qu’ils ont sauvée, comme Lana Wachowski s’échappe de l’image de Matrix… littéralement.

La photographie de John Toll et Daniele Massaccesi (qui a travaillé sur Equilibrium, l’un des plus flagrants ersatz non-sensiques de la saga) imite vaguement l’image sombre de Bill Pope le temps que les deux héros se battent au pied des immeubles, avant de revenir à sa chaleur lumineuse héritée de Cloud Atlas et de son optimisme radical. Elle raconte à elle seule l’émancipation que met en scène Matrix Resurrections et son échappatoire : l’amour, surtout celui de la toute puissante Trinity. Une véritable bouffée d’air frais qui prouve qu’Hollywood peut encore engendrer des œuvres attachées à un cinéma esthétique. Mais jusqu’à quand ?

 

Matrix 4 : Resurrections : photoLe dernier saut

 

LE BOF DANS MATRIX 4

L'action

C’est probablement l’une des principales raisons pour lesquelles ce Matrix va largement décevoir. Une génération entière marquée au fer rouge par les innovations techniques folles, la découverte de la baston à la hongkongaise importée par les cinéphiles Wachowski et plus largement des morceaux de bravoure inégalés, encore aujourd’hui, va se ruer en salles avec l’espoir de retrouver cette folie, et pourquoi pas même assister à un renouveau du cinéma d’action mainstream actuel.

Sauf que le film revendique directement son envie d’en finir avec ce genre d’attentes, arbres qui cachent la forêt philosophique et politique de la saga, quitte à contredire une bande-annonce bien consciente de la puissance d’évocation de la franchise et donc parfaitement mensongère.

 

Matrix Resurrections : photo, Yahya Abdul-Mateen II, Jessica HenwickUn couloir, pas de gravité, un beau bordel

 

Si le climax est quand même vraiment impressionnant, comme nous l’avons démontré plus haut, jamais le film ne semble vouloir toucher du doigt la générosité du premier film, encore moins celle de ses suites, pleines à craquer de séquences d’anthologie imbriquées les unes dans les autres. Rien n’arrive encore à la cheville du segment central de Reloaded, dans Resurrections ou ailleurs. Bien consciente qu’elle ne parviendra jamais à recréer l’effet de sidération de ses chefs-d’œuvre, Lana Wachowski préfère saboter quasiment elle-même leur attrait en privant Neo de ses aptitudes les plus spectaculaires et en le dotant d’un pouvoir surpuissant, mais qui abrège bien vite les bastons.

L’ambition générale en termes de grand spectacle martial est donc revue à la baisse, ne serait-ce que dans la durée des scènes d’action. Là où Reloaded et Revolution étalaient leurs délires sur des dizaines de minutes, perdant le spectateur dans la furie des coups et des explosions, Resurrections se contente de la moyenne hollywoodienne et expédie certaines d’entre elles. C’est notamment le cas des deux premières.

 

Matrix 4 : Resurrections : photo, Yahya Abdul-Mateen IICandyman 2.0

 

L’ouverture, handicapée par un montage bien plus intéressé par le fond que par la forme et qui néglige donc l’action, laisse déjà un goût amer en bouche, tandis que la scène du train, largement promue par le marketing, déçoit logiquement. Le principe des sortes de portails de téléportation dans la Matrice n’est jamais exploité à la hauteur de ses possibilités, entrevues lors du tir de missile. Plus globalement, l’espace exigu ne laisse pas la place à la mise en scène de se déployer, ne lui laissant que ses ralentis faciles. Un problème qui s’étend au reste du long-métrage.

La cinéaste se passe d’ailleurs de certains talents qui avaient fait la renommée de son œuvre, comme Chad Stahelski, désormais très occupé par ses activités de réalisateur, mais quand même présent dans le rôle de… Chad, et Dion Lam, artiste martial hongkongais encore en pleine possession de ses moyens. Le point de vue se resserre, et les affrontements perdent de fait en ampleur.

