Critique : Les Saveurs du palais

Par Didier Verdurand
19 septembre 2012
MAJ : 10 août 2023
1 commentaire

Inspiré très librement de la vie de Danièle Delpeuch, premier chef féminin de l’Elysée (c’était sous Mitterrand), Les Saveurs du palais est plus à ranger à côté du Festin de Babette que de Super size me, et c’est d’ailleurs pourquoi notre amateur préféré de Triple-Méga-Cheese-Frites-In-The-Ass-Burger, Laurent Pécha, n’a pas daigné se déplacer. Pourtant, les qualités sont là. Catherine Frot excelle une fois de plus dans un rôle complexe d’une femme pas toujours sympathique mais habitée par une passion pour la cuisine du terroir. Recommandée par Robuchon, l’Elysée s’empresse de la débaucher de sa ferme du Périgord pour qu’elle concocte ses petits plats au Président. Souvent gênée par le protocole, elle aura du mal à trouver du plaisir dans sa tâche, mais le prestige de sa place la poussera à s’impliquer totalement. Au point de n’avoir aucune vie privée – en tout cas on n'en voit rien. Christian Vincent prend un plaisir évident à filmer cette artiste des fourneaux et n’hésite pas à jouer avec nos pupilles. Avec délicatesse et sans fioritures car on est loin d’une mise en scène bling-bling, à l’image d’un président campé par Jean d’Ormesson, un choix de casting discutable à cause de son âge (l’Académicien avait 86 ans pendant le tournage) mais ne nous attardons pas trop sur ce terrain qu’on laisse à Jospin. Le jeune comédien – c’est son premier film – n’a pas à rougir de sa prestation et convainc néanmoins par son indéniable charisme. Sa présence physique a beau être limitée (un quart d’heure à l’écran, à vue de nez), il est toujours là et on l’imagine facilement se délecter des chefs-d’œuvres de sa protégée.

Seulement, il faut bien avouer que l’intrigue est pour le moins simplette, puisqu’elle se concentre sur une femme qui, on l’a dit, ne vivait que pour sa cuisine. Ses rapports avec son jeune second (Arthur Dupont, un espoir à suivre) ont beau être sympathiques, ça ne casse pas non plus trois pattes à un canard, comme dirait l’autre. On comprend vite qu’elle n’aime pas l’autorité, et qu’il y aura des rivalités avec la cantine de l’Elysée ou de sinistres bureaucrates, mais rien de méchant non plus. Etienne Comar, scénariste césarisé de Des hommes et des dieux et Christian Vincent ont essayé, en donnant une structure en flash-backs, de remplir quelques trous, mais quand on est en Antarctique aujourd’hui, on attend qu’une chose, c’est retourner hier à l’Elysée. D’où un résultat un peu bancal, pas franchement réussi mais loin d’être raté. Et comme les auteurs n’ont pas su où ils allaient, on a le droit à une fin assez insipide, un dessert indigne du plat de résistance. Comme un beau soufflé qui se dégonfle, et qui s'avère sans saveur. On l'oubliera vite pour se remémorer les meilleurs moments, de préférence bien sûr, dans un restaurant gastronomique.

Rédacteurs :
Résumé
Suivez-nous sur google news
Pictogramme étoile pour les abonnés aux contenus premium de EcranLarge Vous n'êtes pas d'accord avec nous ? Raison de plus pour vous abonner !
Soutenir la liberté critique
Vous aimerez aussi
Commentaires
guest
1 Commentaire
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Flo

« Ratatouille » en vrai. Avec à la place d’un gentil rat, une souris pète-sec (Catherine Frot). Basé sur les récits d’une vraie cuisinière particulière de l’Élysée, convoquant là aussi le goût des choses simples d’antan, mais préparé avec une grande sophistication… Mais aussi le combat d’une femme contre le machisme et difficile usage des privilèges.
Dommage que le récit se passe sur deux temporalités, la deuxième jouant sur le mystère de la reconversion de l’héroïne – faute ? purgatoire ? réinvention ? contrition ? humanisme ?
Ça casse la dynamique de tout ce qui arrive au temps « Passé » (de toute manière, toute l’histoire date d’avant les téléphones portables), dans une ambiance qui fait moins penser à la Vème République qu’au temps de Louis XIV.
D’où la présence de Jean d’Ormesson, en fac-similé de Mitterrand.