Matrix 4 Resurrections : critique du missile contre Hollywood

Geoffrey Crété | 21 décembre 2021 - MAJ : 22/12/2021 23:58
Geoffrey Crété | 21 décembre 2021 - MAJ : 22/12/2021 23:58

Matrix, Matrix Reloaded et Matrix Revolutions de Lilly et Lana Wachowski formaient une trilogie complète, entière, voire parfaite. Alors pourquoi Matrix 4 alias Matrix Resurrections ? La question est aussi grande, passionnante et vertigineuse que le retour de Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss dans les peaux de Neo et Trinity. Nul doute que Matrix Resurrections provoquera de vifs débats, autant pour ses réussites que ses échecs. Mais une chose est sûre : Lana Wachowski (en solo derrière la caméra) frappe un grand coup.

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MATRIX circonvolution

En 1999, Matrix venait sonner le glas de la fin d'un siècle. Dans un feu d'artifice spectaculaire, le film des Wachowski se posait en parfait reflet de son époque, ouvrant en grand les portes d'un monde-miroir. Une révolution immédiatement avalée et assimilée par l'industrie, qui a transformé cette fable cyberpunk en nouveau piston de la machine du grand spectacle. En l'espace de quelques années, la Matrice était ainsi diluée dans la production mainstream, avec comme triste signal l'échec (relatif) de Matrix Revolutions en salles. 

 

 

Deux décennies après, le monde a continué à muter. Comme les machines avec les humains à la surface, Hollywood cultive toujours plus, mais rarement mieux les blockbusters. Aucune trêve n'a été négociée avec les usines, qui continuent à assembler des versions modernisées de Star Wars, Jurassic Park, Terminator, S.O.S. Fantômes, Star Trek, Halloween, et autres Batman. Matrix Resurrections débarque dans ce monde d'après, avec la même allure de cadavre remaquillé. Mais contrairement aux autres, Matrix 4 regarde cette réalité en face, et l'intègre pour créer un nouveau miroir.

Resurrections n'est pas une simple suite, un semi-reboot ou un bête remake. Lana Wachowski a imaginé bien plus que ça avec ses co-scénaristes David Mitchell (auteur de Cloud Atlas) et Aleksandar Hemon, tous deux passés sur Sense8. Neo et Trinity sont de retour, mais leur réveil est aussi celui d'une gueule de bois, face à une industrie qui perd complètement la boule. Et a besoin d'être réveillée, comme les humains dans la Matrice.

 

Matrix Resurrections : photoLa lumière au bout du tunnel hollywoodien


METAMATRIX

Matrix Resurrections annonce d'emblée la couleur avec un début sous forme de faux remake du premier film, comme un grand pied de nez à la paresse qui règne dans le circuit des blockbusters. Tout est soigneusement remis en scène sous un autre angle, une autre lumière, avec de nouveaux visages et nouveaux problèmes, pour ouvrir les nouvelles portes du grand cirque factice. Quand un personnage se demande au bout d'une minute "Pourquoi faire du neuf avec du vieux code ?", c'est quasiment la note d'intention du film, et c'est précisément cette idée qui hante les personnages (et les spectateurs).

 

 

Rarement un blockbuster aura embrassé et questionné sa condition de produit industriel avec une telle malice, qui confine au troll de haut vol dans certaines scènes. Warner Bros. n'avait cessé de demander aux Wachowski, année après année, de faire Matrix 4 ? Le studio est nommé et visé dans une scène déconcertante, qui lance une roquette sur l'industrie, avec dans le rôle du PDG une version Colgate de Smith. Le merchandising des films a rempli les caisses de tout le monde ? Des figurines et autres babioles sont disséminées dans le décor, et intégrées à l'histoire pour former un sinistre petit musée.

 

Matrix Resurrections : photoLa vie est un long leurre tranquille

 

Cette vertigineuse mise en abyme sert d'abord d'auto-bilan, pour montrer comment Matrix a été essoré, après être passé à la machine à laver de la pop culture. Mais Matrix Resurrections n'est pas une chouinerie sur les affres du succès ni une critique facile des méchants studios (le film s'attarde même sur la ligne désormais floue entre humains et machines, grâce à des alliances vitales). C'est une réflexion passionnante sur le cycle de vie d'une œuvre et d'un phénomène, qui finit par échapper à ses créatrices, disparaître dans le monde, et devenir la propriété des autres.