Moins inspirée, parfois un peu difficile à suivre, la faute à un montage qui – dans la continuité du style de cet opus – privilégie les inserts à la prise de recul, la scène dans le bâtiment désaffecté contre le nouveau Smith concentre un peu tous les défauts d’un film qui n’a absolument pas envie d’être abandonné – comme ses prédécesseurs – dans la case, si réductrice à Hollywood, du film d’action.

 

Matrix 4 : Resurrections : photoParle à ma main

 

Les mains de NEO

C'était le dernier grand tournant du premier Matrix : Neo est capable de stopper les balles de l'agent Smith à la simple force de ses mains (ou plutôt du champ de force qu'il crée avec). Par la suite, la trilogie n'a eu de cesse d'augmenter ses pouvoirs (quelques minutes après, il arrive même à voler), lui permettant de combattre les machines et autres ennemis.

Dans Matrix Resurrections, Neo a plus ou moins perdu ses souvenirs (ou en tout cas, ne sait plus que ses jeux sont en fait sa réalité) et il ré-apprend à prendre le contrôle de ses pouvoirs. Si le film décide de ne pas le refaire voler avant le dernier plan (notamment par rapport à l'arc Trinity), il lui permet de retrouver plusieurs de ses qualités : le kung-fu et son pouvoir des mains donc.

 

Matrix 4 : Resurrections : photoRepousser pour mieux fuir

 

Le problème, c'est que le film s'en sert beaucoup trop pour qu'on craigne réellement les obstacles qui se mettent devant Neo. Presque à chaque occasion, Neo met ainsi ses mains en avant pour contrer l'attaque d'un Smith remonté, se défendre d'un entraînement costaud avec Morpheus, stopper les balles de mitraillettes, repousser la meute qui lui courre après dans le climax final et carrément dévier une roquette à la fin du film.

Il y a évidemment une raison scénaristique à ce choix : Neo n'est plus là pour attaquer, mais pour se défendre, fuir la meute, et à la simple puissance de ce pouvoir, le film se donne ainsi la possibilité d'écraser ses scènes d'action, d'en faire des éléments secondaires de son intrigue, déterminée à ne s'intéresser qu'à ses personnages. Sauf que c'est un chouia facile pour tout avouer, même si ça donne plusieurs scènes stylées visuellement et une force plus savoureuse au propos meta-textuel du film.

 

Matrix 4 : Resurrections : photo, Keanu ReevesLes mains protectrices

 

LE RETOUR DU BLAIREAUVINGIEN

Interprété par Lambert Wilson, le Mérovingien était un des personnages les plus intéressants de l'univers Matrix. Programme puissant et retors, il opère depuis la Matrice, au sein de laquelle il se plaît à trafiquer le code, pour pouvoir fournir divers services à des programmes désespérés. Ces derniers espèrent pouvoir rejoindre, grâce à lui, un lieu où ils seront en mesure d'échapper aux politiques de mise à jour meurtrière de la Matrice. Mais après les évènements de la première trilogie, ce puissant caïd a été voué aux gémonies et exilé. Ce châtiment prodigué à tous ceux qui ont approché Neo est la source de la disgrâce dans laquelle nous le retrouvons, au détour d'un combat de Resurrections.

Autant le dire, cette apparition inattendue ravira les uns par sa dimension extrêmement cartoonesque, sa provocation assumée en direction des gardiens du temple, mais prend le risque de passer un certain Rubicon. En effet, si le quatrième volet fait table rase de ce qui l'a précédé et attaque frontalement les canons esthétiques de son époque, il ne la tourne pas pour autant en ridicule, et ne se risque jamais au grotesque. Sauf dans le cas du Mérovingien.

Et entendre un Lambert Wilson clochardisé se perdre dans un flot d'obscénités aussi surréalistes que contrevenant à l'esprit puritain des blockbusters américains s'avère donc un paradoxe. Outrancière, férocement drôle et un peu surréaliste, la scène n'en prend pas moins le risque de désacraliser sa propre mythologie, tout comme elle menace l'intégrité rythmique d'une séquence de combat déjà fragile.

