Critique : Room 237

24 mai 2012
MAJ : 24 octobre 2018
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« Il ne faut jamais chercher à expliquer ce que l'on ne comprend pas ». Voilà ce qu'aimait à répondre Stanley Kubrick à ceux qui lui posaient des questions sur 2001 l'Odyssée de l'espace. Room 237, documentaire sur les interprétations de Shining, donne totalement raison au cinéaste. Précédé d'un sacré buzz, le film compile les divagations d'une bande de geeks aux quatre coins de la planète (mais anglophones tout de même). Ce qui aurait du être un aparté amusant au sein d'un film sur le phénomène Shining, confine ici à la torture mentale tant les interprétations avancées sont des plus risibles (pour rester gentil).

Il suffit d'un détail dans le film pour que ces illuminés se lancent dans des théories ampoulées. La machine à écrire de Nicholson est allemande et le jeune Danny a le numéro 42 sur son habit au début du film. Bing, Shining est un film qui évoque l'holocauste puisque c'est en 1942 que les déportations ont débuté. Un poster de ski dans l'arrière-plan d'une séquence fait penser au minotaure (on cherche encore la ressemblance) et c'est parti pour une démonstration du mythe de l'animal dans toutes les péripéties du récit. On balance le film à l'envers et on le met en surimpression avec une projection normale et là encore, c'est un festival de sens donnés au film de Kubrick. Parmi tous ces délires de gens obsédés par l'œuvre de réalisateur, on s'amusera du plus cinglé mais paradoxalement le mieux expliqué et mis en valeur dans le documentaire : Shining aurait permis à Kubrick de glisser une confession sur son implication dans le film sur l'alunissage d'Apollo 11. Il faut déjà accepter l'idée de la théorie répandue que les images du 20 juillet 1969 aient été tournées sur Terre. Après, il faut admettre que Kubrick en soit l'auteur sous prétexte qu'il aurait pu avoir l'aide de la Nasa par la suite pour 2001. Et ensuite, il faut se coltiner des explications fumantes sur les jeux de mots possible avec la fameuse porte 237 (room n° devient vite moon room soit la porte de la lune,…).

Renforcé par un montage qui s'amuse à mélanger les images des films de Kubrick mais pas que (pour illustrer la théorie selon laquelle Kubrick aurait fait un gros doigt d'honneur à Stephen King, on découvre le romancier dans un extrait de Creepshow où il joue le redneck éberlué devant son poste de télé), Room 237 doit être perçu, au mieux, comme un exercice de style ludique. Et pour tenir le coup devant les 106 minutes très, très longues qui sont au programme, le parti d'en rire n'est pas conseillé ; il est obligatoire. Quant au sentiment d'inutilité de l'entreprise, on se consolera avec cette envie de revoir Shining et se rappeler ainsi à quel point les plus grands films ne s'expliquent vraiment pas.

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