Joker : cinq preuves que le grand ennemi de Batman a encore un avenir au cinéma

Prescilia Correnti | 23 juin 2018 - MAJ : 26/06/2018 16:52
Prescilia Correnti | 23 juin 2018 - MAJ : 26/06/2018 16:52

Deux films Joker en cours, mais aucune bribe de scénarios en vue. Est-ce que les studios ont fait le tour du personnage et reste-t-il encore des histoires à raconter ?

On ne peut pas parler de héros emblématique sans méchant charismatique à ses côtés. A la genèse de tout être de lumière subsiste un némésis qui représente la face cachée du protagoniste. Sans Joker, il n’y aurait pas de Batman, et inversement. Plus que deux individus complémentaires, c’est avant tout deux personnes liées entre elles qui co-existent ensemble.

Alors, oui, ça fait très poétique et romanesque dit de cette manière, mais il ne faut pas oublier que d’une façon plus ou moins indirecte, notre chauve-souris vengeresse a créé son pire ennemi.

 

PhotoTu m'as toujours volé la vedette de toute façon

 

Bien des années plus tard, les deux personnages se sont affrontés, se sont torturés (plus l’un que l’autre) et de cet affrontement a découlé des péripéties à la fois profondément tragiques, passionnantes et exaltantes.

Mais finalement, au-delà de ses mimiques grotesques, de son rire narquois, de son sourire diabolique, de ses vêtements old-fashioned et de son regard meurtrier, le Joker n’est-il pas un personnage vu et revu ? N’a-t-on pas fait le tour de l’antagoniste le plus mortellement célèbre de tout DC ? Et bien, on va vous prouver que non, et qu’il subsiste des comics qui mériteraient grandement notre intérêt afin de raconter une des multiples facettes du Joker.

 

 

KILLING JOKE

Alan Moore et Brian Bolland (1988)

Le pitch ?

Après s’être évadé de l’asile d’Arkham, le Joker souhaite prouver au monde qu’il a raison et choisit comme cobaye le commissaire Jim Gordon afin de mettre à l’épreuve l'une de ses théories, selon laquelle la folie peut être la conséquence d’une seule mauvaise journée. Un jour en enfer pour Barbara Gordon et Batman qui vont subir les pires expériences de leurs vies.

Pourquoi c’est bien ?

Killing Joke pourrait de prime à bord ne pas plaire à tout le monde. Il faudrait se familiariser avec le personnage en amont pour apprécier pleinement la grille de lecture que le comicbook offre au lecteur. Celui d’un clown triste, mélancolique et nostalgique de ses jours heureux, qui décide de partir crescendo dans la folie et d’entraîner le monde entier avec lui. Alan Moore dépeint bien plus qu’un simple méchant complètement barré, il décrit une âme en peine, souffrante, qui a choisi le chaos et l’annihilation en réponse de l’absurdité de sa vie. En découle alors une histoire complètement sordide et traumatisante, autant pour les lecteurs que pour les acteurs du comicbook.

Pourquoi il faut l’adapter ?

Killing Joke a déjà connu une adaptation sous forme de long-métrage d’animation (Batman: The Killing Joke) qui n’était franchement pas dingue et ne rendait nullement hommage à l’œuvre panthéonique de Moore. Le comicbook nous offre une genèse du personnage, de son passé tragique de comédien raté et sans un sou à celui d'un fou qui finalement a trouvé le meilleur rôle de sa carrière. Passage incontournable dans la bibliographie de l'antagoniste, Killing Joke est un début remarquable et parfait pour un premier film sur le Joker au cinéma et un comicbook d'anthologie.

 

 

ARKHAM ASYLUM 

(Batman : Arkham Asylum – A Serious House On Serious Earth) – Grant Morrison (1989)

Le pitch ?

Pour une fois le Joker ne sort pas du gruyère malfamé d’Arkham, bien au contraire. Arkham Asylum nous plonge dans l’univers dérangé de l’asile le plus psychotique de tous les temps. Le Joker a soulevé une rébellion au sein de la prison, Batman est convié pour s’y rendre et y affronter son plus grand ennemi, sous peine de quoi, celui-ci assassinera tous les otages.

Pourquoi c’est bien ?

Dès le début, Arkham Asylum nous plonge dans son ambiance sombre, glauque, malsaine et un tantinet effrayante. Ce qui fait une des singularités de ce comicbook c’est la relation étrange que nous dépeint Grant Morrison entre le Batman et le Joker, à la croisée des chemins entre amour et haine. Parmi tous les aliénés de l’asile, le Joker est le plus marquant : drôle, impulsif, violent, effrayant, il malmène et torture son jouet de prédilection, à savoir le Chevalier Noir.