Neo-dépressif est l'alter-ego affiché de Lana (et probablement Lilly) Wachowski, qui affronte la difficulté d'un monde post-Matrix, et d'un univers qui s'est refermé en emportant une part d'elle(s). L'étincelle de la résurrection arrive non pas du business froid, mais de la chaleur de nouveaux personnages purs, voire candides, qui incarnent littéralement les fans des héros de la première trilogie ; devenant à leur tour des alter-egos, mais du public cette fois.

 

Matrix Resurrections : photo, Jessica Henwick, Toby OnwumerePorte-parole des armées du Comic-Con

 

Ce n'est pas anodin si une scène pivot se déroule dans une salle de cinéma, où le Neo de Resurrections observe le Neo du premier Matrix : les films des Wachowski forment la mémoire collective, des deux côtés de l'écran. Les souvenirs des héros se confondent avec ceux des spectateurs, dans un vertige incroyable où les deux mondes s'enchevêtrent pour se réconcilier. Un peu comme le vieux Peter Pan de Hook, qui se méfiait de ses propres souvenirs, et donc de lui-même, jusqu'à ne plus savoir voler (un autre point commun), l'Élu a oublié. Le public, lui, a probablement perdu espoir face à un retour de Matrix, après une trilogie complétée.

Les seuls à avoir la foi sont les membres du nouvel équipage, mené par le personnage de Jessica Henwick. Eux qui ont trouvé une raison de vivre et ouvert les yeux grâce à Neo, portent encore la lumière de l'espoir. Et c'est probablement la plus belle déclaration d'amour de Lana Wachowski aux fans de Matrix.

 

Matrix Resurrections : photoLast Action Hero

 

b(O)ulet time

Mais Matrix Resurrections ne peut échapper à son propre programme de super-spectacle. Car la révolution visuelle du premier film s'est refermée comme un piège sur la trilogie. D'un côté, les sœurs Wachowski n'ont pas bêtement cherché de nouveaux gimmicks, préférant exploiter les règles établies pour replacer l'attention sur l'histoire. De l'autre, les scènes d'action dantesques de Reloaded (l'autoroute) et Revolutions (l'assaut de Zion) n'ont pas entièrement satisfait le public, qui avait largement boudé le troisième opus.

Où aller à partir de là ? En quête d'une prochaine révolution technique à la Avatar ? Dans le confort d'un recyclage, sous forme de boucle sans fin ? Reloaded et Revolutions avaient confirmé que les Wachowski ne voulaient pas transformer leur trilogie en bande demo, mais Lana Wachowski a conscience qu'elle ne peut échapper aux petits miracles qu'elle a elle-même mis en scène. Resurrections intègre donc cette donnée à l'équation.

Devenu la marque de fabrique de Matrix, usé jusqu'à la corde en l'espace de quelques années, par tout le monde et surtout n'importe qui, l'effet bullet time devient l'arme absolue d'un ennemi dans le film. Dans une scène lourde de sens, il l'exploite à l'extrême et piège Neo (et donc, le public) en retournant son arme contre lui. La liberté exaltante d'hier est la prison infernale de demain. Ou comment réfléchir le succès de Matrix et ses dérives, en termes de cinéma et imaginaire.

 

Matrix Resurrections : photo, Yahya Abdul-Mateen II, Jessica HenwickY'a comme un Bugs au plafond

 

Dans la lignée de Reloaded et Revolutions, Resurrections rappelle que l'action n'a jamais été le seul (voire le vrai) moteur de la Matrice des Wachowski. La déception sera sans doute au rendez-vous pour le public venu chercher le prochain stade d'évolution du grand spectacle : Lana Wachowski (qui a réalisé toutes les scènes, sans seconde équipe comme la majorité des blockbusters) ne va pas dans cette direction.

Bastons, fusillades et carambolages : Matrix 4 rejoue des scènes plus ou moins classiques, jamais avec la volonté de révolutionner le jeu, mais toujours avec un grand savoir-faire. La maîtrise technique offre une poignée d'images sensationnelles, quand quelques idées diaboliques viennent pimenter l'action (notamment une pluie totalement sinistre sur le bitume).

Néanmoins, le film trouve rarement son cap côté action, soit parce que la séquence semble trop précipitée (le couloir du début, le train), soit parce qu'elle manque d'un enjeu pour tous les personnages impliqués (les scènes qui mettent en scène toute la bande). Le joker des pouvoirs de Neo n'arrange rien, aidant la résolution de beaucoup trop de situations. Enfin, la musique de Johnny Klimek et Tom Tykwer n'impulse pas la même énergie que celle de Don Davis et ses collaborateurs sur la trilogie. À ce niveau, la saga Matrix se confond un peu dans la masse, au lieu d'écraser toute la concurrence comme à ses débuts.

