Haunter : critique d'outre-tombe

Laurent Pécha | 19 mai 2013
Laurent Pécha | 19 mai 2013

Trois ans après son génial Splice, Vincenzo Natali explore un nouveau genre avec le film de fantômes. Si la modestie du projet peut nous faire croire que le cinéaste l'a calé en attendant que se débloque son adaptation très attendue du Neuromancer de William Gibson, le résultat à l'écran nous prouve bien vite que les ambitions sont tout autres.

Si, effectivement, les codes du récit sont ancrés dans un univers fantastique que les aficionados ne connaissent que trop bien - en ce sens, le film ne fera sûrement pas peur aux plus endurcis des spectateurs -,  le cinéaste et son scénariste, Brian King (déjà auteur du script d'un précédent Natali, Cypher) s'évertuent à ajouter des couches supplémentaires.

A commencer par une métaphore d'une rare justesse sur l'adolescence. En choisissant une narration répétitive qui fait écho à Un Jour sans fin d'Harold Ramis (la jeune héroïne est la seule de sa famille à se rendre compte qu'ils revivent constamment la même journée), Natali et King trouvent le parfait réceptacle pour donner corps au mal être adolescent, cet instant de la vie où l'enfant se cherche, emprisonné dans un univers qu'il estime étriquer et étouffant. En tentant de percer le mystère de sa mort et celle de sa famille, l'héroïne, campée par une épatante Abigail Breslin, se lance finalement dans une découverte de soi même plus d'une fois bouleversante.

 

  

Il faut dire que la direction artistique et la mise en scène constamment inventive de Natali enrichissent l'univers balisé de la maison hantée. On a ainsi plus d'une fois l'impression d'assister à une version cinématographique réussie de La Quatrième dimension, où certains détails en apparence insignifiants prennent tout leur sens au fil des minutes. Au point qu'on ne doute pas qu'une deuxième vision va enrichir notre perception du récit.

Œuvre belle et fragile, qui risque fort d'être cataloguée comme simple film de frayeurs du samedi soir, Haunter est la nouvelle preuve que là bas, au Canada, réside un cinéaste précieux, susceptible de donner ses lettres de noblesse à un cinéma fantastique que l'on aime tant. Il serait juste temps que certains s'en rendent compte et laisse les clés de la maison à Vincenzo Natali.

 

 

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