Les oubliettes : Deadgirl, un teen movie entre zombie et nécrophilie, qui mérite sa place au panthéon des films sordides

Camille Vignes | 24 mars 2019 - MAJ : 24/03/2019 14:02
Camille Vignes | 24 mars 2019 - MAJ : 24/03/2019 14:02

Les oubliettes, c'est le coin où Ecran Large parle de films passés inaperçus, boudés par les distributeurs, rangés au rayon DTV, écartés par le système, et qui méritent mieux.

 

SI T'AS PAS VU LE FILM

Ça parle de quoi : J.T. et Rickie, deux lycéens, décident de sécher les cours pour se rendre dans un hôpital désaffecté. Alors que leur entreprise est clairement la destruction de ce qu’il reste de l’établissement, ils commencent à s’enfoncer dans les sous-sols. Poursuivis par un chien, ils vont se réfugier dans une pièce où gît, attaché à une table et dans un sac plastique, une femme nue ni vraiment morte, ni vraiment vivante.

Ça te plaira si... tu en as marre des films de zombies qui racontent toujours la même chose et que t'es branché nécrophilie.

C'est dispo où : En DVD ( et à ne pas confondre avec Dead girl de Adam Coleman Howard).

 

  

SI TU L'AS DÉJÀ VU (SPOILER DONC)

Deadgirl est une œuvre bancale, parfois maladroite, mais transcendée d’une sévère volonté d’arpenter des horizons cinématographiques résolument anti-conventionnels. En abordant le sujet tabou de la déviance sexuelle et en arrosant le tout d’un background zombiesque, les réalisateurs Marcel Sarmiento et Gadi Harel ont orienté leur teen-movie horrifique dans une voie osée, originale et dangereuse.

Depuis qu'est sorti en 2002 le film de Danny Boyle 28 jours plus tard, le motif du zombie a été maintes et maintes fois rabâché. Adulé jusqu’à l’écœurement (on n'osera citer The Walking Dead), poussé toujours plus sur le devant de la scène par une vague de cinéastes tout aussi geek que hipster (à la pelle La Nuit a dévoré le monde, Cargo, World War Z, La HordeZ Nation, Resident Evil...), le zombie semble avoir perdu sa substantifique moelle : ce qui fait de sa figure de mort-vivant cet être angoissant et cauchemardesque.

 

photoMi-zombie, mi-esclave

 

Mais, obscur et scabreux, Deadgirl est bien plus qu’un énième film de zombie : il se différencie du genre et de la plupart de ses prédécesseurs tant par son fond que par sa forme. Loin de ne faire qu'enraciner son propos dans ce terreau purement fantaisiste démocratisé par La Nuit des morts vivants de George A. Romero, le métrage ne verse jamais dans le film de contamination par pandémie dévastatrice vu et revu.

Il faut attendre la fin du métrage pour que le sujet soit tout juste effleuré. Et encore, si l'idée de propagation (presque synonyme de Zombie dans le cinéma contemporain) est portée à l’écran, ce n’est que dans le but de lever le voile sur la déviance, malsaine à l'extrême, des personnages.

Mais jamais avant la fin du métrage ils n'ont réellement cherché à découvrir comment la jeune femme s'était retrouvée à la fois morte et vivante, et même quand ils comprennent que son état peut se transmettre, ils ne s'embarrassent pas vraiment des conséquences d'une infection généralisée.

 

photoC'est ça, fixe-la au lieu d'agir (et on parle pas de la violer là)...

 

Dépouillé de tous actes et personnages superflus, Deadgirl met l’humanité face à ses propres démons. De mauvais choix en mauvais choix, les deux adolescents - Ricky (Shiloh Fernandez) et J.T. (Noah Segan) - vont faire de cette jeune femme, qu'ils ont trouvé dans les entrailles du bâtiment en ruine, l’objet de leurs fantasmes les plus pervers. Nécrophilie, sadisme, masochisme et voyeurisme, ce corps mort-vivant va catalyser toutes les déviances les plus indicibles.

Et progressivement, c'est la figure même de la femme qui se fait attaquer, lacérer par le film. Deux femmes rythment le récit, la première est attachée à une table dans un sous-sol crasseux et les viols qu'elle subit (entre autres tortures) ponctuent le récit.

La seconde est un objet de fantasme inaccessible, c'est la pom-pom girl du lycée qui sort avec la star de l’équipe de football locale (oui bah, on n'échappe pas à certains clichés de Teenmovie) qui connaîtra la même fin tragique et traumatique que la première : esclave sexuelle dans un sous-sol crasseux.

 

photoSouris avant d'être une esclave

 

Avec ses jeux retords de soumission, le long-métrage explore les dynamiques de pouvoirs entre homme et femme. En mettant le spectateur devant des perversions tabous mais bien réelles grâce aux antagonistes masculins de film, il se retrouve forcé de reconsidérer sa propre vision de l'objectivation féminine. 

En s'identifiant à Ricky, puisque tout est fait pour que le spectateur le comprenne et se projete en lui, le spectateur devient cette figure d'observateur passif qui permet que toutes ces choses se produisent. Il est dans la peau du personnage le plus pervers du film alors même qu'au départ, Ricky est le parfait soldat de la justice sociale.

Mais à mesure que le film déroule sa pellicule, il perd pied avec la réalité et se laisse envahir par ses propres névroses. Alors qu'il était seul défenseur des deux figures féminines du film, refusant de s'adonner à des vices sado-nécrophiles d'un côté et tenant tête au petit-ami du sujet de tous ses désirs de l'autre, il fini nécrosé par ses pulsions. 

 

photoL'objet de toutes les névroses

 

Et la mise en scène n'apportera pas une once de réconfort au spectateur car il n'y a dans Deadgirl aucune esthétisation de la violence pour la rendre plus douce, plus dicible. Caméra à l'épaule, lumière crue et verdâtre, sous sol-crasseux et moite, le film pue le corps en putréfaction.

Il instaure un malaise immense presque dès le début, quand on comprend que J.T a abusé de la jeune femme, mais ses images vont se faire de plus en plus gores et répétitives : violences, morsures sanglantes, plaies putrides, descente d'organes...

Il n'existe quasiment aucun moment qui se veut effrayant visuellement ou qui se joue véritablement des effets de tension, mais Deadgirl titille les nerfs du spectateur impuissant et complice. Et malgré des petites faiblesses dans le rythme et dans le jeu des acteurs, le film réussit à être oppressant, tragique et traumatisant dans tout ce qu'il raconte.

 

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commentaires

TomTom
30/03/2019 à 22:02

Hum, jolie affiche, cette bouche vaginale est du plus bel effet!

TomTom
30/03/2019 à 22:00

Hé bien, un gros merci à l'équipe d'Ecran Large pour m'avoir fait découvrir cette petite perle, politiquement très très incorrect; les féministes ont dû s'étrangler de rage en le voyant.

En tout cas c'est un film qui réussit le tour de force d'être à la fois glauque, malsain, poétique, romantique... bravo au réalisateur et aux acteurs :-)

MystereK
24/03/2019 à 17:49

J'ai croisé ce film un peu par hasard et j'ai adoré. Il y a une ambiance entre le rire jaune et le glauque que l'on ne retrouve nulle par ailleurs.

TomTom
24/03/2019 à 14:20

Sinon, comme film sensible sur la nécrophilie (oui, je sais, c'est bizarre d'écrire ça), il y a Kissed https://www.amazon.fr/Kissed-anglais-Molly-Parker/dp/B000LE0TW4

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