 

Matrix Resurrections : photoPriorité à droite


la douleur des SENTIMENTS

Si Matrix Resurrections est bien la suite de la trilogie Matrix, c'est aussi un vibrant écho à Cloud Atlas et Sense8 (Brian J Smith, Max Riemelt, Eréndira Ibarra, Toby Onwumere, Mumbi Maina et Freema Agyeman sont d'ailleurs de la partie). L'idée de destins entremêlés et de reconnaissance presque magique entre les âmes continue à s'écrire autour de Neo et Trinity, au sein d'une plus grande réflexion sur un monde moderne rongé par le désir et la peur.

Cette ligne structure le film, et l'empêche d'être emporté par ses défauts. Dans les grandes largeurs (le retour de Morpheus semble finalement superflu) ou les détails (la réapparition du Mérovingien en clodo déglingué), en passant par quelques saillies humoristiques malheureuses (la trilogie en avait aussi), Matrix Resurrections n'a pas la pureté narrative des trois précédents films.

Même les longs discours sinueux de l'Oracle et de l'Architecte avaient un sens clair dans la trajectoire des héros. Dans Resurrections, la main est plus lourde, avec notamment des parenthèses bavardes et explicatives dont le montage semble vouloir se débarrasser. Si bien que les nouveaux personnages ont du mal à prendre leur envol, malgré le talent de Jessica Henwick notamment.

 

Matrix Resurrections : photo, Keanu Reeves, Carrie-Anne MossLe saut des anges

 

Mais ce n'est pas ça qui compte et reste dans Matrix Resurrections. La bataille ne mérite d'être vécue que parce qu'elle a lieu dans les yeux et les cœurs de Neo et Trinity, et Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss. Grâce à une mise en scène devenue plus sensuelle et moins géométrique depuis Sense8, Lana Wachowski les filme comme pour la première fois, captant le passage du temps dans leurs yeux et sur leurs visages avec une tendresse parfois déchirante.

Les plus beaux moments sont avec eux, lorsque l'acteur de John Wick retrouve sa fragilité d'hier, et que Carrie-Anne Moss rappelle à quel point elle n'a pas eu les rôles qu'elle méritait vu son talent. Tout le monde, personnages comme scénaristes, œuvre dans le sens de leurs retrouvailles, jusqu'à un climax qui prend presque le contre-pied des attentes, pour offrir des images inattendues et sensationnelles.

Matrix Resurrections est une profession de foi. De Neo en Trinity, et de Trinity en Neo. Du studio Warner en Lana Wachowski, et en Matrix. Et finalement, de Hollywood en son public ; celui qui aime être diverti, mais également stimulé et dérangé. Ne reste plus qu'à espérer qu'il y ait encore suffisamment de cœurs et des cerveaux câblés pour replonger dans la Matrice. Sinon, ce sera une nouvelle mort cérébrale pour cette partie de l'usine hollywoodienne.

 

Matrix 4 : Resurrections : Affiche française

Résumé

Matrix Resurrections va passionnément diviser et décevoir, et tant mieux. C'est le grand film fou qui déconstruit Hollywood, la suite qui repense l'idée de la suite, et sert de vaccin après les recyclages faciles de toutes les franchises. Un retour salvateur dans la Matrice, moins là pour épater la galerie côté action, que vibrer sur une émotion inattendue et unique.

Autre avis Alexandre Janowiak
Matrix Resurrections est une anomalie hollywoodienne. Un trip meta déconstruisant les blockbusters contemporains dans un récit presque anti-spectaculaire pour déployer sa force à travers l'amour de ses personnages. C'est stimulant, un peu émouvant, incontestablement trop structuré et conscient de lui-même, mais plus que bienvenue.
Autre avis Simon Riaux
Explosion thématique et sensorielle, ce nouveau Matrix se jette sur le mur Hollywoodien à la manière d'un kamikaze amoureux. Romanesque, énervé, désespéré, le film impressionne et entraîne.
Autre avis Mathieu Jaborska
Comme ses prédécesseurs, cet ultime Matrix s'appuie sur la frustration qu'il peut susciter pour mieux s'exprimer, quitte à se mettre à dos encore plus de passionnés. Mais ce qu'il en tire est si fascinant, si nécessaire à son temps, qu'on en ressort forcément fascinés.
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Lecteurs

