De 2001, l'Odyssée de l'espace à Shining : nos Kubrick préférés

Mise à jour : 08/03/2019 09:35 - Créé : 7 mars 2019 - La Rédaction
La Rédaction | 7 mars 2019 - MAJ : 08/03/2019 09:35
Affiche
289

Le réalisateur Stanley Kubrick est décédé le 7 mars 1999, soit il y a pile 20 ans.

Fear and DesireLe Baiser du tueurL'Ultime RazziaLes Sentiers de la gloireSpartacusLolitaDocteur Folamour2001, l'Odyssée de l'espaceOrange mécaniqueBarry LyndonShiningFull Metal JacketEyes Wide Shut : en treize films, Stanley Kubrick a composé un paquet de classiques et grands films incontournables et inégalés.

Alors que cela fait 20 ans que le cinéaste est décédé, la rédaction revient sur ses morceaux préférés du maître.

[INFO] Ce dossier a été écrit initialement lors de la ressortie en version restaurée de 2001, l'Odyssée de l'espace au cinéma en juin 2018.

 

photo, Stanley KubrickSur le tournage de 2001

 

2001, L'ODYSSÉE DE L'ESPACE (Christophe Foltzer)

Tenter de résumer 2001, l’Odyssée de l’espace constituerait l’œuvre d’une vie entière, tant Stanley Kubrick a touché avec ce film quelque chose d’absolu et qui semble nous dépasser. Protéiforme et insaisissable, l’aventure spatiale se conjugue avec l’aventure humaine et, de ce fait, se livre à toutes les interprétations. Et c’est bien cela qui fait la force de l’œuvre : chacun y voit ce qu’il veut, chacun la comprend à sa manière et selon sa sensibilité et chacun aura raison.

Il n’y a pas plus hermétique que 2001 tout en étant terriblement universel. Œuvre plastique exigeante à la limite de la perfection, le film fait partie de ces rares créations qui auront autant fait avancer son médium que la science. Pas vraiment de la science-fiction, pas vraiment de l’anticipation, 2001 occupe bel et bien une place à part dans le monde du cinéma. Une place que Kubrick a lui-même créée alors que personne ne s’y attendait. Un film qui ouvre une nouvelle ère, à l’image de sa séquence finale, magnifique et intemporelle.

 

 

 

EYES WIDE SHUT (Geoffrey Crété)

La beauté insondable et noire d'Eyes Wide Shut réside en partie dans sa place d'oeuvre ultime. Kubrick est décédé le 7 mars 1999, alors que le film avec Tom Cruise et Nicole Kidman sortait en juillet et qu'il venait d'en montrer quelques jours avant le montage final. Après 46 semaines de tournage (entre novembre 1996 et juin 1998) puis environ neuf mois de post-production, le cinéaste a ainsi accouché de son dernier film, réflexion sur le couple, les fantasmes et la jalousie, qui déchire le tissu de la réalité pour ouvrir un couloir vers les profondeurs de l'esprit.

Eyes Wide Shut possède une puissance fantasmagorique folle, susceptible de grandir à chaque vision au cours de la vie d'un spectateur qui, en vivant et souffrant et rêvant, aura de plus en plus de zones de friction avec le film. C'est une odyssée au-delà du réel d'un homme qui perd le contrôle de son existence a priori parfaite, et qui se laisse glisser dans le labyrinthe de ses songes. Tour à tour excitante, inquiétante, grotesque et mélancolique, l'aventure est difficile à identifier et saisir. Tel le désir, le film échappe à une forme de compréhension claire, faisant appel à des zones obscures et inconscientes.

L'inoubliable exploration du manoir, entre orgies et rituels, reste un moment indélébile, bercé par une musique tétanisante de Jocelyn Pook. Dans ce petit théâtre où le héros pénètre, s'enchevêtrent une esthétique de porno et de film d'horreur, aussi excitante qu'étrange. Le rituel pourrait se terminer dans la jouissance comme dans la souffrance, dans l'orgie comme dans le sang, et c'est cette force inattendue qui donne cette atmosphère inoubliable.

Il y a aussi, finalement, Nicole Kidman qui prononce ce qui aura été le tout dernier mot du dernier film de Kubrick ("Fuck"). Et ce titre, magnifique : "Les yeux grands fermés". Kubrick est mort dans son sommeil, ses yeux clos pour toujours, mais son cinéma à jamais ouvert pour des générations de cinéphiles.

 

 

FULL METAL JACKET (Prescilia Correnti)

Full Metal Jacket peut être perçu comme l'un des films les moins vénérés du réalisateur - il n’a d'ailleurs même pas eu l’honneur de finir dans la liste des 100 meilleurs films selon l’American Film Institute. Pourtant, Full Metal Jacket mérite qu’on parle de lui, tant par la violence psychologique qu’il nous impose que de sa vision bestiale et impitoyable de l’Homme.

