Astérix et Cléopâtre sur Netflix : retour sur un incontournable de l'animation française

Christophe Foltzer | 15 décembre 2018 - MAJ : 17/12/2018 09:53
Christophe Foltzer | 15 décembre 2018 - MAJ : 17/12/2018 09:53

Alors qu'Astérix : Le Secret de la potion magique est sur nos écrans de cinéma, Netflix pense à nous en nous offrant la possibilité de revoir Astérix et Cléopâtre et Les 12 travaux d'Astérix à partir du 15 décembre. Il n'en fallait pas plus pour qu'on donne un coup de projecteur sur ces deux films mythiques de l'animation française, parmi les plus cultes de toutes les adaptations des personnages mythiques.

Pour notre article sur Les 12 travaux d'Astérix, c'est par ici.

 

 

PUDDING A L'ARSENIC

Si tout le monde connait l'aventure égyptienne d'Astérix grâce, pour les plus jeunes, à l'excellent  Astérix et Obélix : mission Cléopâtre d'Alain Chabat sort en 2002, il existait déjà bien avant une autre version de l'histoire, Astérix et Cléopâtre, sorti dans les salles françaises en 1968. L'adaptation de l'album éponyme sorti en librairies en 1965 après une publication dans le journal Pilote dès 1963. Il faut cependant remonter un an avant la sortie du film pour bien comprendre d'où il vient.

 

photoUn bon petit sanglier et paré pour l'aventure !

 

En effet, en 1967, sort sur les écrans la première adaptation officielle des aventures d'Astérix et Obélix au cinéma, Astérix le Gaulois, réalisé par Ray Goossens. Problème, les auteurs de la bande-dessinée, Albert Uderzo et René Goscinny, ne sont pas vraiment contents. Et on les comprend lorsque l'on sait que le film a plus ou moins été fait dans leur dos, sans leur demander conseil ni même les impliquer dans la production, et qu'en plus ils ont découvert son existence sur le tard, lors d'une projection privée.

 

Astérix et CléopâtreUn chantier... pharaonique

 

Si le film est un gros succès au moment de sa sortie (2.4 millions d'entrées), en dépit de raccourcis scénaristiques gênants et d'une animation très bas de gamme, la pilule a beaucoup de mal à passer. Mis au courant que le studio d'animation prépare déjà deux autres films, La Serpe d'or et Le combat des chefs, Uderzo et Goscinny font pression sur le producteur, leur éditeur Dargaud et les Editions du Lombard pour que les deux projets soient annulés. Ils obtiendront gain de cause, tout autant que la mise en route d'un nouveau film, qu'ils auront eux-mêmes choisis et dont ils seront les réalisateurs, en profitant toujours des infrastructures du studio Belvision.

C'est donc dans un temps record de seulement 8 mois que 150 personnes s'échinent à créer 50.000 dessins et 300 décors pour ce projet que l'on peut qualifer sans conteste de pharaonique pour l'époque.

 

photoCléopâtre, la Reine des reines (et quel nez !)

 

QUEL NEZ !

Astérix et Cléopâtre, la bande-dessinée, était née d'une passion commune pour le film Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz, qui les marquera d'un côté par son gigantisme démesuré et, d'autre part, par l'interprétation d'Elizabeth Taylor dans le rôle de la Reine. Une référence évidente qui servira de base à l'élaboration de la version dessinée de la figure historique. Comme d'habitude, Goscinny ne peut s'empêcher de caricaturer la société de l'époque, que ce soit dans certains jeux de mots, situations ou références. Comme d'habitude, Uderzo en profite pour insérer dans ses planches bon nombre de visages connus en les détournant avec humour.

 

 

photoPremière apparition d'Idéfix au cinéma et premier acte héroïque

 

 

Plusieurs gags sont adressés au film de Mankiewicz et notamment cette volonté de transformer l'ouvrage en super-production hollywoodienne. Qu'il s'agisse de la liste des ressources utilisées pour le créer ("14 litres d'encre de Chine, 30 pinceaux, 62 crayons à mine grasse, 1 crayon à mine dure, 27 gommes à effacer, 38 kilos de papier, 16 rubans de machine à écrire, 2 machines à écrire, 67 litres de bière") en guise d'estimation budgétaire, ou de la couverture de l'album, composée selon les codes des affiches des grosses productions hollywoodiennes de l'époque.

Si l'album est un succès, il n'en sera pas de même pour le film. En effet, s'il n'est pas un échec, il n'attirera "que" 1.9 millions de spectateurs, soit 500.000 de moins que le premier film. Pourtant, tout est là pour que le film fonctionne. Un direction artistique ambitieuse et de qualité, des animations bien meilleures que dans le précédent, Roger Carel et Jacques Morel reprenant les rôles d'Astérix et Obélix, l'hilarante Micheline Dax incarnant Cléopâtre. Citons aussi les nombreuses chansons du film dont le fameux "Pudding à l'arsenic", ou la séquence totalement psychédélique qui illustre "Quand l'appétit va, tout va".

 

photoLes deux affreux de service, en plein délire culinaire

 

Si le film connait un succès modéré chez nous, il fera par contre un véritable carton en Allemagne où il attirera presque 4 millions de spectateurs. Pays qui lui décernera d'ailleurs un Golden Screen en 1974. La suite, on la connait. Il faudra patienter 8 ans pour revoir Astérix au cinéma puisque Les 12 travaux d'Astérix sortira en 1976, un film très important puisqu'il sera la première production du studio Idéfix, monté par Uderzo et Goscinny pour avoir un contrôle total sur l'adaptation de leurs oeuvres.

C'est en 2002 qu'Alain Chabat, gigantesque fan de Goscinny et amateur éclairé d'Astérix, sortira son Astérix et Obélix : mission Cléopâtre, en réadaptant le récit aux canons de l'époque, y injectant son propre humour et ce qui restait de l'esprit Canal +, pour une adaptation qui respecte à la lettre l'esprit de la BD dans son côté sale gosse et qui connaitra un succès historique puisqu'elle réunira 14.565.506 entrées en France et presque 21 millions au total dans le monde. Un résultat qui, paradoxalement, ne convaincra pas vraiment Albert Uderzo, qui le trouvait trop éloigné de l'oeuvre originale et trop empreint de ce fameux "esprit Canal". Ce qui n'empêchera pas de valider la mise en chantier d'un troisième film, à l'origine réalisé par Gérard Jugnot et qui se métamorphosera finalement en l'indigent Astérix aux jeux olympiques.

Pour notre article sur Les 12 travaux d'Astérix, c'est par ici.

 

Astérix et Cléopâtre

commentaires

Rorov94
18/12/2018 à 00:40

C'est marrant(ou pas...) mais le film avec Debouzze n'a pas marché sur l'île de la Réunion...

Le Waw
15/12/2018 à 12:01

J'avais beau aimer cet esprit Canal de l'époque. Je reste d'accord avec Goscinny il ne sied absolument pas à l'univers d'Asterix.

Le Waw
15/12/2018 à 11:58

Chef d'œuvre autrement plus réussi que l'insupportable film à l'humour daté pondu par erreur par le grand Chabat il y a des années. J'adore Chabat, mais là ce ne fut pas possible. En tout cas vive le lion de Cleopatre.

ComprendsPas
15/12/2018 à 11:54

Ce film passait toujours pendant les fêtes quand j'étais gosse, difficile donc d'être objectif. Mais c'est juste génial.

Babar77
15/12/2018 à 11:15

revu récemment.
Chef d’œuvre indémodable

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