 

Matrix Reloaded : photo, Monica Bellucci, Lambert WilsonQuand la réalisatrice te propose un scénario qui encule sa putain de mère la race de sa chatte

 

l'équipe de Bugs

Matrix Resurrections a beaucoup de choses à raconter sur la genèse de la trilogie précédente, sur son existence même en tant que suite-reboot... et sur l'amour du duo Trinity-Neo. Une histoire dans laquelle on est largement guidé, tout comme Neo dans un premier temps, par le personnage de Bugs, nouvelle arrivée dans l'univers et incarnée par l'excellente Jessica Henwick.

Et qui dit retour à la réalité et nouveau vaisseau volant, dit nouvel équipage. Bugs présente donc à Neo tous les membres de cette génération 2021 (disons pour faciliter la chose) avec Seek, Lexy, Sheperd, Ellster et Berg. Des nouveaux personnages qui vont être rapidement présentés en deux-trois lignes de dialogues, dont Ellster expliquant d'ailleurs qu'elle est la fille de Roland. Puis, le long-métrage trace sa route avec cet équipage aux côtés de Bugs, Neo et Morpheus pour retrouver Trinity.

 

Matrix Resurrections : photo, Brian J. Smith, Eréndira IbarraLexy et Berg, hyper intrigant, mais si peu identifiés

 

Sauf qu'ils sont là, en nombre, mais ne servent pas à grand-chose. Exception faite de leur développement rapide lors de leur première apparition, ils ne seront plus jamais développés. Alors oui, le personnage de Lexy est plutôt badass et Berg se détache un peu du reste, mais on n'a jamais vraiment l'occasion de les identifier, de les suivre en tant que personnage réel, et le film se contente d'en faire des suiveurs, permettant uniquement d'aider les protagonistes (c'est probablement voulu, mais c'est sacrément facile). Comme si Lana Wachowski avait décidé de créer ses personnages simplement pour intégrer la petite équipe de Sense8.

Et en dehors du simple équipage, le personnage de Priyanka Chopra Jonas est plutôt décevant. Non pas que l'idée de faire revenir le personnage de Sati dans une version adulte soit inutile, au contraire, elle permet de donner plus d'ampleur au récit. Le problème, c'est que son rôle est très vite expédié, présent sans être vraiment incarné, presque de passage alors que son impact est majeur sur l'avancée du récit.

 

Matrix Resurrections : photo, Priyanka Chopra JonasLes bibliothécaires ont des oreilles


LE PIRE DE MATRIX 4

c'est trop bavard

Oui, Matrix Resurrections est passionnant, fascinant, riche et dense, déconstruisant avec audace la machine hollywoodienne contemporaine, adressant un gros doigt d'honneur aux blockbusters type Marvel et repensant l'idée même de suites et reboots en tout genre, mais bordel qu'est ce qu'il traîne parfois en longueur.

Pas spécialement en termes de rythme, le film subissant certes un petit ventre mou, mais se relançant en permanence grâce à des idées, son ambition narrative... Non, là où le film se plante régulièrement, c'est dans ses dialogues ou monologues. La trilogie Matrix a toujours connu de longs passages expliquant les tenants et aboutissants de la matrice, du monde des machines et autres complexités de l'univers, mais jamais elle n'était véritablement tombée dans des discours longs et lénifiants.

 

Matrix Resurrections : photo, Neil Patrick Harris"Je vous écoute même si en vrai, je parle quinze fois plus que vous"

 

L'avantage de cette trilogie en plus, c'est qu'elle savait mieux gérer le déferlement d'action spectaculaire avec les moments plus complexes composés de simples dialogues. Ici, Lana Wachowski délaisse l'action d'un côté (on en parlait au-dessus) et en plus elle et ses deux co-scénaristes (Aleksandar Hemon et David Mitchell) se perdent un peu de l'autre, en éternisant les indications de certains personnages. Car si on avait une seule joute très longue (un peu comme l'architecte de Reloaded), ça pourrait aller, mais il y en a énormément.