Au-delà de ses quelques ressorts comiques, le long-métrage pousse inexorablement ses cobayes, apprentis soldats, vers le chemin sinueux et tortueux de l’inhumanité. Si à la première lecture, Kubrick nous impose de voir en l’armée une fabrique d’homme dociles, insensibles, cruels, misogynes et homophobes, il souhaite avant tout montrer que derrière chaque homme se cache un tueur implacable. Un monstre, une bête à la gâchette facile qui finit par sombrer dans la folie meurtrière. Plus qu’un film de guerre, Full Metal Jacket est avant un tout film sur la machine humaine.

 

  

 

SHINING (Simon Riaux)

Shining n’est pas considéré comme un des plus grands films d’horreur, et l’un des tous meilleurs films de Kubrick, par hasard. Stephen King n’a jamais digéré le film, qu’il estime trop « froid » et calculateur comparé à son texte, effectivement très centré sur les émotions de ses protagonistes. Mais quand on constate le soutien sans faille de l’auteur à des nanars de compet’ vaguement inspirés de ses plus grands textes (bisous La Tour Sombre), il est permis de croire que ce qu’il a en travers de la gorge, c’est la capacité du métrage de Kubrick à supplanter son texte et sa mythologie initiale dans l’inconscient collectif.

En témoigne cet extrait, où la science de la mise en scène du réalisateur éclate véritablement. Dans le découpage tout d’abord, qui utilise au mieux la direction artistique agressive et surréaliste, tout en se ménageant exclusivement de cadres anxiogènes, très légèrement désaxés, qui durent toujours un peu trop longtemps, jusqu’à générer chez le spectateur un sentiment de gêne, de dissonance.

Les dialogues et la situation enfin, sont également un remarquable moteur de trouille. À demi-conscient qu’il hallucine, Jack Torrance isole Delbert Grady, ancien gardien de l’hôtel Overlook, qui aurait tué toute sa famille à coups de hache. Jack veut le titiller, il le domine, alors que Grady, ici dans le costume d’un domestique, doit lui essuyer un veston tâché. Mais dès la réplique indiquant que la tâche en question se dissipe, la relation de domination se tord et c’est le majordome qui prend progressivement l’avantage. Cette tâche qui s’efface, ce n’est autre que la santé mentale de Torrance.

Autant d’éléments menés avec une cohérence implacable, et qui aboutissent à une des séquences les plus terrifiantes d’un film qui n’en manque pourtant pas.

 

 

 

DOCTEUR FOLAMOUR (Alexandre Janowiak)

Difficile de choisir une seule œuvre parmi la quantité de films extraordinaires qu’a réalisée Stanley Kubrick au fil des années (Orange mécanique, Barry Lyndon, Eyes Wide Shut). Pourtant, Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe s’impose comme une évidence sur bien des aspects.

D’abord de par son histoire tragique transformée volontairement en comédie noire aux dialogues caustiques et aux situations déjantées. Par sa sublime ouverture poétique et sexuelle. Puis, grâce à sa ribambelle de personnages burlesques dont son incroyable Docteur Folamour, ancien scientifique du IIIe Reich devenu conseiller des Etats-Unis mais incapable de maîtriser ses anciens tics nazis - un accent allemand fâcheux, un bras incontrôlable ou encore un "Mein Führer" inattendu hilarant.

Une prestation qui ne serait rien sans le talent de Peter Sellers, incroyable, qui endosse également le rôle du Président et d’un colonel britannique dans le long-métrage. Le reste du casting n'est d'ailleurs pas en reste : George C. ScottSterling Hayden ou encore James Earl Jones dans son premier rôle.

Dernier film en noir et blanc et unique comédie du cinéaste, Docteur Folamour développe ainsi cette puissance ironique mordante pour dénoncer l’armée américaine, le gouvernement du pays et le conflit absurde de la guerre froide. Au-delà, le film se présente surtout comme le symbole évident de la vision sardonique et désespérée de l’Humanité qu’a dépeignée Stanley Kubrick dans une grande partie de sa filmographie. En témoigne son ultime séquence d’explosion nucléaire surlignée par la chanson We’ll Meet Again de Vera Lynn à la puissance évocatrice indéniable.

 

  

 

LES SENTIERS DE LA GLOIRE (Lino Cassinat)

Les Sentiers de la gloire est souvent le film que l’on oublie (avec Barry Lyndon) de citer lorsqu’il s’agit de lister les chefs d’oeuvres de Kubrick. C’est que, de facture bien plus classique que sa filmographie à venir, ce film sur de malheureux soldats affrontant un tribunal absurde appartient vraiment à la décennie des années 50, bien loin du foisonnement des années 60. Pourtant, derrière ce drame en apparence très guindé ayant du mal à s’émanciper des films de Max Ophüls, on trouve en germe tout ce qui va amener Stanley à devenir Kubrick, aussi bien dans l’image que dans l’histoire.

