Doutes : critique rotée

Simon Riaux | 13 novembre 2013 - MAJ : 12/03/2020 12:52
Simon Riaux | 13 novembre 2013 - MAJ : 12/03/2020 12:52

Devenu par la grâce de sa seule bande-annonce un sujet de risée cinéphilique national, Doutes défie aussi bien l'entendement que toute tentative d'analyse sérieuse. De par son concept, sa genèse, sa construction, sa vision du monde, le jeu de ses comédiens ou encore sa mise en scène, l'entreprise s'avère un échec spectaculaire dont l'ampleur vaudrait sous d'autres latitudes à ses auteurs une excommunication médiatique immédiate. À première vue, le film n'est pourtant qu'un énième nanar verbeux, semblable à des pelletées d'autres, un ratage intégral plus prompt à attirer la pitié que la haine. Mais sous son vernis de nullité, le premier long-métrage de Yamini Lila Kumar se révèle le symptôme d'une industrie et d'un système politico-médiatique vicié, pour ne pas dire méphitique.

Non contente d'infliger au Septième Art ce que l'auto-fiction aura fait subir de pire à la littérature, à savoir une ridicule hypertrophie d'égos pathétiques, l'auteure de la chose nous délivre une conception du monde et de la société française pour le moins malaisante. Dans Doutes, on apprend qu'une « Chronique du sentiment politique » c'est et ce ne peut être qu'une chronique de la gauche. Rien d'autre. La gauche se suffit à elle-même. Elle est le seul horizon, l'unique sujet de conversation, qu'on ne s'attardera même pas à définir puisqu'il ne saurait être dépassé. Et les personnages de se perdre dans le marigot d'un vaudeville mental qui ferait passer les tweets de Nadine Morano pour un summum de poésie pastorale. On est souvent sidéré par l'avalanche de clichés ânonnés par quatre comédiens luttant avec un texte caviardé de banalités ineptes (« Vichy c'était quand même affreux », « DSK il en a du charisme », « Levallois c'était mieux avant Balkany » pour ne citer que celles-ci).

 

 

photo, Benjamin Biolay

 

Toutefois, ce n'est pas non plus la logorrhée exsangue de Yamini Lila Kumar qui achève de faire de Doutes une fosse d'aisance pelliculée. Christophe Barbier n'est pas là par hasard, il est le compagnon de la réalisatrice. Considérant que l'amour pousse parfois à commettre de grosses bêtises, et que l'intéressé s'échine à démontrer depuis des années qu'information et vulgarité people ne sont pas antinomiques, on ne s'étonnera pas particulièrement de sa présence à l'écran ni ne s'acharnera sur sa prestation.

 

Il convient en revanche de s'inquiéter fortement de ce qu'elle signifie, du degré de consanguinité absolue et désormais revendiqué par les membres de la Société du spectacle. Voir un chanteur star et l'incontournable dirigeant d'un des médias les plus en vue à l'heure actuelle, réunis à l'écran par la compagne de l'un d'eux pour disserter interminablement sur DSK et la nécessité morale de porter l'arme à gauche n'est à ce titre pas anodin. Pire, ce quarteron de précieux ridicules ne réalise jamais qu'il légitime un populisme hargneux, toujours prêt à fondre sur des élites enivrés de leurs privilèges.

 

 

Affiche officielle

Résumé

Il existe donc bel et bien un petit monde, si totalement convaincu de sa suprématie intellectuelle, artistique, politique, de son humanité éclairante et supérieure, qu'il peut s'affranchir de toutes les règles et codes techniques (non, le flou, ce n'est pas nécessairement artistique), de toute idée de décence ou d'humilité pour s'inviter jusque dans nos salles de cinéma. Doutes restera dans les mémoires comme le rot obscène d'une intelligentsia avariée, qui serait bien inspirée de suivre le sort que réserve le film aux attributs de Christophe Barbier : un plongeon sans retour dans les eaux de la Sérénissime.  

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