 

comicbook MorrisonExtrait du comicbook de Morrison

 

Dès le début de l’intrigue, le Joker fait un amalgame entre les fous et la chauve-souris. Une idée corrosive qui va peu à peu empoisonner lentement l’esprit du Chevalier Noir, l’emmenant aux frontières de sa santé mentale. Quelle personne saine d’esprit passerait ses nuits à tenter d’éradiquer le crime pour venger la mort de ses parents ? Batman n’a jamais été aussi perdu confronté de plein fouet à sa propre folie. Finalement, qui est le plus fou ?

Pourquoi il faut l’adapter ?

Si Arkham Asylum met plus en exergue la relation perverse entre le Chevalier Noir et le Joker, il n’en reste pas moins un arc important qui met en avant la fascinante équation de ces deux protagonistes. Un passage obligé pour comprendre pourquoi les deux personnages se détestent et s’aiment autant, et qui nous ouvre un nouveau pan de la folie délurée du clown.

 

 

THE MAN WHO LAUGHS

Ed Brubaker (2005)

Le pitch ?

Après un an à combattre le crime, Batman commence à recevoir une certaine reconnaissance de la police et surtout de Jim Gordon. C'est à ce moment qu'apparait un nouveau criminel complètement psychotique que les médias surnommeront le Joker. Il veut éliminer les gens riches de Gotham et ensuite s'en prendre au reste de la ville.

Pourquoi c’est bien ?

The Man Who Laughs se lit dans la continuité de Killing Joke et de l’origin story établie par Alan Moore. Terrorisant Gotham par tous les moyens, semant le chaos et la discorde partout où il passe, le Joker est le rejeton le plus purulent de Gotham City, la pire graine que la ville est pu faire germer. Néanmoins, si le Joker peut paraître beaucoup moins violent, Ed Brubaker réussit brillamment à donner un côté plus humain au clown et à la relation Batman/Joker. Aucun des deux n’a réellement d’ascendant sur l’autre, ce qui permet à Ed Brubaker de donner plus de ton à leur future relation.

Pourquoi il faut l’adapter ?

Pour l’anecdote, The Man Who Laughs a été l’une des inspirations de Christopher Nolan pour bâtir la relation ambiguë entre le Joker et Batman dans The Dark Knight. De toute façon, comment réaliser un long-métrage sur le némésis le plus célèbre du Chevalier Noir si on sépare les deux personnages ? L’un allant indéniablement avec l’autre, le comicbook d’Ed Brubaker est un exemple dans le genre pour un futur biopic sur le Joker.

 

 

THE CLOWN AT MIDNIGHT

Grant Morrison et John Van Fleet (2007)

Le pitch ?

The Clown at Midnight peut effrayer de prime à bord. Le comicbook ne ressemble à aucun autre récit du style et arbore une forme très particulière qui peut déplaire à bon nombre de lecteurs, voire à créer une aura de gêne et de malaise autour du récit. L’histoire très simple, se situe directement après les événements d’Arkham Asylum. Le Joker émerge d’entre les morts après avoir reçu une balle en pleine tête d’un "faux Batman". Un événement qui va en quelque sorte le pousser à renaître et à éliminer ce qu’il reste de son passé.

Pourquoi c’est bien ?

L’histoire écrite par Morrison (Arkham Asylum) est sans aucun doute le récit le plus étrange, atypique, et pourtant diablement intéressante autour du Joker. Pour l’auteur, le clown de DC n’est pas un être marqué par la démence, mais un humain qui recrée sa personnalité en fonction des événements qui lui tombent dessus. The Clown at Midnight achève d'établir la personnalité dévastatrice, morbide et cruelle du Joker.

 

Joker, comicbook : The Clown at MidnightExtrait du roman graphique (d'où l'aspect un peu étrange du récit)

 

A la fois brutal, le Joker de Morrison nous malmène. Encore une fois, à cause des atrocités qu'il commet sur sa route, en particulier envers Harley Quinn. Aucune limite, ce nouveau "Joker" deviendra la réelle menace du Chevalier Noir et représente par la même occasion un dernier hommage au travail de Morrison sur sa précédente oeuvre Arkham Asylum.

Pourquoi il faut l’adapter ?

On transgresse un peu la règle en le citant puisque The Clown at Midnight est plus un récit très court qu’un comicbook. Mais quoi qu’il en soit il livre une version très (très) sombre du Joker, comme un remaniement brutal du personnage et des liens avec les autres protagonistes. Une nouvelle genèse en quelque sorte qui pourrait servir de tremplin formidable pour un biopic sur le personnage.

 

 

JOKER

Brian Azzarello (2008)

Le pitch ?