Ainsi, l'explication de l'agent Smith sur sa présence avant le combat entre l'équipe de Bugs et les exilés (dont le Mérovingien donc) est interminable et pas franchement transcendante. Tout le monologue de l'Analyste incarné par l'excellent Neil Patrick Harris lors de la scène du garage est d'une futilité déconcertante tant ce qu'il raconte aurait vu sa puissance décuplée en s'appuyant simplement par l'image. Même chose d'ailleurs pour le petit manuel "Récupérage de Trinity" devant un puits par Sati, qui semble tout droit sorti d'un Ocean's Eleven du pauvre et non d'un Matrix.

Bref, on en oublie sûrement, mais c'est bien la preuve qu'il y en a beaucoup qui n'ont pas une très grande utilité.

 

Matrix Resurrections : photo, Priyanka Chopra Jonas"C'est bon, tu as tout compris parce que franchement je pouvais pas faire plus long ?"

 

Morpheus

Il était attendu par les fans ce retour de Morpheus, lui qui a tant marqué la trilogie originale sous les traits de Laurence Fishburne. Et en sachant que l’acteur ne revenait pas dans le rôle, mais qu’il était remplacé par Yahya Abdul-Mateen II, soit une version a priori plus jeune, il y avait beaucoup de mystères quant à la raison de ce changement à quasi-contresens de ce que vendait la promotion (tout le monde est plus vieux sauf Morpheus, en gros).

Et dès le début, on nous donne quelques réponses puisqu’en fait, Morpheus est un agent Smith, comme le laisse comprendre les premières minutes du film avant que Bugs lui ouvre les yeux avec la fameuse pilule rouge. De quoi venir renforcer le mythe autour du personnage, dont la version de Fishburne est devenue une icône de la rébellion dans le nouveau Zion (Io) ? Pas tant que ça.

 

Matrix Resurrections : photo, Yahya Abdul-Mateen IIUne arrivée plus que prometteuse

 

C’est un peu la grosse déception de ce nouveau Morpheus. Certes, il a du style, et sa première apparition face à Neo ouvre encore un peu plus les portes du bazar meta qui nous attend et de la nouvelle esthétique de Lana Wachowski (costume coloré…). Certes, cette histoire de modal en faisant une fusion des souvenirs de Neo, Smith et Morpheus lui-même est plus qu’intrigante et sa libération par Bugs lui offrant la possibilité de reprendre pleinement le flambeau unique de Morpheus était alléchante.

Sauf que très rapidement après, Morpheus devient un personnage fonction. Et si cela a du sens techniquement dans l’idée même du film, les personnages comprenant qu’ils ne sont que des pions vis-à-vis de leurs alliés ou ennemis et non des figures, cela empêche aussi au film de s’appuyer sur eux et donc ici Morpheus.

 

Matrix Resurrections : photo, Yahya Abdul-Mateen IILa seule séquence où on sait 

 

Ainsi, Morpheus, monstre de charisme dans la trilogie, se transforme en personnage adepte des blagues maladroites et à côté de la plaque. Et si l’idée d’en faire un hybride mécha-humain surnommé Synthiens - une partie des machines ayant pris le parti des humains -, et non plus un simple humain, n’est pas idiote, le film ne lui permet malheureusement pas d’avoir une vraie identité, passant de meneur des troupes à l’origine en suiveur en costume multicolore.

Ce n’est pas forcément grave puisque Matrix Resurrections a aussi pour objectif de se concentrer sur le duo Trinity-Neo et quasi-uniquement sur eux, mais ça laisse un petit goût amer d’avoir fait revenir le personnage dans une nouvelle version pour s’en servir si peu. Sacrée dégringolade.

