Chihiro, Mononoké... sur Netflix : Miyazaki avait tout compris au monde, avant tout le monde

La Rédaction | 5 janvier 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 5 janvier 2021 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Féminisme, écologie, technologie... Les films cultes de Hayao Miyazaki (qui fête ses 80 ans ce 5 janvier), des studios Ghibli, sont sur Netflix, et les revoir en 2020 rappelle leur modernité.

En 2003, Le Voyage de Chihiro est le premier dessin animé non-américain à recevoir l’Oscar du meilleur film d’animation. Et avec 23 millions d’entrées, c'est le plus gros succès au box-office de l’histoire du cinéma japonais. 

Mon voisin Totoro est l'histoire de la création d'une mythologie. Une mythologie si crédible et appréciée que le film dont elle est tirée innerve la société japonaise jusque dans ses écoles primaires. 

Nausicaä de la vallée du vent est l’un des récits les plus importants de la science-fiction post-apocalyptique, certainement l’oeuvre la plus visionnaire et engagée du japonais…

 

photoLa seule façon de pointer un Miyazaki du doigt 

 

Mais alors qu’il lui aura fallu une vingtaine d’années et la sortie de Princesse Mononoké en 1999 pour voir son oeuvre rayonner à l’international et transcender les barrières des cercles d’amateurs d’anime et de manga japonais, alors que le public n’imagine désormais plus de monde sans Hayao Miyazaki, Netflix s’est associé au Studio Ghibli pour offrir l’une des plus belles surprises de l’année à ses utilisateurs (et certainement rafler quelques abonnés japonais et otakus).

En trois vagues de sept longs-métrages étalées sur trois mois, le géant du streaming intègre à son catalogue les films du célèbre studio créé par Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Février a vu arriver Le Château dans le ciel (1986), Mon voisin Totoro (1988), Kiki la petite sorcière (1989) et Porco Rosso (1992). Mars aura la chance de charrier Nausicaä de la vallée du vent (1984), Princesse Mononoké (1997) et Le Voyage de Chihiro (2001), quand avril clora cette danse grâce au Château ambulant (2004), à Ponyo sur la falaise (2008) et au Vent se lève (2013). 

Dessinateur, réalisateur, producteur, mais surtout penseur visionnaire, ce maître de l’animation a planché toute sa vie sur des thèmes résolument contemporains. De son optimisme criant à sa foi en la jeune génération, de son discours sur la relation entre humanité et nature à ses réflexions sur la technologie, l’écologie, la guerre ou encore les mutations de la société, la poésie de son oeuvre est d’une générosité telle qu'elle ne cessera peut-être jamais de faire parler d’elle. 

 

photoEnfin si... parfois elle ne parle pas et c'est mieux comme ça

 

GUERRIÈRES ET PRINCES EN DÉTRESSE

Dans les univers de l'anime et du manga, une figure revient souvent, celle d'un personnage féminin souvent très jeune, une guerrière, une combattante, une héroïne... Bien entendu, l'œuvre de Miyazaki regorge de ce type de personnage. Et ici, on ne parle pas d'un féminisme opportuniste qui dépend des mœurs des patrons de studios américains. Dans l'univers d'Hayao Miyazaki, hommes et femmes sont équitablement capables du meilleur comme du pire. Prenons pour exemple Nausicaä de la vallée du vent, son deuxième long-métrage. L'héroïne Nausicaä est intrépide, intelligente, érudite, inventive, indépendante, elle agit pour le bien de son peuple et de la nature. Face à elle, Kushana dispose des mêmes qualités, sauf qu'elle agit surtout pour servir ses propres intérêts (et un peu pour son empire).

Parmi les plus badass, on peut évoquer Dora dans Le Château dans le ciel, la cheffe des pirates du ciel qui ne recule devant rien serait inspirée de la maman du réalisateur. Il y a aussi Fio, l'ingénieure de Porco Rosso qui n'a pas peur de tenir tête à des pirates pour protéger l'avion qu'elle a construit. N'oublions surtout pas l'espionne Fujiko Mine dans Le Château de Cagliostro, elle a eu droit à sa propre série en 2012. Car, le co-fondateur du Studio Ghibli donne aussi de la profondeur à ses personnages secondaires. Surtout si c'est pour rendre hommage à sa mère, un des spectres qui gravitent autour de la plupart de ses films.