Le Joker sort une énième fois de l’asile d’Arkham, sauf qu’il n’est pas heureux d’apprendre ce qu’il s’est passé en son absence. Ses amis lascars ont décidé de s’approprier ses territoires et les ont revendus, pensant en tirer le gros lot. Le Joker compte bien récupérer son dû et se venger en mettant Gotham à feu et à sang. Au risque d’affronter Batman.

Pourquoi c’est bien ?

Ce qui fait la force du Joker de Brian Azzarello, c'est l’écriture de son personnage. Aliéné, complétement déluré, le Joker est un fou génialissime ou un génie en pleine psychose. Il ne se comporte comme personne d’autre, est instable et imprévisible, n’a aucune notion du bien ou du mal, pour le Joker, tout se résume à une simple équation : tout n’est qu’une question d’envie. Il navigue dans ses propres eaux, sans barrière, nous entraînant avec lui dans sa spirale de démence frénétique.

 

dossier jokerOn ne saurait que trop vous recommander de le lire !

 

Aucun tabou, aucune limite, le Joker nous emporte dans les plus sombres recoins de son esprit malade et torturé. En résulte des situations malsaines d’une violence extrême. Son visage transpire l’insanité et le délire, ce qui donne lieu à un moment mémorable où nous voyons le Joker, en plein monologue psychotique avec le canon luisant de son glock en bouche, complètement mort de rire, jouant à la roulette russe avec ses balles.

Pourquoi il faut l’adapter ?

Brian Azzarello (qui écrit) et Lee Bermejo (qui dessine) livrent l’une des plus belles interprétations et ligne de lecture au personnage du Joker. L’auteur repousse toutes les limites du clown rendant le récit violent, glauque, malsain et perturbant mais terriblement intéressant et passionnant. Un passage obligé dans les méandres insondables de l’esprit du Joker pour tous fans qui se respectent et qui offrirait par la même occasion une épatante et brutale adaptation pour le film "DC Black (ou Dark)" de Todd Phillips produit par Martin Scorsese.

 

 

Selon les dernières "rumeurs" du net, ce serait finalement le Joker de Todd Phillips et Martin Scorsese qui serait le plus proche de l'adaptation. Les bruits de couloir sous-entendraient que Joaquin Phoenix interpréterait l'illustre antagoniste de Batman, et que l'intrigue prendrait place durant les années 80.

Logiquement, on imagine que Killing Joke est la source d'inspiration la plus idéale pour le film, le comicbook étant sorti dans les mêmes eaux. Et vous, vous avez votre petite idée sur le sujet ?

 

Affiche officielleAffiche fan-art

commentaires

Kore
02/09/2019 à 18:08

Article intéressant, je trouve ça juste étonnant de ne pas citer Dave Mc Kean comme étant le dessinateur de l'immense ARKHAM ASYLUM, qui est une BD de référence (alors que vous citez Bolland pour Souriez).

Hugo Turlan_85450
02/07/2018 à 16:43

Alors grosse erreur conçernant The Man Who Laughs, celui-ci est plutôt une suite de Year One, qui se situe entre Year One et A Long Halloween. Donc plutôt dans la lignée Miller-Loeb-Tim Sale.

Stefi
30/06/2018 à 21:05

Merci pour cet article super intéressant et bien rédigé

Sheraf-number-one
24/06/2018 à 05:53

Article très intéressant qui donne quelques pistes d'orientation pour Hollywood... Et de lecture pour le public. C'est vrai qu'on s'y perd entre les nombreux projets annoncés, évoqués, officialisés, abandonnés, internes et externes au DCEU, éventuellement contradictoires... On en oublierait que l'important ce sont les histoires racontées.
Par contre, si je puis me permettre un petit conseil pour le site : le concours d'un correcteur ne serait pas de trop. Ou au moins d'un relecteur qui connaît un tout petit peu la grammaire et l'orthographe.

DcLeague
23/06/2018 à 19:45

Joaquin phoenix ne jouera pas le joker et The batman szra dans le dceu ça été dit et redit mais les sources "sérieuses c répandent de fausses rumeurs mais effectivement le film joker de Philips sera hors Dceu et experimenterat la face sombre de DC avec un Budget de 55 millions. En plus du film solo dans le Dceu, le film Harley vs Joker et les films : Suicide Squad 2, birds of prey, flash(point), gotham city sirens et the batman dans lesquelles il est susceptible d'apparaître, voilà voilà

Draven
23/06/2018 à 18:58

Même s'il est très récent, le Dark Prince Charming de Marini mériterait sa place ici.
Il y a longtemps que je n'avais pas lu une histoire avec un Joker si impérial et charismatique.

Faurefrc
23/06/2018 à 15:07

Avec un peu de chance, le joker de Phœnix pourrait se retrouver dans le Batman que rebootera Matt Reeves...

votre commentaire