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commentaires
Trac
21/01/2022 à 01:45

Finalement j'ai trouvé le scénario assez bon , avec de bonne idées pour faire revivre le mythe et le côté on tire a boulets rouges sur l'industrie qui bousille nos classique et assez intelligent pour contrebalancer le truc des franchises Revival voulut par des types remplis de coke dans les bureaux des studios , et qui non aucun sens . Mais le problème du film c'est sa réalisation qui n'est pas bonne les scènes d'action sont très mauvaise mal chorégraphié on voit que la légende chinoise woo ping n'est plus là pour chapeauté et tout est assez mal filmé et clairement illisible ce qui est le comble pour un Matrix . Je peux comprendre que les 3/4 dès spectateurs ce sont senti flouer c'est d'ailleurs ce que le film dénonce dans son intro ou des geeks brainstorming sur ce qu'on doit donner au public pour faire un bon Matrix 4 . Lana washowski a eu l'intelligence de prendre tout le monde a contrepied et c'est vraiment louable . Le film est bourré de défaut technique comme sa photographie qui est ingnoble et le partie prix numérique et certains effets spéciaux absolument hasbeen c'est vraiment dommage . Y'a tellement a dire sur ce film ... 3.5 étoiles me paraît une bonne note tellement le paris était osé

Birdy en noir
17/01/2022 à 07:29

Finalement, elle a encore de sacrées couilles Lana...

Didier
12/01/2022 à 17:31

Suite à cette trilogie j'en attendais beaucoup (pour cette version 4) Quelque chose d'innovant a la hauteur de cette suite ! Très déçu !!!!!!! je me suis demandé si j'avais compris ce qu'il fallait comprendre ou l'inverse, je suis perdu dans le miroir !!Niveau action comme d'hab !

Geoffrey Crété - Rédaction
05/01/2022 à 15:43

@Flo

Je sais, c'est pour bien ça que j'ai écrit "dépend beaucoup d'une chose : le facteur humain". Reste que Halloween est pur exemple de franchisation, pure et dure. L'opposition entre les petits films hors système et les gros films cyniques de studio me semblant caricaturale, je trouve cette anecdote amusante pour Jim Cummings.

Quant à Lana Wachowski qui récupère Matrix avant que ça ne soit lancé sans elle... c'est une théorie, ou un fait ? Lana ayant dit que Warner les appelait chaque année depuis la fin de la trilogie pour leur demander de faire une suite, je me demande pourquoi ils auraient attendu si longtemps.

Pour le côté sentimental, oui il est assumé, revendiqué, parfaitement en adéquation avec Sense8 et Cloud Atlas, comme souligné dans la critique. A chacun.e de voir si ce sont des portes ouvertes enfoncées (moi j'en vois dans The Beta Test, comme quoi), et si on partage cette sensibilité. Qui n'a rien à voir avec un détournement à la Verhoeven (je parlais uniquement de l'aspect business du gros budget, dans l'opposition simpliste entre petit et gros budget). Sachant que Verhoeven lui-même a été bouffé par le monstre, puisqu'il regrette Hollow Man (que pour ma part je trouve excellent).

Flo
05/01/2022 à 15:35

Lisez donc l'interview de Jim Cummings dans Cinemateaser : il n'était dans "Halloween" que pour David Gordon Green. Et cite "South Park" comme preuve que Hollywood ne se vexe pas quand on se moque d'eux brutalement, uniquement pour ne pas passer pour des ringards pas cools. Image de marque !
De toute façon, la franchise compte plus, et ce qu'elle rapporte, peu importe le prix que ça coûte pour le financer et même si elle fait sa petite critique au passage... Matrix inclus - de toute façon, Lana Wachowski n'a récupéré le bébé qu'in extremis avant qu'ils ne le lancent sans elle... Et c'est justement le côté sentimental qui l'intéresse le plus, pour faire le deuil de ses parents. Sa critique, enfonçant les portes ouvertes (pour qui en a déjà beaucoup vu), est en accord avec ses envies d'espoirs actuels, un peu naïfs. Mais rien à voir avec le détournement politisé d'un Verhoeven, basé sur d'anciens goûts hollywoodiens pour la violence et le sexe vendeur, mais dans des films légèrement plus "Bis" pour lui.

Zorro
04/01/2022 à 13:25

Je n'ai absolument rien compris. Qui est l'analyste ? Il est où Morpheus ? On passe du temps à expliquer des blagues sur la Warner et faire des clins d'oeil au premier opus, Neo se bat comme John Wick. Et bla et bla et bla. J'aurais préféré ne jamais le voir pour garder le souvenir de la première trilogie intacte. Bref, ça m'a fait le même effet que la révélation du Mandarin dans Iron Man.