 

photoNausicaä, élevée au rang de divinité.

 

Mais il n'y a pas que les guerrières dont il est question. Hayao Miyazaki crée aussi des héroïnes altruistes qui font tout ce qu'elles peuvent pour aider les autres, même si elles ne s'en croient pas capables. Dans Kiki la petite sorcière, Kiki (âgée de treize ans) retrouve sa magie pour voler au secours de son ami tombo. Dans Le Voyage de Chihiro, l'héroïne de dix ans se démène pour sortir de ce cauchemar éveillé, elle remue ciel et terre pour sauver Haku et pour retrouver ses parents. Dans Ponyo sur la falaise, Ponyo n'a que cinq ans et elle refuse déjà l'avenir que son père veut lui tracer. Vous l'aurez compris, les filles sont précoces chez Miyazaki, tandis que les garçons restent souvent dans leurs bulles.

Vous êtes sans doute en train de vous dire qu'on l’a oublié, mais non, nous n'avons pas oublié San de Princesse Mononoké. Ce chef-d'œuvre vient continuer le travail de Nausicaä de la vallée du vent. San est certainement, avec Nausicaä, la protagoniste la plus badass et charismatique de tout le cinéma de Miyazaki et même de tous les films du Studio Ghibli.

Ce qui est fort avec Princesse Mononoké, c'est que le héros Ashitaka est vraiment impressionnant dès les premières minutes du film. L'intrigue va jusqu'à lui donner une force surhumaine et c'est peut-être ça qui lui permet d'être l'égal de San. Cette dernière a été élevée par des loups, on est au-delà de la jeune femme émancipée, on parle d'un personnage qui entre dans ta maison pour en faire sa tanière si ça lui chante. Si San existait réellement de nos jours, elle aurait encore plus de haters de Greta Thunberg, sauf qu'ils ne diraient pas grand-chose par peur de se faire trancher la gorge. Et elle a quinze ans.

 

SanCours te cacher, petit patriarcat, l'avenir fonce vers toi.

 

Et le cas Princesse Mononoké ne concerne pas que l'enfant louve. La majorité des personnages féminins sont des femmes indépendantes qui n'ont pas besoin d'être sauvées par un prince charmant, en particulier l'antagoniste Dame Eboshi. Ses capacités physiques et intellectuelles sont hors-normes, ancienne courtisane de l'empereur et actuelle cheffe de son village, elle est une version adulte et malfaisante de San. Et c'est là la véritable opposition idéologique des films de Miyazaki : plutôt que de créer une dualité entre hommes et femmes, son cinéma oppose la pureté de la jeunesse et la corruption de l'âge adulte. Le progrès réside dans une jeunesse tournée vers l'avenir.

Avec des princesses dures à cuire comme Nausicaä et San, oui car ce sont des princesses, Hayao Miyazaki peut se féliciter d'avoir devancé Disney et la plupart des autres studios hollywoodiens. Les héroïnes de Miyazaki auront inspiré de nombreux personnages de la pop culture japonaise et internationale. Il est d'ailleurs assez aisé de les pasticher aujourd'hui, mais il est rare de découvrir des protagonistes et des intrigues réellement à la hauteur de ce qu'on a pu voir dans les univers de Ghibli.

 

KikiMon héroïne bien aimée

 

UN COEUR, C'EST LOURD À PORTER 

Si on regarde les films d'Hayao Miyazaki d'un point de vue extérieur et moralisateur, on passe complètement à côté de son oeuvre. On raterait l'importance qu'il y a à partager les émotions des personnages et ne comprendrait pas l'intention qu'il y a derrière l'action. 

Ponyo est certainement l’héroïne à laquelle Hayao Miyazaki a insufflé la plus forte intentionnalité de toute son oeuvre, peut-être même devant San ou Nausicaä. La volonté de Ponyo peut sembler banale quand il s’agit pour elle d’utiliser les méduses comme moyen de locomotion vers la surface de la mer, mais qui, pourtant, lui est bien chevillée au corps. Sa nature profonde n'est pas vraiment décrite, mais sa volonté de rencontrer le petit garçon Sosuke entraine le déferlement d’une puissance extraordinaire et l'enchaînement d'évènements abracadabrantesques. 

