Films

Cure : l’anti-Seven de Kiyoshi Kurosawa

Par Mathieu Jaborska
25 novembre 2021
MAJ : 21 mai 2024
4 commentaires

Dès 1997, David Fincher avait de la concurrence : Kiyoshi Kurosawa retournait déjà les codes consacrés par son Seven avec Cure.

photo, Kôji Yakusho

31 Janvier 1996. Seven atterrit sur les écrans français et assène une monstrueuse baffe aux spectateurs. Mais ceux-ci sont loin de se douter qu'ils vont devoir tendre l'autre joue à un Kiyoshi Kurosawa en pleine ascension quelques mois plus tard, lors de la sortie du définitif Cure, devenu malgré lui un reflet déformé du classique de David Fincher. Quoi de mieux pour commencer à aborder l'oeuvre de Kiyoshi Kurosawa que le film qui l'a révélé au grand public ? Cure s'est exporté aux quatre coins du monde, plus intensément encore en Europe. Peut-être est-ce parce qu'il emprunte justement beaucoup aux codes occidentaux du thriller, pour mieux les détourner. À l'aune de la réédition du long-métrage par Carlotta et maintenant que le cinéaste s'est imposé comme une vedette du cinéma d'auteur, réexaminons comment Cure pervertit les archétypes d'un genre américain pour faire éclore des thèmes bien à lui et une filmographie atypique.   Un film X   born in the usa Certains font remonter le déclin des films de serial killer à l'après-Seven, d'autres à ses rejetons illégitimes (Bone Collector, Saw) ou même au Zodiac du même David Fincher. Et si c'était plutôt Cure qui sonnait le glas de cette période riche en monuments de pop culture (Le Sixième sens, Le Silence des Agneaux, Copycat, les plus poisseux Henry Portrait d'un serial killer et Maniac) ? Et si l'apogée de ce sous-genre s'était terminé lorsqu'il a été dépossédé de son identité américaine ? Évidemment, ça fonctionne dans les deux sens : Kurosawa a pu compter sur la popularité de Seven et consorts pour lancer malgré lui une carrière internationale. Il n'a jamais nié avoir volontairement beaucoup emprunté aux lubies de ses homologues américains, chez IGN par exemple en 2001, année de sortie du film aux États-Unis : "Cure est en effet un triller psychologique et un film policier et j'ai emprunté le style de ces genres aux conventions américaines. Et bien sûr, la première partie correspond parfaitement à ce cadre".   Le génial Kôji Yakusho, qui a recollaboré plusieurs fois avec Kurosawa ensuite   Une suite de meurtres tous perpétrés avec un modus operandi pour le moins glauque (une croix gravée dans le cou), un duo de flics complètement perdu et un étrange suspect aussi insaisissable qu'inadapté aux lois humaines... Tous les ingrédients sont là. Pourtant, même au coeur d'une première moitié qui ne flirte en effet pas encore avec le fantastique, quelque chose ne va pas. Dans une scène d'introduction glaciale, un plan fixe strié de zones d'ombres nous montre un trentenaire moyen assassiner une prostituée à coups de tuyau. Autrefois réalisateur de Pinku Eiga (cinéma érotique japonais), Kurosawa choisit pourtant de filmer la nudité et la violence avec un recul quasi littéral (le plan est assez large). La morbidité est bien là, la pesanteur aussi. Un seul élément manque à l'appel : le grand spectacle de la mort, remplacé par la banalité du geste.   Le surcadrage pour esquiver le spectacle   Entendons-nous bie...

Ce contenu est réservé aux abonnés

Rédacteurs :
Rejoignez la communauté pngwing.com
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
4 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
sylvinception

« Dès 1997, David Fincher avait de la concurrence »

C’est bon de rire.

PETITCALIMERO

Un des plus grands films de l’histoire du cinéma. Une expérience vertigineuse, une véritable séance d’hypnose qui fait partie de ce rares œuvres face auxquelles on a encore l’occasion de se demander: « Mais enfin, comment il a fait ça? ». Un chef d’oeuvre aussi important que les plus grands films des plus grands maitres (oui oui, c’est à la hauteur d’un Fellini, d’un Tarkovski, d’un Bergman, d’un Sokourov,…les grands dingo quoi)

Ray Peterson

Pour ma part, je ne serais pas aussi dithyrambique que mon collègue du dessous mais il est indéniable que l’on avait avec ce film l’accès à un grand cinéaste. La séquence finale est à glacer le sang et le tout au 2nd plan. Belle figure du mal qui, il est vrai, rappelle celle de SeVen par certains aspects avec ce coté jusqu’au boutiste typique de la fin des 90’s à l’aube du nouveau millénaire. 3 ans après y’avait aussi le très beau Kaïro….

Mera

Je déteste ce film, et généralement j’ai du mal avec Kurosawa dès qu’il s’attaque à l’horreur, certes un thriller ici mais avec des relents fantastiques/horrifiques, de lui je préfère mettre en avant Vers l’autre rive, l’incroyable mini série Shokuzai ou les curieux Creepy et Real.