Gacho
31/12/2021 à 22:52

J'aimerais que Flo nous parle du financement du Missile par Warner ( silver products et village roadshow soit 10000% Warren et 1000% Hollywood)contre lui même..Vous sous entendez qu'ils ont payé tt le film et découvert le jour de sa sortie le Missile??? etes vous sérieux???

Geoffrey Crété - Rédaction
31/12/2021 à 14:12

@Flo

Je l'ai vu, notamment parce que j'aime beaucoup Jim Cummings dont je parle avec passion depuis Thunder Road (et par manque de temps, impossible de traiter ce film qu'il a co-réalisé).

Non seulement ce n'est pas du tout le même genre de missile à mes yeux (The Beta Test vise plutôt les gens de l'industrie et les gens de pouvoir au final, et pas l'aspect business de l'industrie filmique comme Matrix), mais en plus, je trouve celui de The Beta Test beaucoup moins virulent et extrême que prévu (on a fait plus extrême et cruel sur Hollywood, argent, pouvoir et sexe). Sans parler du côté sentimental de Matrix, absent de The Beta Test, plus sarcastique et cynique jusqu'à l'ultime scène. Et du côté meta de Matrix, qui existe précisément car c'est à un niveau de gros budget et de franchise (ce qui rend le missile plus pervers selon moi : créé au coeur du système, comme un Verhoeven de l'époque Starship Troopers).
Deux films, deux types/envies de missiles. Travailler au sein et en dehors du système offre des armes, des possibilités et des moyens différents, mais tout aussi pertinents.

PS : J'aime beaucoup Jim Cummings et particulièrement son appel à la créativité chez tout le monde, mais pour quelqu'un qui détesterait Hollywood comme vous dîtes, il a bien joué le jeu dans Halloween Kills, parfait représentant de cette industrie de recyclage. Il fait bien ce qu'il veut et je n'y vois aucun problème, mais ça montre bien que ce monde est plus nuancé et dépend beaucoup d'une chose : le facteur humain. Pour Cummings ou les Wachowski.

Flo
31/12/2021 à 14:07

Vous devriez vite voir "The Beta test" de Jim Cummings... C'est plutôt lui le vrai missile contre Hollywood du moment, par quelqu'un qui déteste vraiment l'endroit - et qui a le mérite de le faire en quasi indépendant, pas avec une franchise a gros budget.

Flo... suite
29/12/2021 à 13:23

Rebelote avec l’autocritique, en lien cette fois avec la production hollywoodienne…
Ce qui équivaut ici à mordre la main qui vous nourrit tant cela reste une franchise qui a une identité Cool, qui coûte chère et qui fait vendre. N’est pas « La Grande Aventure Lego » qui veut (un seul film suffisait là aussi, nous prenant complètement par surprise). Ce n’est d’ailleurs même pas assumé directement – on utilise l’industrie du jeu vidéo à la place… pour mieux autocritiquer l’échec de l'ancien jeu en ligne Matrix ?
Et même l’amalgame facile avec certains studios rois du box-office (D et M), qui a pu être détecté dans le propos du film, en deviendrait hypocrite tant la Warner elle-même se pose régulièrement comme leur challenger plaintif… qui a aussi beaucoup d’argent, mais se prend toujours beaucoup trop au sérieux. Qu’on ne s’y trompe pas, eux aussi sont dans « le Système », et ne le bouleversent en rien.
Aucun Zeitgeist ici, rien d’autre que les automatismes ordinaires d’une grosse entreprise, ainsi que le constat que les icônes et les histoires seront toujours racontées à l’identique pour chaque génération qui vient de se renouveler… comme depuis des siècles et des siècles.
Laissons de côté ce genre de piste réflexive, elle est si banale qu’elle en est intellectuellement indigente.