La transformation de Ponyo en petite fille témoigne d'une puissance inouïe du personnage, car l’unique instrument de cette métamorphose est sa volonté propre. Le désir de Ponyo de transformation, de rencontrer le monde et les humains est le moteur de tout le film. C’est un personnage qui est poussé par un désir fou, un appétit de vivre. Elle VEUT découvrir, manger et s’émerveille de tout ce qu’elle rencontre. Et cette volonté est présentée avec un optimisme génial. Avec Ponyo sur la falaise, on voit qu'un désir qui s'affranchit de toute limite et qui dit NON peut faire pousser des ailes. Ne pas se mettre du côté de Ponyo, ce serait manquer l'exaltation de l'émancipation. 

 

photoTant pis pour la raison, pourvu que je sois humaine !

 

D'autres héroïnes et héros d'Hayao Miyazaki témoignent eux aussi d’une forte volonté, bien moins irréfléchie que celle de Ponyo, mais non moins puissante et déclarée. Celle de Nausicaä la pousse à se dresser face au monde, aux clans en guerre, en porte-parole de la Fukaï et de ses ômus, jusqu’à la faire devenir l’élu annoncé par une prophétie. Celle de Chihiro lui fait soigner le monde, esprit après esprit. Lui permet de sauver ses parents et porte encore une fois un message fou d’optimisme : les enfants rattraperont les erreurs de leurs parents. Celle d’Hauru (Le Château ambulant) est profondément pacifiste, tellement tourner vers la paix et l'antimilitarisme (on y reviendra) qu'elle le transforme progressivement en une sorte de monstre volant. 

Celle de Mononoké est un peu différente. Non moins chevillée à son être, sa volonté indéfectible de sauver la forêt est constitutive de sa personne. "Mononoké" est un autre nom donné aux yōkai du folklore japonais. Ces esprits, démons ou apparitions étranges qui appuient chacune des peurs et des angoisses humaines, sont les incarnations des obsessions des vices, craintes, mal-être, blessures, rancoeur et autres états émotionnels compliqués de l'humain. 

San, l’enfant des loups peut-être vu comme la volonté pour tout ce qui n'est pas humain, pour ce monde rempli d'esprits et de divinités qui se meurt de ne pas disparaitre, ou d'arrêter de disparaitre. Elle n'est d'ailleurs pas le personnage qui intéresse le plus Hayao Miyazaki dans Princesse Mononoké. Elle est plus un symbole que véritablement humaine, donc elle est moins incarnée que son pendant masculin Ashitaka. 

 

photoPetits êtres d'un autre monde

 

Or s'il y a bien un personnage qui transcendé sa volonté dans Princesse Mononoké, c'est celui de Dame Eboshi. Alors qu'elle est la "méchante", c'est vraiment son personnage qui est mis en avant. Elle porte en elle l'ambivalence de l'oeuvre d'Hayao Miyazaki. Parce qu'elle est, d'abord, un de ses personnages à n'être pas placé ouvertement du côté du Mal. Ensuite parce que ce qui la rend mauvaise (elle comme d'autres personnages), c'est sa soif de puissance et une volonté de l'assoir tenant de la folie

Que ce soit Dame Eboshi de Princesse Mononoké ou la princesse Kushana de Nausicaä de la vallée du vent, les deux femmes sont prises entre deux feux. Celui de la guerre des hommes et celui des dieux de la forêt, Dieu Cerf ou Fukaï, dont elles veulent se venger et qu'elles comptent assiéger grâce au progrès technique. 

 

photoAffrontement de deux puissances

 

REGARDE MON BEL AVION  

Le soin qu'Hayao Miyazaki apporte à la technologie est un autre témoignage probant de l'ambivalence inhérente à l'homme qu'il se plait à décrire (et qu'il ressent lui-même). La technicité dépeinte dans toute son oeuvre peut aussi bien être vue comme une source d'émerveillement le plus total, que comme un cauchemar absolu. Une force de création aussi bien qu'une force de destruction. 