Tout savoir sur Matrix Resurrections

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commentaires
kawa52
13/01/2022 à 08:02

Alors, pour moi le meilleur est matrix 2.
Mais pour la personne qui attend des scènes de combats mythiques matrix 4 n'a aucun attrait
Ce film nous entraine plutôt vers la réflexion. En regardant matrix 4 on attend, on attend ( la baston ) on attend et ça ne viens pas et finalement une fois le générique passé on ce dit m...de je viens de voir un nouveau film ou plutôt il faudrait que je me refasse le 1 2 3 en oubliant les scènes de combats et en regardant plus profondément.....
Bref ce film à des défauts, comme les autres opus .... Mais c'est un bon film SF qui pousse encore une fois le qui sommes nous, d'où venons nous, quel est notre avenir , vivons en paix.

Pseudoudou
31/12/2021 à 20:23

Éclaté au sol

Issam
30/12/2021 à 07:51

J'ai aimé le film.
Il est auto autoréflexif.
Il est sujet et objet de son propos.
C'est un film qui ne cherhce pas à nous détourner de l'essentiel.
Tout le film conduit a cette fin où Trinity fait cette entrée lumineuse et digne.
Cette entrée est un pied de nez pour nous montrer comment une héroïne mérite d'être filmer.
En quelque minute elle crystallise l'héroisme ce que d'autres comics n'ont pas réussi à faire en plusieurs heures.

Le regret que j'ai c'est qu'il n'y a pas de développement de personnages pour les autres protagonistes . J'aurais aimé voir leur évolution le long du film.

Vulfi
29/12/2021 à 18:15

Ce film est très mauvais. Il est indéfendable.

On peut expliquer tout ce qu'on veut sur les intentions, ça ne changera rien au fait que c'est :

- affreusement laid
- très mal filmé
- mal écrit
- affreusement mal joué
- tout à fait insipide

Il manque à peu près tous les éléments qui constituent un bon film et en premier lieu desquels : du travail.

Pulsion73
29/12/2021 à 17:55

On a vu nettement mieux ces 2 décennies en matière de combat ( et déjà avant cela dit... ), et les câbles ça n'aide pas dans un sens. Keanu est encore moins souple qu'avant. Mais bon, faisons comme si ce n'était pas le plus important...
Les effets spéciaux ne sont pas à tomber raide. Il aurait fallut ré évaluer le concept également à ce niveau-la.

NeoISdead
29/12/2021 à 15:06

Un des gros problèmes est également le CGI, en plus des plans sur fonds verts de piètre qualité alors que des plans en extérieur auraient clairement fait le boulot. La scène autour du puits est lamentable. Et la poursuite finale sans punch...et pas d'accord avec la fusillade dans l'open space qui est également banale (le saut de Neo après l'explosion non mais ce n'est pas possible) Quand à l'intégralité des personnages (sauf Neo et Trinity voire Bugs) n'ont AUCUN intérêt. Et mention spéciale de nullité pour Morpheus.
Reste le plaisir coupable et nostalgique de Retrouver Neo et Trinity.

Sanchez
29/12/2021 à 09:38

A part l l’idée d’évasé qui est sympa , c’est un film laid , incroyablement ridicule et on Se demande jusqu’où ça va aller dans le malaise .
Que c’est drôle de voir des titres doute que c’est l anti Marvel ou un fuck à Hollywood amours que c’est justement un blockbuster extrêmement mal fait qui en plus pete plus haut que son cul. Une honte et un des trucs les plus consensuels et les plus laids visuellement que j’ai jamais vu

A2lino
29/12/2021 à 06:55

Matrix : combien d'univers créatifs ont cette richesse de parvenir à nous faire découvrir de nouveaux niveaux de lectures, même après tant d'années ?

Et si, finalement, les qualités visuelles de la trilogie n'avaient jamais servi qu'à habiller la richesse du propos ? Alors que deviendrait ce propos sans ces artifices ?


Essentiel, simple, pure.

Joelegeek76
29/12/2021 à 00:33

Moi j'ai bien aimer combat de néo un peut lent poussif mais sinon c pas mal

loris
29/12/2021 à 00:06

En vrai les washoski c'est 2 bon film dans leur carriere Bound et matrix 1 et seulement 2 autres correcte matrix 2 et cloud atlas sinon ba c'est pas terrible dans l'ensemble

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