Car Méta, le premier film l’était un peu déjà, mais il ne se mettait pas pour autant à un niveau supérieur par rapport au public, il l’accompagnait côte à côte… Et surtout il restait incroyablement ludique, il ne parlait pas qu’aux initiés. Il y avait toujours quelque chose de réjouissant et un peu punk dans les bastons, dans les looks, l’insolence… ça parlait à tous ceux qui aiment aussi s’amuser, surtout que ça avait l’innocence d’un récit initiatique.
– Puis il fut parodié un peu partout à la vitesse de l’éclair, le figeant peut-être trop dans une posture que les Wachowski essayèrent ensuite de rendre plus intelligente, avec encore plus de philosophie, de mythologies (grecques, en accord avec l’installation définitive des super-héros au cinéma). Et alimentant hélas l’hystérie facile des fans érudits… Ainsi que d’éniemes parodies devant le ridicule (pas très assumé) de cette défense –
Encore une fois, plutôt qu’à profiter du spectacle, ce serait dommage si l’intérêt ne se résume ici qu’à poser des questions philosophiques, insinuées ou non dans le film. Ce dont l’époque que nous vivons actuellement n’est surtout pas avare malgré des menaces constantes de nivellement par le bas. Avec trop souvent des résultats stériles malgré ces mêmes réflexions, car dénuées d’action en conséquence.

L’Action dans ce nouveau « Matrix », justement…
Aucune scène visuelle ou musique suffisamment inventives et mémorables ici, même par rapport aux séquences un peu plus lissées des anciennes suites. Que du kung-fu un peu raide, une propension à l’accumulation de corps, ce qui n’est pas bien lisible, beaucoup trop de mouvements répétitifs (les espèces de champs de force de Neo) ainsi qu’une étrange utilisation de l’imagerie Zombie… Peu de Temps pour se faire, à priori (contrarié par la pandémie).
L’action n’y est plus du tout intégrée à la narration, on ne retiendra qu’une étonnante scène de double vitesse temporelle, mais c’est tout, bien peu de Cinéma là dedans.
L’imagerie cesse d’être trop monochromatique et donc froide (le vert et blanc) au profit d’une clarté chaude déjà annoncée dans le plan final du dernier film, et plus vu ensuite dans la série « Sense8 ». Sans que ça ne soit trop beau non plus.

Mais s’il est dommage que l’histoire d’amour n’y soit pas racontée directement de tout le film, en évoluant à contrario de la critique naïve (ou cynique), ce quatrième volet finit enfin par déjouer toutes les attentes en étant… Amusant.
Pas virtuose non, mais marrant, décalé, gratuit, souvent fait d’absurdités et de capillotractages, cessant de trop se prendre au sérieux et d’être écrasant…
C’est réellement une suite/remake, se regardant elle-même mais sans orgueil, refaisant à l’identique le parcours du tout premier : celui où les personnages principaux étaient moins puissants, donc moins raides et désagréables… où on trouvait des héros fans et enthousiastes (Tank, et maintenant l’énergique Bugs)… où un équipage de guerriers, même composé d’acteurs moyens, arrivait vite à être attachant.
Et remplie de détails et références partout Partout, des passages/miroirs (la suite de Alice au pays des merveilles) jusqu’à un papier peint semblant composé de fractales… Le jeu de piste en redevient sacrément ludique mais au sens large et populaire, à nouveau :
La présence des différentes itérations de l’acteur Keanu Reeves (le nerd, le naïf, le triste, le Jésus/dieu), même s’il est un peu distant…
Des revenants/équivalents qui sont joués par d’autres acteurs, comme si on était vraiment dans une parodie hilarante…
La description de l’évolution plus ou moins normalisée entre humains et machines, mais en évitant de justesse d’être bien trop assommante, même avec la présence d’un verbiage technologique accessible aux seuls initiés…
Une bonne part de second degré, souvent bêta, qui donnera l’impression que cet épisode est plus une comédie dramatique, toute entière tournée vers un optimisme énorme.
Quasiment le même divertissement généreux et un peu rédempteur qu’un « Spider-Man No Way Home », à la différence que son développement n’a pas besoin d’être tourné vers le tragique.
Normal, on y a comme deux pièces maîtresses des personnages mâtures, qui ont vécu, redonnant aussi plus de lustre à son héroïne principale… si on est très patient.
Là aussi, tout ça aura surtout servi qu’à amener à un statut (et une belle scène finale) que les fans aimeront beaucoup.
Où comment ici (se) faire plaisir avec un film-épilogue où il n’y rien à prouver, dénué de toute solennité.



Alors, Artistes ou Fumistes ?
Et pourquoi pas assumer d’être les deux à la fois..?
Quentin Tarantino le fait bien (mais il y a effectivement plus de cinéma « tangible » chez lui).
Et puis, être plusieurs choses à la fois, c’est aussi bien le credo des Wachowski que de l’évolution du blockbuster moderne.
L’assumer libère de toute honte.

« Libère ton Esprit ! »

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