Les objets techniques sont partie prenante du merveilleux dans son cinéma. Dans Princesse Mononoké, impossible de ne pas s’émerveiller de la forge de Dame Eboshi autant que des merveilles de la forêt. Dans Le Château ambulant, technologie rétro-futuriste se mêle à une forme de magie et à la force d'un esprit pour faire dudit château un pont entre les hommes et la nature. Et si la découverte progressive des secrets plonge les personnages dans un monde de plus en plus étrange, impossible de ne pas voir le plaisir qu'a pris Hayao Miyazaki à dessiner les rouages techniques de l’engin, à inventer machine aussi ingénieuse qu’intrigante, aussi complexe que merveilleuse. 

 

photoJolie bicoque 

 

On sait du cinéaste qu’il est profondément attaché aux objets volants. Et rares sont ses films qui ne s’envolent pas dans les airs grâce à une machine. Mis à part Mon voisin Totoro, tous ses longs-métrages s’amusent avec les cieux et utilisent l’air à des fins politiques et poétiques. Entre Italie fasciste, beauté de la navigation en plein air et cimetière d'aviateurs, Porco Rosso l'a prouvé dès le début des années 90. Nausicaä de la vallée du vent est plus symbolique. La légèreté du planeur de la princesse répond à la fragilité de l’harmonie entre les hommes et la nature. Quand les énormes engins de guerre volants des armées Toltèques et de Pejite illustrent parfaitement l’ambition destructrice des hommes.

Encore une fois, la technologie est révélatrice de l'ambivalence humaine dans Le Vent se lève, autant que des contradictions du cinéaste face à l'aviation. Le Jirō Horikoshi, ingénieur derrière le symbole de l'impérialisme japonais qu'est le Mitsubishi A6M, dont la vie est romancée dans Le Vent se lève est peut-être le personnage dans lequel Miyazaki s'est le plus projeté. Grand rêveur plus attiré par la beauté des objets volants que par leur pouvoir de destruction, ce n'est pas anodin s'il a fait de lui le héros de son dernier film. 

 

photoPure beauté ou cruauté brute ? 

 

Si le château d’Hauru dans Le Château ambulant est un véritable régal pour les yeux, on y retrouve les mêmes forteresses volantes et inquiétantes que celles de Nausicaä de la vallée du vent ou du Château dans le ciel. Et dans Le Château ambulantHayao Miyazaki accorde un soin tout particulier aux engins de guerre, dévoilant leurs mécaniques pour dénoncer l’utilisation perverse de la technologie. 

La volonté d’Hauru (évoquée plus haut) est toute tournée vers l’antimilitarisme, ce dernier refusant catégoriquement de prendre part à une guerre qu'il juge stupide, absurde et inutile. La guerre qui fait rage n’est jamais vraiment exposée, contrairement à celles de Princesse MononokéNausicaä de la vallée du vent ou du  Château dans le ciel. Elle est opaque et ne se laisse comprendre que par le biais d’armes destructrices imaginées par l’homme. Hauru révélant ces dérives techniques. 

L’absurdité de la guerre est un thème récurrent d'Hayao Miyazaki et elle est souvent enferrée dans une utilisation abusive de la technologie. Les robots géants de Nausicaä de la vallée du vent et du Château dans le ciel ne sont rien de plus que des armes de destructions massives comparables à des bombes atomiques. Laputa est un paradis perdu, un paradis de technologie et d'armements qui a mené ses habitants à leur propre perte. 

 

photoGuerriers humanoïdes de l'apocalypse

 

ÇA PUE L'HUMAIN 

Il y a mille ans, la terre fut anéantie par la pollution de civilisations industrielles. Une forêt toxique a recouvert presque toute la planète et menace les derniers survivants. 

Né aux confins occidentaux du continent eurasien, la civilisation de l’industrie s’était répandue en quelques siècles dans le monde entier pour constituer une gigantesque société industrialisée. Cette civilisation du gigantisme industrielle, arrachant les richesses du sol, maculant les cieux, et allant jusqu’à recréer des êtres vivants à sa guise, parvint à son zénith mille ans plus tard, avant de sombrer dans un déclin fulgurant. 

Nausicaä de la vallée du vent met en scène une jeune fille, Nausicaä, qui doit sauver la planète envahie par la pollution, la forêt toxique nommée Fukaï et hantée par des guerres entre survivants. Présenter le deuxième long-métrage du cinéaste c’est parler, si ce n’est des thématiques de l’oeuvre de Miyazaki dans son ensemble, au moins d’une grande partie de cette dernière. Une partie s’étendant de la série Conan le fils du futur au Château dans le ciel en passant par Nausicaä de la vallée du vent (évidemment) et au manga (non traduit) Le voyage de Shuna.