L’image d’abord : on retrouve ici a minima tout ce qui caractérisera la grammaire cinématographique flamboyante du réalisateur. A savoir les longs travelling fluides (piqués à Ophüls justement mais aussi à Welles, et repris par Spielberg), mais surtout, et c’est probablement là qu’il se démarque le plus (ou qu’il fait de l’esbrouffe, à vous de voir si vous êtes d’accord avec Godard ou pas), la géométrie maniaque de ses compositions picturales. Il suffit de revenir sur la plupart des plans larges ou des gros plans en courte focale qui parsèment Les Sentiers de la gloire pour retrouver ce qui fait la formidable modernité de sa manière de filmer, et qui font sentir ce à quoi on aura droit plus tard, particulièrement dans Shining. On pense particulièrement aux scènes de procès, au bal et au peloton.

L’histoire ensuite : derrière le faste des décors et la casting de prestige se cache non pas un grand drame coincé en costume, mais bien une fable rageuse et déjà farouchement anti-militariste et anti-patriotisme, dans laquelle le culte de la nation, le mépris abject des officiers et leurs basses mécaniques sont dénoncés avec une telle justesse et une telle véhémence que Kubrick n’est vraiment pas loin de passer pour un anarchiste. On ne peut pas d’ailleurs ne pas évoquer l’épilogue du film aux côtés des troufions, qui, même s’il n’est cinématographiquement pas ancré dans ce qui fait la particularité de Kubrick, reste une véritable déflagration montrant l’absurdité de la guerre, brillant par son humanité et terrassant par son amertume.

 

 

commentaires

Destros
09/03/2019 à 15:04

Barry Lyndon.... quelle classe également !! et cette photographie quoi.... éclairage naturel dans la nuit... ambiance incroyable.... Shinning était glaçant et vous envahissait rapidement dans une terreur extatique jusqu'au dénouement surnaturel.... et puis 2001 forcément, cette image, cette musique, cette ambiance.... Je suis totalement d'accord avec ibm0111, je n'ai jamais rien revu de tel si ce n'est l'épisode 8 de Twin Peaks saison 3, l'explosion atomique comme catalyseur du mal... Bref, oui, Kubrick était un véritable génie...

MystereK
08/03/2019 à 10:10

Pour moi, ce week-end, mon programme en salle c'est :

- 2001: L'odyssée de l'espace
- Orange mécanique
- Shining

darkpopsoundz
08/03/2019 à 01:01

Stanley Kubrick is God.

Analepse
07/03/2019 à 23:58

J’ai un problème particulier avec kubrick. J’alterne sentiments d’alacrité avec une sensation d’expectative désagréable en fonction de ses films.
Je ne me sens pas dans une posture de juste équilibre. Et c’est certainement ce qui fait de lui un artiste de la caméra aussi passionnel. Je voue une admiration sans bornes à Barry Lyndon par son aspect sensoriel si prononcé, que je n’ai retrouvé de manière aussi inédite que dans le Seven de Fincher, tout comme j’exècre la seconde partie de Full Metal Jacket que je trouve absolument creuse dans l"expression de son message.
J’aime Shining, mais je trouve qu’il ne digère pas les années, contrairement à L’Exorciste (version 1973 bien sûr, pas l’autre version infamante et blasphématoire qui a détruit cette merveille) qui se bonifie avec le temps et reste un modèle d’épouvante.
En tout état de cause, chacun de ses films marque inéluctablement la rétine de manière définitive, ne serait-ce que pour une poignée de séquences dans chacun d’eux et un style reconnaissable en quelques secondes.
Combien de réalisateurs peuvent se vanter de cela?

ibm0111
07/03/2019 à 21:23

"ressort en salles"
bon, selon allo ciné, ce serait plutôt "ressort dans 2 salles"

2001 pour moi, avec son final "Jupiter et au delà de l'infini" illustré par la musique de Ligeti qui me retourne le cerveau à chaque fois.
Rien vu de plus puissant depuis (sauf peut-être l'épisode 8 de Twin Peaks saison 3)

Luludo22
07/03/2019 à 19:54

Kubrick au panthéon aux côtés d Hitchcock , renoir, lang, ford

gtatavud
07/03/2019 à 19:28

impossible de faire un classement mais une choses est sur c´est le plus grand realisateur de tout les temps hors film a effet speciaux commerciaux

captp
18/06/2018 à 17:43

je serais bien incapable de classer les kubrick ce qui est certain par contre c'est que "LES SENTIERS DE LA GLOIRE" est ma toute première claque au niveau réalisation.c'est le tout 1er film ou je me suis rendu compte qu'un réalisateur peut, grâce a son talent ,rendre une scène magnifique.(le travelling dans la tranché et celui des condamnés) .
j'étais totalement fasciné :)

Ben Linus
16/06/2018 à 14:03

Très bonne sélection, à laquelle j'aurais ajouté Barry Lyndon, sublime film en costumes, et Orange Mécanique qui, bien qu'imparfait, marque à jamais au premier visionnage.

warriors
15/06/2018 à 00:46

shining une oeuvre d'art !! kubrick j'adore ce mec !!

Plus

votre commentaire