9 mois ferme : critique sans passer par la case prison

Simon Riaux | 23 avril 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 23 avril 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Gros succès en 2013, avec plus de 2 millions d'entrées et deux César (meilleure actrice pour Sandrine Kiberlain et meilleur scénario original pour Albert Dupontel), 9 mois ferme a redonné des couleurs à la comédie française, et rappelé que l'esprit déviant derrière Bernie, Le Créateur et Enfermés dehors est important dans le paysage.

BERNIE IS BACK

Fond blanc, lettrage purpurin, mines grimaçantes, rictus de circonstances, logos de radios jeunistes, slogan à faire pleurer un chroniqueur des Grosses Têtes. La comédie française, telle la colique néphrétique, est d'une constante régularité dans ses symptômes. À force de plans moyens, de dialogues indignes, de scénarios inaboutis et de comédiens sensés détremper la ménagère de moins de trois quintaux, on en viendrait presque à tout à fait renier un cinéma humoristique paradoxalement érigé fierté nationale.

Prétendre que l'on comptait encore sur Albert Dupontel pour électriser la production nationale serait mentir, au vu d'une filmographie et de choix de carrière trop sagement maîtrisés pour inoculer encore le furieux venin de leur auteur enragé. Erreur grossière, puisque 9 mois ferme ne fait pas de prisonnier, et se révèle un salutaire coup de butoir.

 

photo, Albert Dupontel, Sandrine KiberlainDuel à l'ombre

 

Les cambrioleurs sont-ils globophages ? Comment lire l'heure pendant une fellation ? Pourquoi est-il malavisé de forniquer près des poubelles du XIXe arrondissement ? Le film contient toutes les réponses à ces questions que vous ne vous posez pas, et beaucoup d'autres encore. Plus sérieusement, c'est son absurde agressivité qui fait du cinquième film du réalisateur le descendant radical de Bernie. De cette œuvre de jeunesse, l'artiste a bonifié la rage, la démesure et la charge asociale.

En effet, on n'avait pas été sidéré par autant de vindicte gratuite, de méchanceté goguenarde, de roublardise complice depuis belle lurette (les outrages répétés à magistrats qui ponctuent le récit valant bien les affres masturbatoires de Francis Blanche). Des qualités propres au metteur en scène depuis un bail, qui grâce à une rythmique et une écriture beaucoup plus rigoureuses qu'à l'accoutumée prennent une ampleur inespérée. Ce ne sont pas tant les structures judiciaires et pénales que le film brocarde, mais bien la notion même d'institution, avec une colère aussi saine que contagieuse.

 

photo, Albert DupontelEtre de retour, et le hurler

 

LE GRAND CRÉATEUR

La valeur de 9 mois ferme est loin de ne tenir qu'à l'exceptionnelle vigueur de son ire adolescente. De la logorrhée du Créateur, en passant par la physique burlesque d'Enfermés dehors, la filmographie du réalisateur s'échine à trouver une virtuosité, qui ne lui a échappé qu'à force d'efforts trop visibles, d'une dispersion touchante mais limitative. D'où la force décuplée de l'uppercut présent, dont la mise en scène est aussi racée et qu'inventive.

Le cinéma français ne nous avait pas gratifié de semblables plans-séquences, n'avait pas su nous offrir de rupture de ton viscérale depuis trop longtemps. On réalise encore la très grande maîtrise atteinte par Dupontel devant l'effarant nombre de gags, d'idées planquées, de malice disséminée dans le moindre plan, qui parviennent à enrichir continuellement le métrage, sans le parasiter, nous en extraire ou nous flatter bassement à coups de clins d'œil potaches. Les amateurs de caméos goûteront plusieurs pincées de causticité toute britannique, comme en témoigne la présence d'un serial killer cannibale des plus cinégéniques.

 

photo, Sandrine KiberlainSandrine Kiberlain, étonnante

 

Probablement dopé par des textes hautement jouissifs, l'ensemble du casting fait des merveilles, se renvoie la balle avec un sens du tempo qui tend vers la symphonie déviante. On a bien du mal à noter la moindre dissonance dans cette fanfare bourrée d'énergie, qui surprend jusque dans sa gestion de l'espace, capable de transformer le simili-huis-clos du deuxième acte en terrain de jeu explosif. Si étriller les palanquées de bouses qui barbouillent inlassablement nos écrans est un devoir, alors se repaître de 9 mois ferme est une mission.

Le cinéphile exigeant ne saurait être blasé, c'est pourquoi il se doit de remuer vertement la queue quand un auteur de la trempe de Dupontel a, encore une fois, le panache de mettre ses douillettes sur la table.

 

Affiche

Résumé

Brillamment filmé, écrit et interprété, 9 mois ferme déborde d'énergie, d'esprit et de malice, et rappelle qu'Albert Dupontel est un grand artiste.

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commentaires
saiyuk
24/04/2020 à 12:27

J'adore ce mec, deja sur scéne il etait irrévérencieux et limite mais dans le bon sens du terme. Pour moi ses 3 meilleurs films "comique" sont Bernie / enfermés dehors / et 9 mois ferme. il y dynamite tout, les dialogues, la camera, l'esprit cartoon, les institutions, et avec un humour ravageur, souvent avec la même troupe de second role qu'il fait exceller. Moins fan du Créateur et de son film avec Catherine Fror même si cela reste largement au dessus du tout-venant de la comédie française. Et son Au revoir la haut (dans un style bien différent) fut une sacré claque. Bref j'adore ce mec

Pat Rick
24/04/2020 à 10:37

Une des meilleures comédies de Dupontel, il rehausse le niveau des comédies françaises.

Dirty Harry
24/04/2020 à 10:03

C'est une excellente comédie, avec du burlesque dedans (l'humour hein pas le spectacles d'enveloppées) et du barge comment on est en droit d'en attendre de Dupontel.
Le mélange Depardon/Tex Avery est un alliage récemment découvert par les usines Albert...

StarLord
24/04/2020 à 09:29

La comparaison du premier paragraphe est des plus pertinente!
magnifique quel fou rire ^^ tout comme ce film, une pépite. Dupontel est un génie

Aragorn59
24/04/2020 à 07:51

Plié en deux, mort de rire et la ptite larme qui va bien, bref il a fallu me réanimé au générique de fin
Pas tout le temps ok vos critiques mais la oui, même a 100%

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