 

photoLa Fukaï, la plus poétique de toutes les forêts 

 

Quatre oeuvres qui se rejoignent parce qu'elles appartiennent à la science-fiction, qu’elles sont situées dans un futur post-apocalyptique et dans un univers à l’esthétique rétro-futuriste. Nausicaä en est certainement le meilleur exemple puisqu’on y croise des chevaliers en armure, des fantassins munis de fusils, des hommes à bord de monstres volants et des robots destructeurs (sans parler de l'ambiance sonore du film). Au-delà de leur esthétique et du genre auquel elles appartiennent, Nausicaä de la vallée du vent, Le Château dans le ciel et d'autres films comme Princesse Mononoké, se rejoignent grâce au discours emblématique sur le rapport entre l’homme et la nature qu'ils véhiculent. 

Dire qu'Hayao Miyazaki est écolo serait extrêmement réducteur, car c’est une véritable éthique de la Terre qu’il s'est attelée à dessiner. Le réalisateur lui-même ne se désigne pas comme écolo et se plait à rappeler qu’avec tout le café qu’il boit et le papier qu’il gratte, il ne peut être considéré comme tel. Pour bien comprendre la relation qu’il entretient avec la nature, il faut sortir du carcan occidental de ce que désigne le terme "écologie" et se rappeler qu'Hayao Miyazaki est japonais, qu’il a grandi dans une société shintoïste qui a un rapport à la nature très particulier.

Toute chose de la nature, ou presque, y possède une âme. Le rapport de la culture japonaise à la nature diffère complètement de la vision occidentale et judéo-chrétienne qui place l’homme en dominant suprême de son environnement. 

  

photoPetit esprit toujours à craindre ?

 

Or, cette dimension religieuse de la nature, où toute chose a une âme, est très largement représentée dans le cinéma d'Hayao Miyazaki. Quand Chihiro, par exemple, est chargé de préparer le bain d’un esprit putride et qui s’avère en réalité être celui d’une rivière, son corps est blessé, pollué par les activités humaines. Il traine avec lui tant d'ordures (des toilettes, vélos, de la tôle...) qu'il n'est plus devenu qu'un immonde amas de boue puante.  

Doit-on dominer la nature, ou chercher l’équilibre dans nos interactions avec elle ? C’est la question que pose l’oeuvre de Hayao Miyazaki, ce dernier se plaçant du côté l’équilibre. Pas tant en opérant un retour à la nature et qu'en prônant pour les occidentaux le dépassement d’un idéal sociétal posé là depuis des milliers d’années et pour les autres en rappelant les principes du shintoïste. 

Une question au coeur de Princesse Mononoké et qui place Ashitaka, le héros masculin du film, en grand défenseur d'équilibre, lui qui doit poser sur le monde un regard sans haine. Le film détruit purement et simplement l'esprit de la forêt. Un meurtre d'abord lent et réfléchi, qui sert l'industrialisation du Japon par la déforestation et qui se termine en apothéose par une balle tirée dans la tête du Dieu Cerf. Ce qu'il y a de terrible dans Princesse Mononoké, c'est que chacun des camps fait valoir ses raisons aux déferlements de haine et de violence. Au milieu de ces bains de sang absurdes, Ashitaka cherche l'équilibre entre l'humanité et la nature.

  

photoPoser sur le monde un regard sans haine, vaste programme

 

De même, Nausicaä est porteuse d’un message de paix et d’harmonie. Elle a vu ce que tous les hommes sont incapables de comprendre depuis 1000 ans, l'utilité de la Fukaï pour la terre, et l'humanité. Cette forêt toxique qui cherche à protéger la vie et se fait gardienne du renouveau. Dans le long-métrage, l’héroïne va même jusqu’à se sacrifier pour faire entendre la nécessité de la forêt, l’urgence de la cohabitation entre les hommes et elle. 

Là où le discours d’Hayao Miyazaki résonne parfaitement avec tout ce qu’il est possible de lire et entendre aujourd’hui dans la presse et sur les réseaux, c’est dans la manière qu’il a, dans Nausicaä de la vallée du vent ou Le Château dans le ciel, de confronter nature et société avancée, nature et industrie, nature et culture.

