Critique : L’Assassin

Par Nicolas Thys
20 juin 2012
MAJ : 25 février 2020
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D'abord critique puis assistant de Giuseppe de Santis, grande figure du néo-réalisme dans les années 1950, Elio Petri est l'un de ces cinéastes italiens qui a émergé dans les années 1960, en pleine Nouvelle Vague française, et qu'il est urgent de redécouvrir. Une mort précoce, à 52 ans, a mis un terme à une carrière courte mais riche d'un oscar et de deux prix à Cannes dont une palme d'or. Loin de la comédie italienne, genre le plus populaire à cette époque, ou du giallo, qu'on associe souvent et à tort à la forme ultime du polar italien, Elio Petri se démarque et trouve sa propre voie dès L'Assassin, son premier film sorti en 1961.

Grand film policier, on ne trouve guère que Garde à vue qui puisse lui ressembler par moment. Mais même le film de Claude Miller ne possède pas la force délirante et implacable du film de Petri aux forts accents kafkaïens par moment. En plus de proposer un polar dérangeant, L'Assassin se double d'une réflexion sur la police et les forces de l'ordre, leur efficacité et les rouages délirants qu'ils mettent en oeuvre. Le séducteur Mastroianni est ici pris à contre-emploi. On retrouve certaines de ses mimiques ou quelques uns des gestes et postures qui ont fait son succès mais, loin de la comédie il reste le même et toute l'ambiguïté de son personnage, dont on perçoit à la fois le trouble et l'innocence, saute aux yeux.

Le réalisateur, longtemps proche des réseaux communistes italiens, se livre donc à une attaque en règle de l'autorité et du régime omnipotent qui pose chaque individu en coupable. La mise en scène s'ancre dans un noir et blanc aussi sublime que terrible, renforçant plus encore la peur et la tension générale, tout en se jouant de la schizophrénie ambiante et du drame latent sur lequel le héros n'a plus aucune prise. Malgré certaines influences qu'on peut imaginer issue du cinéma d'Antonioni, Petri se détache vite de cette modernité italienne en vogue pour proposer un récit et une forme qui vont au-delà tout en revenant à un certain classicisme. Une forme un peu bâtarde mais idéale pour ce type de film qui piège autant le héros que le spectateur.

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