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Dear White People : critique black or white

Par Geoffrey Crété
5 août 2017
MAJ : 20 novembre 2023
2 commentaires

Selma, Fruitvale Station, Le Majordomevoire même Twelve Years a Slave : le cinéma black américain, étiqueté d’utile ou vital au gré des polémiques, souffre d’un académisme beaucoup trop sain, incapable de se connecter à la réalité. Voilà pourquoi Dear White People, premier film de Justin Simien, est précieux.

Affiche

PAS DE BABTOU FRAGILE

Né sur les bancs d’une université américaine typique dominée par les riches Blancs, vendu grâce à un compte Twitter provoc qui a fait le buzz, monté grâce à un financement participatif, acclamé à Sundance : premier film de Justin Simien, la trentaine, Dear White People porte dans son ADN les couleurs de son époque. Une identité qui constitue la principale force de ce teen movie désaxé ; un genre d’ordinaire porté par des Blancs, auquel il emprunte tout un réseau de ficelles dramatiques et de tics visuels, à l’image de ces tableaux de présentations des différentes communautés.

Justin Simien s’arme des archétypes et prend pour cible la société américaine toute entière, des Blancs aux Noirs, des productions hollywoodiennes à la téléréalité, des médias à la sélection naturelle raciale. L’ambition frappe par sa démesure, sa portée, sa violence mais aussi son humour désopilant qui n’épargne personne, et évite ainsi tout manichéisme. Pas d’ennemi, pas de héros, mais de pauvres hommes et femmes coincés dans les rôles qu’ils se sont eux-mêmes attribués, qu’ils tentent d’assumer ou de détruire.

 

PhotoQue le bordel commence

 

NOIR ET BLANC OU COULEURS ?

Mais Dear White People a les défauts de ses qualités. A commencer par cette énergie de film chorale puisque l’histoire tourne autour d’au moins quatre personnages. Justin Simien se revendique plus de Robert Altman que de Spike Lee, mais se révèle incapable de mener sa troupe : alors qu’il a pris soin de leur donner corps dans la première partie, il s’encombre de sous-intrigues (le projet audiovisuel de Sam, sa famille et son dilemme amoureux, le casting de télé-réalité en fond, et même la fameuse soirée à thème) qu’il ne parviendra jamais réellement à mener à terme. 

 

Photo Tessa ThompsonFilmer pour exister

 

Ainsi, l’impression d’assister à une valse maladroite qui balance un coup à droite avec le gay paumé, un coup à gauche avec la Kim Kardashian du campus, dessert énormément le film et son propos, qui se dilate jusqu’à se perdre dans un climax tiédasse. La plus grande erreur du metteur en scène aura été de ne pas suffisamment croire en sa véritable héroïne enflammée, la bien nommée Sam White, incarnée par la géniale Tessa Thompson – coïncidence : elle était Diane Wash dans Selma. Charmante et odieuse, grandiose et ridicule, sensée et paumée, elle illustre toute la force et la faiblesse de Dear White People, un premier film à l’arrogance réjouissante, habité par une force remarquable.

 

Affiche française

 

Rédacteurs :
Résumé

S'il fallait désigner le digne descendant de Spike Lee, ce serait Justin Simien. En témoigne ce premier film qui déborde de qualités et d'énergie.

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Geoffrey Crété

@Alyon

Alors dans ce cas, c’est la série qui devrait vous étonner : le film est arrivé avant et une série en a été tirée. 😉

Alyon

la série vue sur Netflix était plutôt pas mal , et les acteurs très bons. Voir un film tiré de la série est étonnant tant celle-ci se suffisait …