Le but de ses récits post-apocalyptiques est de pointer du doigt l’entreprise de destruction de la nature menée par des hommes assoiffés de pouvoir. Dans Nausicaä de la vallée du vent, l’apocalypse est un souvenir, un récit raconté et nommé "Les sept jours de feu". Dans Le Château dans le ciel, c’est un mythe. L'histoire d’une civilisation perdue à redécouvrir par ses ruines ; une sorte d’Atlantide flottante, détruite par la folie des hommes. 

 

photoLaputa, ruines volantes

 

Dans d’autres oeuvres extérieures à cette phase de science-fiction rétro-futuriste, et exceptée Princesse Mononoké, le cinéaste développe un discours plus modéré, loin de l’apocalypse, tout en posant un constat tout aussi consternant. Dans Ponyo sur la falaise, la petite Ponyo, encore poisson, rêve de s’enfuir et s’échappe jusqu’à la surface de l’eau. Mais au moment d’arriver à la surface, elle se fait prendre dans un bocal en verre parce que la mer est immonde, recouverte de déchet. 

Ce discours est donné sans que le cinéaste ne soit jamais complètement misanthrope et jamais vraiment non plus dans une célébration du genre humain. Grâce aux différentes facettes de ses personnages, l'oeuvre d'Hayao Miyazaki enjoint ses spectateurs à avoir une écoute active des autres et de la nature, elle qui ne dit pas toujours ses intentions. Il faut les comprendre par soi-même, en apprenant à écouter.  

 

Tout savoir sur Hayao Miyazaki

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commentaires
Birdy poête
06/01/2021 à 16:45

Au firmament des chefs d'oeuvres absolus du 7è art, quand il faudra décider quels films sauver de la fin du monde, il y aura forcément Miyazaki dans le lot, la seule question sera de savoir combien, et lesquels. Perso mon 1er fut Porco Rosso (coup de foudre total), mon préféré reste Chihiro pour sa richesse inépuisable. Mononoke est une synthèse absolue de son oeuvre, un film que tout adolescent devrait avoir vu pour respecter la nature.

Ken
06/01/2021 à 10:33

Le meilleur réalisateur de tout les temps en terme de films d'animation.

Miel
05/01/2021 à 14:32

@Humain t'es un trou duc' mon gars, tu devrais te rejourir que ces oeuvres puissent atteindre encore plus de monde

JeeBee
02/01/2021 à 16:29

Ce que j'apprécie particulièrement de ses films est la complexité des personnages, tout est en nuance et chacuns ont des motivations crédibles. Mes deux filles ont été initiées aux animés via ses films et sont plus critiques faces aux films unidimensionnels de Disney (la plupart).

Humain
02/01/2021 à 12:13

Déçu que Netflix possède ces chefs d'oeuvres. Il avait dit être contre le fait que ses films soit sur ces plateformes.
Très déçu, l'argent a encore gagné...

Albéric
01/01/2021 à 22:58

Analyse passionnante de cette œuvre, mais où selon moi, il manque un point. On ne parle pas assez de sa volonté de défense des traditions face au progrès, de la préservation des cultures de chaque pays représenté ou inventé, de la dénonciation de la société progressiste.

Greg
01/01/2021 à 22:13

Lol il avait tout compris on parle du même gars qui a fait arrêt de bosser sa femme etait contre que son fils deviennes magaka pour sa boîte
Mouais le mec est un génie pour ses animé mais pour sa vie irl il est daté

Math
01/01/2021 à 15:14

Le malaise c'est de ne parler a aucun moment dans l'article de Joe Hisaishi...

Takezo
01/01/2021 à 14:39

Bonjour
Tres très bon article sur le Walt Disney nippon et le studio Ghibli mais côté personnages féminins fort vous avez oublié la magnifique princesse Kaguya....

Marc
01/01/2021 à 13:47

Excellent article sur les films d'animation du grand Hayao Miyazaki , Princesse Mononoké j'ai vu ce chef-d'œuvre 3 fois en salle ce fut un choc visuel la scène de la première rencontre avec Ashitaka et la princesse des loup une merveille chaque plan chaque paysage nous entraine dans un monde ou la confrontation avec un monde moderne et un monde peuplé de dieux Cerf Sanglier loup géant une guerre inévitable entre ces deux monde.

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